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14 décembre 2015

Régionales 2015, round 2 : ne t'en fais pas, les meubles vont bien

par
"Rien ne sera plus jamais comme avant"... jusqu'à la prochaine fois.

Here we are folks. Après une campagne hors-sol, d'abord inexistante médiatiquement puis hystérique, totalement imbibée par la politique nationale, les résultats des régionales c'est l’école des fans. Ceux qui devaient gagner ont perdu, ceux qui pensaient tout perdre s’en sortent bien, les vainqueurs le sont grâce aux voix des perdants et la région la plus importante de France glisse des mains du candidat socialiste comme une savonnette au sauna de Solférino.

Détaillons en dix points :

1 / Parce que c’est ma région et que j'ai un peu la haine, je commence par là. En Ile-de-France, Claude Bartolone du PS échoue face à une figure de l’incompétentosphère de la bourgeoisie de droite. C’était imperdable bordel ! A moins de ne pas vouloir gagner. Le bon côté, c’est que Le Petit Journal a une ligne éditoriale assurée pour les six prochaines années, parce que des grosses pécrèsseries, je vous le signe ici : il va y en avoir par kilotonnes sur une base quotidienne.

2 / Les socialistes "sauvent les meubles". Il y a encore un mois, je leur donnais zéro région. (cf point 8)



3 / Après une non-campagne où il a été question de tout sauf de l’impact concret sur notre quotidien de l’action des conseils régionaux, c’est un succès apparent de la campagne de second tour sur le dos du FN. Le parti de Marine Le Pen se prend une tarte dans toutes les régions. MAIS…

4 / Jusqu’à quand cette politique du « front républicain » répondant dans l’urgence à l’inertie programmatique des partis de gouvernement ? Réponse : tant que ça n’échouera pas. Le piège est enclenché. Vous vouliez des idées et du renouveau pour 2017 ? Dommage, vous aurez une bataille des candidats pour arriver au second tour face à Marine Le Pen et, automatiquement, gagner. Attention. A force de "sauver les meubles", on va peut-être finir par légitimement avoir envie de les brûler.

5 / Le FN, la petite entreprise qui ne connait pas la crise. 350 nouveaux conseillers régionaux et un positionnement clair : ils sont l’opposition. Ils métastasent et se solidifient laborieusement dans le paysage.

6 / Ne jamais crier victoire avec un loustic pareil (hyper hermétique à l'humilité), mais on pourrait cette fois être débarrassé du teigneux de Neuilly. Ratage au premier tour, grattage des voix de gauche au second, tout en appelant piteusement au "ni-ni" : Sarkozy est le grand perdant des régionales.

7 / A l’inverse, en plus de sa victoire dans le Nord-Pas-de-Calais, Xavier Bertrand a marqué des points dans son discours d’ouverture dimanche soir. Depuis deux ans quand je dis que ce type sera le prochain (ou le prochain prochain) président, on me lance des soupirs amusés d’intensité à peu près équivalente à ceux lancés en 2011 lorsque j’évoquais la possible victoire d’Hollande l’année suivante. Celui qui fait oublier qu’il a été ministre de Sarkozy s’est également démarqué des têtes de son parti qui ont utilisé cette soirée médiatique comme tremplin perso pour la campagne des primaires à droite.

8 / Le ras-le-bol de la politique gouvernementale ? Pas si sûr. Le meilleur score socialiste est obtenu par un ministre du gouvernement (qui n’a même pas fait campagne qui plus est). La droite appelle a accélérer les réformes, l’exécutif "n’entend pas changer de cap".

9 / Que les abstentionnistes d’Ile-De-France ne viennent pas pleurnicher dans les mois qui viennent. Lutter contre l’arrestation abusive de militants écolos (ce qui n’est pas du ressort de la région) en donnant les clés de la gestion des écoles, des routes à un conseil régional de droite (à dominante Manif pour tous), j’ai vu moins couillon (même dans l’équipe de Pécresse).

10 / Le « changement de logiciel » s’impose. Là au moins, nous serons tous d’accord. Ils l’ont tous répété hier soir. Il y a d’un côté la bataille des idées, mais aussi le casting. Celui-ci ne prend  pas en compte la diversité sociale et professionnelle de ce pays (FN compris) et ne se renouvelle pas (elle est sympa cette boîte où même quand tu es viré tu peux repointer sans cesse). De ce côté-là, rien n’arrivera en attendant les bras croisés. C’est le challenge du moment, d'autant qu'il y a un boulevard pour une opposition constructive. Nous sommes nombreux à avoir envie de voter "pour" et non plus "contre".

7 décembre 2015

Régionales 2015, round 1 : jusqu'ici tout allait bien

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La baffe des #Régionales2015 est pire que prévue. Le 6 décembre 2015 relègue le 21 avril 2002 au rayon d'accident de tir sur un stand d'animation folklorique pré-estival.

Le FN triomphe avec des candidats parachutés mais médiatiques. Le PS est sanctionné en local pour la politique nationale. LR perd le leadership de l'opposition et la défaite est cinglante pour Sarkozy qui non seulement ne capte plus le vote FN comme par le passé (c’était à peu près sa seule qualité) mais en plus divise ses troupes. La gauche, rongée par son archaïsme communicationnel et/ou ses batailles intestines, est inaudible. Les abstentionnistes sont fiers d'eux. Nord et Paca (entre autres) basculent à droite (avec un FN à 40% dans le Nord et un PS pulvérisé). La politique d’austérité du gouvernement (bien silencieux en ce dimanche de rouste) explique bien plus ce score (et la démobilisation qui va avec) que les récents attentats de Paris. Dans la capitale, le FN ne dépasse  pas les 10%. Pourtant, j'ai bien peur que la réponse soit la poursuite et l'accélération dans cette course à l'échec, avec un climat de guerre là-dessus pour unir le pays contre l'ennemi.

La France est à bout de souffle démocratique, au bout de ses scléroses, de ses non-renouvellements de personnels, d’idées et nous (qui par fatalisme, cynisme ou confort, avons également renoncé pour la plupart à nous investir) nous sombrons dans cette absurdité : nous sanctionnons le gouvernement pour sa politique de droite libérale par une forte vague de droite réac (notons d'ailleurs que, pour Les Républicains, une gauche même molle est pire qu'une droite dure). 

Si ce premier tour des régionales est l’échec de Valls et Sarkozy (pour avoir l’un et l’autre persisté dans leurs obsessions), il faut dépasser leur petits cas personnel (l'histoire va les digérer, et moi aussi j'ai envie de dire à l'unisson du pays : "C'est bien fait") : à partir du 13 décembre ce sont les gens en local qui vont trinquer. C’est le plus terrible dans ce délire national : des Français vont payer au quotidien pour les turpitudes d’une élite qu’ils dénoncent par ailleurs en installant une autre micro-élite, nullissime en gestion et pourrie idéologiquement. 


Le calendrier électoral est désastreux. A la différence des différentes mairies conquises par le passé et dont la gestion a tourné vinaigre, si le FN récupère des régions (et notamment le Nord-Pas-de-Calais pour sa présidente), le délai sera trop court avec la présidentielle pour que l’on puisse tirer l’an prochain un bilan négatif de son action.
 
Si maintenant vous n'avez pas compris que si vous ne vous mêlez pas de politique, elle finit par se mêler de vous, alors effectivement vous n'avez plus qu'a prendre un bol de popcorn et confortablement vous installer devant BFM pour les prochaines soirées électorales à dominante bleu marine.

5 octobre 2015

J'irai runner sur vos tombes

par
 

Avant de te passer à tabac, entendons-nous, j’aime courir. Ça me manque dès que je m'en éloigne trop. Bientôt 27 ans que je suis accroc à la course autant pour l’effort accompli que pour la qualité de recueillement que je j'y trouve. Je n'ai jamais privilégié la performance mais la régularité, mon corps me faisant bien comprendre les limites d'un exercice trop poussé. A la fin des années 80, courant sur les routes de campagne en survêtement coton avec walkman à cassette, je passais au mieux pour un échappé de l'asile. En forêt de Rambouillet, j'ai même failli me faire shooter par un chasseur me confondant avec un sanglier. Le coureur assidu devait subir les remarques de mes semblables, aka les jeunes cons, sur cette activité incongrue, la notion de sport se limitant alors au foot et au tennis (mais uniquement pour les rejetons de fratries RPR).

Course en 1989 : activité marginale connotée féminine, alternativement nommée jogging, footing ou truc de pédé. Les rayons de sport pour coureurs n’existaient pas. A l’époque la course, c’était même objectivement une affaire de vioques (de quadras quoi). D’ailleurs, j’ai bien tenté de courir avec eux en groupe le dimanche à l’orée du bois et des années 90 mais non, rien à faire : j’ai vite compris que la course à pied n’était pas propice à la socialisation de fond. Pour bien courir, il faut courir seul. Le partenaire de course possédant exactement la même cadence que toi et ne te cassant pas alternativement les couilles et ton souffle est une légende urbaine. 

Bref, courir à deux je trouve ça déjà très con alors imagine ce que je ressens quand tu me barres la route avec tes orgies collectives de run in à 30.000, extensions urbaines ultimes de cette passion pour la course à pied qui possède subitement la France.

Tes run in (parce que c'est #old le jogging de fillettes), tes parades à courir du dimanche donc (sponsorisés par une marque ou pour une grande cause prétexte à sponsorisation par une marque) où te lèves encore plus tôt que le reste de ta semaine salarieé pour friser l'infarctus en groupe avec 500 euros de matos sur toi, ta boisson au jus de bison stéroïdé à 800 calories, ton appli connectée live à Facebook  et une canne-à-selfie en steadycam si tu pouvais, me filent de sévères crampes musculaires. Déjà que j'avais un peu honte de "partager cette passion" avec Sarkozy, là tu me fous la dose. Je t’en veux car, avec ta mode à la con, là où je pouvais m’équiper pour que dalle il y a encore cinq ans, tu façonnes une bonne grosse tendance consumériste qui salope tout comme avant elle le diesel propre, les jardins paysagers et les tatouages dégueulasses où, au nom de ton individualité, ta névrose se mêle allègrement en mode générique à celles des autres à grands coups de CB dans des  messes à suer bien formatées. Tout le monde court : les enfants (hérésie pour les articulations), les jeunes (qui le mettent même sur leur CV ayant intégrés qu'un manque d'activité physique était professionnellement préjudiciable), mes anciens potes qui criaient à la tantouze et s'étalent désormais  en leg-in moule bite sur leur wall dès qu'ils font trois foulées au square, les chasseurs de la foret de Rambouillet et même les seniors qui, avec la marche nordique cette autre facette de cette danse de Saint Guy nationale, ont même trouvé le moyen de faire de leur rando sous acide une activité stressante pour tous les autres piétons, piétons qui eux-mêmes grâce à l'appli santé du dernier Iphone culpabilisent de ne pas avoir assez fait de pas dans la journée.
Sacré runner, on te fait des rayons dédiés maintenant, on analyse ta foulée, ton rythme cardiaque, la moindre paire de pompes de course un peu potable se vend désormais au prix d’une semaine de SMIC alors que le footing était probablement le sport le plus accessible au monde jusqu’à ta disgracieuse invasion. On fait de toi une star de l'effort et tu ne te caches pas pour transpirer sur les réseaux sociaux parce que la performance  c'vachement important en vue du marathon de New-York t'voua (oui oui toi, toi qui prend l'escalator depuis la naissance dès qu'il faut monter un étage ou en descendre deux, et va chercher tes donuts au drive en Volkswagen). Là où on devrait me payer cher pour faire partie de ces pitreries publicitaires, toi tu raques conquis pour fièrement porter un tee-shirt hideux et identique à celui de tes voisins de course, ou encore mieux, te faire cracher de la peinture à la face sur la ligne d'arrivée.

Bougez, éliminez disait la publicité. En bon fils du libéralisme, tu fais de cette expérience, à priori solitaire et intime, un spectacle benchmarké et sans profondeur, un truc pétaradant où tu mets tout le monde, et surtout tes amis, en compétition. Tes run in ne sont qu'une extension du masochisme contemporain. Il faut faire de toi quel que soit ton âge un être en agitation constante ne s’arrêtant sur rien, un esclave consentant de l'hyper activité perpétuelle (j’ai même entendu parler de visites touristiques et culturelles en mode running, l’heure est proche où tu auras une retenue sur salaire si tu ne viens pas au boulot en course d'obstacles). Si c'est la seule réponse collective que tu es capable d'aligner face à l'individualisme ambiant, fais gaffe : tu vas encore prendre un platane. 

25 septembre 2015

C'est pas moi c'est Macron !

par

J'essaye de relativiser et parfois même je m'agace de la posture facile d'un Michel Onfray surfant sur le mécontentement général pour se réfugier dans un abstentionnisme dandy (phase 1 d'une campagne marketing vers sa candidature à la présidentielle), mais s'il y en a un qui cristallise mon mécontentement envers ce gouvernement c'est bien Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, de l'Industrie et du Numérique. Il a même réussi à éclipser Valls de ma hit list. A tel point que je me demande si celui qui n'est pas socialiste et encore moins citoyen lambda, qui vit clairement dans une bulle, où ne flotte que des "entrepreneurs" et "investisseurs", sans même avoir la légitimité d'un scrutin à son actif (ce qui, quel que soit le bord politique, demande un minimum de contact avec les gens) n'est pas là précisément pour ça.

Macron est à Hollande ce que Frédéric Lefebvre était à Sarkozy : un lanceur de trucs à ne pas dire (ou à ne pas avouer quand on est président) histoire de faire le buzz et de sonder le niveau de résignation de l'opinion. Soit il est "recadré", soit "il a le mérite de dire les choses" soit les deux, en attendant il occupe le temps d'antenne.

Vous vous souvenez de Frédéric Lefebvre ? Non. Normal. Et pourtant, il était un pilier du dispositif média de Sarkozy président. Pendant une bonne moitié du quinquennat, entre deux lectures de Zadig et Voltaire et avant de virer mystique, son rôle a été d'occuper les ondes chaque matin et de faire le débat pour le reste de la journée, voire de la semaine, zapping inclus,  voulant un jour faire travailler les malades et le lendemain redéfinissant l'internet à la sauce Neuilly... 

Macron est au moins utile à ça. Ne pas se fier à son look de gendre idéal, c'est l'interface RMC-GrandesGueules-GrossesTêtes du gouvernement. Mieux vaut taper sur les 35 heures plutôt de lutter  contre les abus des entreprises préférant jongler avec les "auto entrepreneurs" et les stagiaires  plutôt que d'embaucher pour de vrais postes normalement payés. Mieux vaut cracher sur les fonctionnaires que de reconnaitre avoir dilapidé des milliards en CICE pour les mêmes entreprises sans que cela se traduise par la moindre embauche (spécialement lors d'une énième publication désastreuse des chiffres du chômage). Rappelons d'ailleurs que selon Macron, s'il y a du chômage c'est la faute au salariat. Après on peut toujours dire, ou faire dire par son premier Ministre, sur le ton de la plaisanterie qu'on n'a pas dit ça et que les phrases sont sorties du contexte, à ce niveau de répétitions il ne s'agit pas d'accidents mais bien d'une mécanique. En comparaison, Frédéric Lefebvre était un petit joueur.

Macron révèle tout haut ce que construit progressivement ce gouvernement dans le prolongement économique du précédent : une société où chacun devra être le sous-traitant de l'autre et le donneur d'ordre d'un troisième. Une société où le commerce fait enfin loi au-dessus de tout. Une société  débarrassée du collectif (hors commémorations, tensions sécuritaires ou incantations pour un monde meilleur) visant l'individualisation de chacun ou plutôt son isolement définitif. Une société où les gouvernements enfin débarrassés du cambouis pourront enfin se consacrer pleinement à faire ce qu'ils font de mieux : des phrases en 140 caractères.

23 septembre 2015

Nous sommes tous des Volkswagen

par
Panique à Bagnole world. Via un logiciel dissimulé sur chaque voiture, Volkswagen aurait menti sur les niveaux d’émission de gazs polluant. Et oui ça parait dingue, moi même j'en tombe de ma trottinette : en plus d'être dangereuses, les voitures polluent. Passons sur le fait (savoureux) que la tuile tombe sur un des fleurons de la rigoureuse et exemplaire industrie allemande que nous autres français avec notre maudit système social, nos conneries de 35 heures, nos fonctionnaires inutiles et nos stupides congés payés serions bien incapables de rattraper. Le plus drôle dans ce barnum c'est comme toujours l'orientation du spectacle : le conducteur de Volkswagen devient la victime innocente de la tricherie d'un patron. La belle histoire. C'est marrant, pour l'évasion fiscale des multinationales, les plans sociaux, les Golden welcome ou Golden goodbye patronaux et autres indécences, le consommateur n'est ni complice ni victime, ll est consommateur ou client et bien incité à en rester là.

Ces jours-ci se joue beaucoup plus que le seul sort de la marque allemande (qui en a vu d'autres). Un pan et pas des moindres du Greenwashing des dix dernières années, visant à te faire racheter en "moins polluant' (sur le mode de la culpabilisation ou du bien-être) ce que tu avais déjà, risque de s'engluer comme un goéland sur une plage mazoutée. Il faut donc à tout prix que le scandale s'en tienne à un "comportement irresponsable" de VW et n'évolue pas en "pratique habituelle d'une industrie bien incapable, malgré ses pompeuses publicités, de répondre techniquement aux impératifs dictés par le souci d'une humanité en bonne santé (la planète, elle, nous survivra). Derrière les larmes et la colère médiatisée des conducteurs "spoliés" , eux qui pensaient sincèrement sauver la nature en faisant deux heures de Passat par jour sur le périphérique, se cache une autre fraude dont nous sommes tous complices : celle de la "voiture propre". 

Scoop. Ça n'existe pas.

La seule piste automobile viable pour épargner un peu plus efficacement la planète (et tes finances, arrêtons les belles phrases sur l'environnement le critère numéro un pour 90% d'entre nous étant le pognon) : c'est la fin progressive de la voiture individuelle, vers le partage, le covoiturage, la location et les transports en commun. Toute autre piste est contreproductive. On ne peut pas avoir un impératif de croissance d'un côté et prétendre faire moins de l'autre. Tu prends le problème dans tous les sens, c'est mathématiquement impossible. Spécialement lorsque le hochet publicitaire de la couleuvre écolo est... de te faire gagner du pouvoir d'achat.

Volkswagen veut se rattraper ? La marque ferait bien de plancher sur un modèle durable.


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15 septembre 2015

2 ou 3 précisions sur l'entrevue avec DSK

par
 

L’info a donc fini par fuiter (elle n'était pas secrète, il suffisait de suivre Twitter ce soir-là) :  Dominique Strauss-Khan a rencontré des blogueurs. Comme j'en étais, il convient de repréciser quelques points dans un article « exclusif » de France info qui dès la seconde ligne contient une erreur factuelle : Quand on n’est pas capable de différencier un PMU d’un restaurant on peut légitiment avoir des doutes sur l’exactitude des propos rapportés.

Flash back. La semaine dernière.

Je ne croyais pas qu’il pointerait son nez. L’invitation « confidentielle » ayant été envoyée par mail groupé trois semaines à l’avance, j’imaginais qu’il y aurait une fuite. Et non, personne n’en a rien su à part les intéressés. A ma grande surprise, et celle de Jegoun, maitre des lieux, l’ex-patron du FMI finit bel et bien par débarquer dans la Comète, fief kremlinois de nos réunions de blogueurs depuis… oui déjà.

Le truc est tellement improbable que la clientèle du soir, certes un peu éméchée, n’y prête pas attention. En une poignée de main, DSK efface en un instant toute l’appréhension que l’on pouvait avoir et le barnum médiatique dont il fut le propulseur quatre ans plus tôt. Dans l’arrière salle de La comète, nous sommes une bonne vingtaine de blogueurs de gauche du milieu et de gauche de gauche. Une demi-douzaine de fans Strauss-Khaniens amortissent de leurs louanges le décalage, vestimentaire soyons gentils, entre les blogueurs et l’ex-pas candidat à la présidence. D’ailleurs, pourquoi vient-il puisqu’il nous répète à plusieurs reprises qu’à moins de circonstances exceptionnelles il ne compte pas refaire de politique ? Ce que, personnellement, à l'issue de l'entretien je ne crois absolument pas. Lui se considère en marge du jeu, comptant bien exercer une influence (il utilise le mot « gourou ») mais plus par l’expertise, et via les réseaux sociaux (j'y reviendrai). Le Jack is back de l'été dernier sur Twitter était une étape de cette reconquête (réussie en audience).

Je suis toujours méfiant (mais curieux) de ces réunions de blogueurs avec des personnalités politiques. Entre la timidité des interlocuteurs ne se dissipant au mieux qu’au moment de se dire au revoir, et le nombre des intervenants tuant tout autant l’impertinence que la pertinence, on ne joue quasiment jamais à armes égales avec des « stars » rodées à la communication qui vous emmènent généralement là où elles le veulent en vous donnant l’impression que c’est votre idée. Je n’ai qu’une poignée de contre exemples de rencontres politiques enrichissantes qui en apprennent plus sur le caractère de l’homme ou la femme politique, et éclairent sur son parcours et ses ambitions. Avec DSK je n’ai pas la sensation d’avoir en face de moi quelqu’un cachant son jeu. On le sent prudent, notamment sur ses mots choisis avec précision (de peur d’être enregistré surement) lorsqu’il évoque la politique présidentielle actuelle. En substance : Hollande aurait raté l’occasion historique de faire, sur le rejet populaire de Sarkozy, une campagne de vérité face aux Français. Elle lui aurait permis d’appliquer directement une politique sans trahison au lieu de louvoyer durant deux ans pour finir par faire les choix par défaut et se faire détester de tous. DSK est prudent aussi quand il évoque les relations avec ses anciens ou nouveaux amis d’un parti socialiste qui « n’existe plus » selon lui, bien qu’il reconnaisse qu’on ne peut encore rien faire électoralement sans une grosse formation derrière soi.

Alors que dans la salle résonne depuis un transistor le Time is on my side des Rolling Stones, au fil des questions de plus en plus saillantes DSK flingue doucement, au silencieux, et livre une analyse assez froide et pessimiste du paysage social et politique actuel. Il estime que tous les scénarios pour 2017 sont inquiétants. "La droite est sur une fin de vie difficile", les deux partis de gouvernement sont pro-austérité, et les identitaires surfent sur l’écœurement des Français face à une classe politique racontant n’importe quoi depuis trop longtemps spécialement lorsqu’elle est dans l’opposition. Ce cycle n’aboutit à ce qu’aucune politique viable ne puisse être menée. Ce à quoi j'ajoute à titre perso que les questions identitaires ou sécuritaires sont également mises en avant par l’opposition et le pouvoir pour escamoter leur manque d'imagination ou de résultat.

L’entretien dérive sur la Grèce (en résumé : les Allemands vont trop loin et nous avons un vrai problème « culturel » avec eux sur la question de la dette), les impôts (« une réponse politique à une question technique ») et le « problème de compétitivité française ». Sur ce dernier point il est dans les rails de Macron, enfermé dans la logique sans fin de « la capacité à mieux vendre le travail des français » face à la concurrence. Sur le revenu universel, il sort mot pour mot ce que Mélenchon nous avait répondu en 2010 (comme quoi) : « Je crois au travail ». Certes, pour lui nous allons travailler moins spécialement dans les tâches répétitives et c’est tant mieux, des métiers disparaitront mais d’autres s’inventent déjà. Il est d’ailleurs optimiste sur les potentiels de l’économie Française. Dans la dernière partie, nous évoquons le communautarisme et son expérience de Maire au milieu de communautés à Sarcelles (c’est rare de l’entendre sur le sujet, il est assez pragmatique sur la question quitte à faire du hors-piste républicain). Moment intéressant donc. Un seul regret nous n’avons pas répondu à l’objet de sa demande, car contrairement à ce que raconte France Info, l’invitation ne vient pas de nous mais de lui : Pourquoi bloguons-nous ? Pourquoi débattons-nous en ligne ? Pourquoi nous intéressons-nous encore à la chose politique ?

En ce moment, je suis bien incapable de lui répondre. 


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28 août 2015

Not Safe For Work

par
Veuillez éloigner les chômeurs et les salariés du poste ce qui va suivre, capturé sur les réseaux sociaux hier en fin de journée, peut choquer (enfin ceux qui ne sont pas illettrés).

Jeudi 27 aout 2015. Tandis qu'à l'Université du PS à La Rochelle on embauchait du travailleur roumain à prix cassé pour monter le stand "Double discours et foutage de gueule", Emmanuel Macron, Ministre de l’Économie, jouait habillement une rentrée hors-série directement au club VIP du syndicat des patrons devant un insatiable parterre :

("- Le lapin ! Le lapin ! Le lapin !")


(Emmanuel arrivé, la fête pouvait continuer.)

 (Alors là il faut imaginer la scène avec le son d'un suave Careless Whisper de George Michael s'échappant de la cabine sono.)
(Tu l'as dit Pierrot, les opportunités fiscales ont été saisies. 50 Milliards de cadeaux et un chômage au top. A propos t'as pas ton pin's "1 million d'emplois" cette année  ?)

(Oui parce que là plus ce serait le travail gratuit.)

  
(Tout ça pour 0.1% de croissance, à Clignancourt j'ai vu des marabouts plus efficaces et pour moins cher. Attention : "C'est ça ou le FN" est une réponse de moins en moins audible.) 


(On y vient finalement. Le travail gratuit + Des enfants. Comme dirait Sophie De Menthon : c'est pas con.)

("- Non vraiment j'insiste Emmanuel. Laisse-moi t'offrir un Perrier à la buvette.")

("- Bon. Ça c'est fait. Maintenant on s'occupe des 35 heures.")


Articles connexes : 
Le patron et la pitié
Gang-bang à l'Université d'été du MEDEF
Les fantasmes économiques d'Emmanuel et Manuel

25 juin 2015

En route vers l'Uber

par

UberPop n’est pas de l’économie du partage. Bien au contraire, c’est de l’économie du chacun pour sa gueule à l’ère de la débrouille.
C’est aussi une évolution logique du travail et, j'ai bien peur, inéluctable vu l'état d'esprit et l'état politique. Face à un chômage de masse, à l’impuissance des gouvernements, à leur manque de courage et d’imagination à changer de paradigme, chacun s’en sort comme il peut avec la certitude de ne pouvoir compter que sur soi-même.

Je ne défends pas les chauffeurs de taxi pour ce qu'ils sont, mais pour ce qu'ils symbolisent dans ce conflit. J’ai précisé ici que je ne prends que très rarement le taxi, pas assez pour me faire une opinion définitive sur la qualité du service dont à vrai dire je me fous, préférant au final circuler à pied ou en vélo. C’est plus qu’une histoire de course pour une poignée d'urbains ne voyant pas pas plus loin que le bout de leur trajet qui se joue dans la guerre UberPop / taxi. C'est une étape dans l'imprégnation idéologique d’une pseudo "nouvelle économie" qui n’est que l’extension de l’ancienne au cœur de notre quotidien, voire de l'intime. 

Mettons à part la technologie. Il y a dix ans, que des gens louent à des inconnus ce bébé qu’est leur voiture était proprement impensable. Aujourd’hui non seulement ils louent leur voiture, mais ils louent leur temps et le revendiquent. La crise est plus que "passée par là" : elle est stable, durable, avec des pointes de pire. Le salariat n'est plus un objectif raisonnable pour beaucoup, et quand il y a salariat la paye ne suffit pas pour les autres. Le servage free-lance, flexible, à la demande, multicarte, sans droit, ni protection, sans futur, sur application dernier cri, devient peu à peu un modèle viable, bientôt une norme.

Le statut d’Auto Entrepreneur (dont Uber use et abuse) est le marche-pied légal de cette délocalisation interne des salariés (et des chômeurs).  L’uberisation de l’économie est une expression encore trop gentille (et diablement réussie au niveau marketing) pour le retour en arrière qu'à coup d'avancées technologiques le corps social va se prendre dans la tronche en applaudissant des deux mains. C'est le but : vous faire aimer la régression, l'éradication du collectif. Quand vous serez occupés à vous facturer entre proches des prestations de déplacement ou de bien-être, vous en voudrez moins aux responsables de la mise en pièce des services publics, de la santé, de l'éducation (et du transport dans ce cas précis)...

Derrière le prétendu lien technologique, l'économie de la débrouille, centralisée par des sociétés privées délocalisées (spécialement pour leurs bénéfices), sous-entend l'isolement de chacun, et à terme la confrontation de tous (nous ne serons plus qu'un grand marché de concurrents carnassiers).

L'extension de l'überisation dans l'entreprise, c'est aussi l'auto-entrepreneur qui remplacera le salarié (il remplace déjà le stagiaire, trop contraignant malgré sa paye divisée par cinq). C'est "moderne", c'est plus confortable, les salariés préhistoriques n'auront qu'à s'adapter et c'est toujours mieux que le chômage. Et puis tu ne seras plus un salarié avec tout ce qu'il colporte de "vieux-monde", non tu seras "entrepreneur". Ça claque ! Le chauffeur de ta destinée.

Au même moment un film cartonne en salle : "la loi du marché".

Cette époque est uberrante.

18 juin 2015

Uber et AirBnB ou l'économie du partage en trompe-l'oeil

par

Dans le flux de bullshits libérales déversées sur les ondes par les chausse-pieds du capital et autres valets de chambre de la dérégulation sauvage, il y en a une qui a vraiment du mal à passer chez votre rédacteur, c'est le schmilblick ecolo-marketo-geeko-frendly d'économie de partage cité à tort et à travers à propos de tout et n'importe quoi du moment que c'est étiqueté start-up sur la boîte, que la patron a moins de trente ans, un @ dans son nom, qu'il est végétarien et fait du blé en bourse.

Le pompon est décroché ces jours-ci au sujet de ces deux nuisibles arnaques urbaines que sont Über (taxis particuliers) et AirBnb (location touristique entre particuliers) présentées comme fer de lance de la sharing economy.

Je resterai objectif (si si). Je ne paye pas pour voyager chez l'habitant et me déplace aussi rarement en taxi qu'en VTC. Cette polémique de bourgeois fébriles à l'idée de payer sept euros de moins la course, et d'avoir une bouteille d'eau gratuite en prime, ou d'occuper un appartement si authentique, vintage mais confort en plein centre de capitales en pénurie de logement pour les locaux, me touche peu dans mon quotidien. Enfin presque. Je subis juste la pollution des voitures en ville et l'inflation soutenue des loyers depuis cinq ans dans mon quartier parisien (une des conséquences concrètes de l'explosion des deals dématérialisés d'Über et AirBnb). Je ne pleure pas non plus sur les hôteliers ni sur les taxis qui voient leur business déstabilisé par ces deux boites de Pandore.

Ces deux entreprises (peut-on d'ailleurs parler d'entreprises vu qu'elles n'emploient personne et ne détiennent rien ?) préfigurent le carnage social qui va s'abattre sur pas mal de secteurs.

ÜberLiberal et AirBordel sont des entreprises de prédation. La concurrence est faussée, elles se torchent des réglementations nationales (droit du travail, fiscalité) sous les applaudissements de l'upper-middle-class et des cornichons de l'expertise éco au prétexte que, tu comprends espèce de vieux réac et/ou crétin de pauvre, c'est de la nouvelle économie. AirBnB et Uber ne sont en aucun cas du partage et l'inédit y est minime. Un possédant loue un bien, un individu sa force de travail, à un autre individu qui le rémunère pour cela (What a flash ! Je suis bluffé par l'aspect profondément révolutionnaire du paradigme). La seule innovation est l'intermédiation de plateformes numériques COMMERCIALES et délocalisées (qui elles ne partagent pas trop leurs bénéfices économiques avec les services fiscaux du coin parce que "- Hey mec, c'est pas du travail ni de la possession, c'est internet").

Reconnaissons tout de même à AirBnB et Über un concept cynique à souhait (pas étonnant que ces sociétés soient célébrées par l'époque) :  prendre de l'argent sur des biens qui ne sont pas les leurs, faire travailler des gens sans les salarier (donc sans les protéger, sans cotiser, ni leur fournir d'assurance, de congés payés, rien). Mieux encore, dans le cas d'Über, le faux salarié fournit son outil de travail. Le client, lui, à l'impression d'être un peu plus riche. Une belle poursuite de l'ultralibéralisme dont nous sommes cette fois directement les artisans en proposant nos biens, en les consommant, et en travaillant pour ces parasites.

Cette nouvelle économie est de l'ancienne en pire. Il s'agit toujours d'arranger le pouvoir d'achat de ceux qui ont du pognon au détriment des conditions sociales de ceux qui n'en ont pas (en utilisant de jolis mots pervertis comme "partage", "modernité" et autre "collaborative"...).

Que trouvera-t-on au bout d'Über et AirBnb ? Augmentation des loyers pour les locaux non BnBaiseurs (autrement nommé les pauvres), désagrégation de la protection sociale pour les chauffeurs (et de leurs revenus une fois que tout le monde sera chauffeur Über, et qu'un nouveau service Über te proposera d'être véhiculé au tiers du prix en chaise à porteurs. Bah quoi, c'est bien puisque c'est bio. Tu pourras enrichir l'expérience sociale de coups de fouet sur tes prestataires collaboratifs de trajet, ce qui, nous en sommes convaincus, même en option payable d'avance, aura encore plus de succès que la bouteille d'eau en libre accès.

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4 mai 2015

La tentation Toddophobe

par
"J'avais plein de copains dans cette manifestation" Emmanuel Todd, démographe, France Inter 04.05.2015

Quand Todd n’est pas content, il fait un bouquin scientifique. Là, il digère mal les manifestations du 11 janvier parce qu'elles annoncent le pire. Y-a-t-il été ? Non. Ai-je le bouquin de Todd ? Non. Mais selon sa méthode sociologique cela me suffit pour faire un petit billet sur lui et sa prestation matinale sur France Inter, visiblement supervisé par le coach en buzz de Nabilla.



En tant que manifestant du 11 janvier (marcheur statique en fait, et totalement conscient des limites de l’exercice), il me classe avec 4.5 millions de personnes dans la rubrique xénophobe potentiel, islamophobe en puissance, antisémite en devenir et pro-Maastricht évident. A écouter ici.

Je m'autorise donc, s'il le veut bien, un mini droit de réponse sur mon blog car cela n'en vaut pas plus.

Lui est-il passé par la tête que les personnes qui se sont rassemblés ce jour-là savent aussi se servir de leur cerveau et se sont posées deux trois questions, peut-être les mêmes que lui ? Lui est-il passé par la tête que certains avaient peut-être juste du chagrin, et qu'à un moment il faut laisser parler son cœur ? A-t-il seulement constaté qu'il n'y a pas eu un seul incident dans ce rassemblement monstre ? Lui est-il passé par la tête que beaucoup d’individus en ont marre de devoir se positionner pour ou contre telle ou telle croyance ? Que nous aurions aussi défilé si ce massacre avait été accompli par des Breivnik-like en représailles contre une caricature du Pape (intégrisme catholique par ailleurs bien plus souvent caricaturé que le prophète chez Charlie).

Je n’ai pas marché le 11 janvier pour la défense de liberté d’expression (même pas), même pas pour la mémoire des gars de Charlie. J’ai défilé contre la connerie (et poussée à l’extrême elle mène toujours à la destruction) et j’avais au moins un point commun avec tous les gens présents, un point commun essentiel et indispensable pour la bonne marche de la société : la volonté de vivre tranquille et en harmonie avec les autres. Todd appelle ça de l’égoïsme, une "logique d'exclusion" de la part de "post catho zombies". Si ça peut éviter des morts dans la rue et les éditos de Zemmour en boucle, cet égoïsme me va. Égoïste et post-catho peut-être, mais zombie pas envie.

OK Emmanuel, on ne se mobilise pas assez sur plein d’autres sujets sociaux, mais comparer notre atonie devant le chômage de masse et notre réaction spontanée face à la violence des extrémistes de la religion est digne d’un édito de site complotiste. Il n’y a jamais eu de mal à s’unir même pour une journée (c’est déjà tellement rare !) pour signifier par le nombre son rejet de la barbarie d'une poignée de crétins déshumanisé. Ils n'ont pas à dicter, ce que l'on doit penser, croire et dessiner.

On est comme ça nous les humains, on a parfois de la peine et de la colère d'être tué au nom des  croyances des autres.

12 avril 2015

Les fantasmes économiques d'Emmanuel et Manuel

par
Bénissons Saint Milton ! La politique libérale du gouvernement cartonne ! Les marges des entreprises augmentent, c'est L'INSEE qui le dit. L'institut national prévoit même une hausse "spectaculaire" dès cette année. La reprise est imminente selon L’Élysée. Elle serait déjà là même. Faites gaffe aux giboulées de lingots dans la rue. Sortez K-way et Pataugas sur la route de Pole Emploi. On va glisser sur les liasses !


Dans un publireportage de jene sais plus quel JT suce-boules, en duplex depuis la stratosphère, Emmanuel et Manuel sont fiers d'eux. Choc de compétitivité, crédit d'impôt et pacte de responsabilité ont marché. Pour les marchés. Parce que côté chômage, c'est zéro. Enfin en-dessous de zéro, vu qu'il augmente. En France, on n'a pas de pétrole mais on a toujours des idées de com' à la con pour bien arnaquer le populo : Emmanuel et Manuel ont relooké l’antienne de la reprise imaginaire (avec une petite nuance qui ne manque pas de causticité : la croissance sans emploi).

La preuve. Comme 40 milliards de cadeaux fiscaux aux entreprises ce n'était pas assez, les ministres de droite ressortent en urgence un petit bonus de 2,5 milliards fin mars, c'est la collectivité qui régale. On appelle ça une "aide à l'investissement". En espérant que deux minables petits milliards suffiront à convaincre les patrons de cracher la thune, et facultativement d'embaucher un ou deux pécore, là où quarante n'ont visiblement rien provoqué à part une hausse significative de leur trésorerie. Entre le feuilleton du suicide en A320 et la saga média de notre nouvelle famille royale, (les Jean-Marie de St-Cloud de la haute haine, père et fille), l'indécent cadeau est passé à la rubrique faits-divers. Pendant ce temps, les budgets publics sont dézingués un peu partout. Mais n'allez surtout pas qualifier ça d'austérité, c'est de la res-pon-sa-bi-li-té. Nuance sémantique sur la ligne temporelle : L'austérité, c'est quand le peuple paye pour les projets ratés de son gouvernement. La responsabilité, c'est quand le gouvernement projette de faire payer le peuple pour réussir. On alternera régulièrement l'un et l'autre pour une bonne cuisson à l'étouffée.

Ceci étant écrit, pourquoi le nombre de chômeurs chuterait-il ? Plus d'un tiers d'entre eux ne reçoivent déjà plus aucune indemnité, et ils sont une formidable excuse pour continuer à mettre la pression sur les salariés. Rappel : Les salariés sont les seconds privilégies de la République (juste derrière les fonctionnaires qui eux méritent que Cazeneuve ré-ouvre Cayenne pour les parquer en les forçant à écouter du ZAZ à vie). Ces salauds de salariés, avec leurs maudites rémunérations et leurs multiples couvertures sociales, cause de tous nos maux locaux.

Caricatural ? Voilà donc, entre deux pauses sur la couverture de Voici, ce que le ministre de l’Économie déclarait il y a deux semaines chez nos amis allemands (experts en croissance sur boulots à bas salaire et vol en manuel) :


Et ouais gars, c'est pas con ça : Il y a des chômeurs à cause des travailleurs. Y a pas photo : Le mec mérite ses millions.

Comprenez bien que, au bout du bout des milliards déversés en pure perte dans le "soutien" aux entreprises, les prochaines cibles gouvernementales seront les salaires et les contrats de travail (et les 35 heures, Manu en fait une affaire personnelle). Que les socialos de gouvernement soient économiquement de droite, on s'en moquerait presque (qui ne l'est pas désormais ? Moi même j'épargne jalousement pour m'acheter un paquet de Pépitos rien que pour ma gueule. Dans six mois, je l'ai, vous n'aurez rien bande de crevards). Si ce gouvernement réussit son coup, je serai le premier à le féliciter. Mais le pataquès libéral ne marche pas, ça n'a jamais marché, ça ne marchera jamais. Ce n'est pas en appauvrissant les travailleurs, en les précarisant avec zéro visibilité à six mois qu'on leur donne 1 / Les moyens de consommer 2 / Pour ceux qui ont les moyens de consommer : l'envie d'investir. Il faut avoir le QI d'une amibe ou d'un chroniqueur éco du Grand Journal pour ne pas le comprendre.

Comptons sur nos poltrons pour céder dans l'indolence aux doléances patronales. Après avoir empoché la cagnotte, certains geignent sur leur impossibilité d'embaucher car il serait trop coûteux de licencier. A défaut de croissance, la destruction émancipatrice du CDI est au coin de la rue (ceci dit je ne connais déjà quasiment plus personne en CDI). Le contrat de travail unique, flexible à mort (avec contrat pourri, sans sécu, sans salaire ou à siège éjectable incorporé), nous sauvera c'est promis. Une fois que nous serons tous précaires au long cours et terrorisés au quotidien, l'économie repartira à n'en point douter. Emmanuel et Manuel devraient lâcher la bibliothèque bleue de la libertarée Verdier-Molinié (qui est au droit du travail ce que Zemmour est à l'amour de son prochain) pour compulser les études de leurs propres services, et notamment celle récente réalisée par la DARES montrant que 36% des CDI conclus sur l'année 2011 ont été rompus avant un an, et 50% avant deux ans. Pour les emplois peu qualifiés, la proportion des CDI rompus dans l'année grimpe à 52 %. Sacrément flexible ce contrat de plomb supposé contraindre les employeurs au point de les empêcher d'embaucher.

Nous sommes donc une fois de plus dans l'incantation libérale du gagnant-gagnant, purement fantasmatique pour les trois-quarts de la population. La flexibilité prônée n'est (encore) qu'une optimisation à sens unique des "coûts salariaux". En décodé : moins payer les salariés gonfle les marges, marges qui ne se traduisent pas en embauche ni en investissement mais systématiquement en rétribution de dividendes pour les actionnaires. On devrait commencer à comprendre, ça fait plus ou moins trente ans que ça dure.

D'ailleurs, depuis le retour d'un discours libéral assumé au sommet de l’État, les marchés ne se sont jamais aussi bien portés. Le jour de la confidence berlinoise de Macron, le CAC claquait même la barre des 5000 points. Rappelons les fondamentaux : La crise, c'est quand tu crèves de faim. La reprise, c'est quand tu crèves de faim et que la bourse va bien.

3X rien au sujet de la jeunesse

par

78 fermetures de classes maternelles et primaires à Paris ...dont une dans l'école maternelle de ma fille (et ce contre toute logique démographique). Ma gamine aura ainsi le bonheur de passer de 25 à 32 enfants dans sa classe. Elle qui voulait faire "maîtresse" quand elle serait grande, elle se réorientera probablement vers "chef de camp de garde". J'imagine que tout ceci rentre dans l’effort pour l’accès à l'éducation dans les meilleures conditions cher à notre glorieux Président durant sa campagne, et l'égalité des chances pour les filles qui tenait tant à cœur à la ministre Najat Vallaud-Belkacem il y a encore deux ans

A moins que tout ceci ne soit juste qu'une formidable publicité pour l'école privée.

S'attaquer aux enfants pour compenser les milliards déversés aux entreprises qui n'embauchent pas. En plus de son incompétence, ce gouvernement est minable. 

Mais mon petit doigt me dit que parents et enseignants n'ont pas dit leur dernier mot.  Le printemps sera chaud.

Source de l'illustration : Sébastien Fontenelle

15 mars 2015

Mairie de Paris vs. le logement en folie : Quoi de neuf ?

par

Reprenons le blog là où nous l'avons arrêté. J’étais un peu à cran l’autre jour contre la mairie de Paris avec cette histoire de tapis rouge déroulé à AirBnb et sa mise à disposition d'appartements pour touristes alors qu'il y a pénurie de logements à la location. [Rappel de l'épisode précédent].

Quelques jours plus tard, avec Ronald de chez Politeeks, nous avons rencontré Ian Brossat, adjoint au logement (Parti Communiste) à la mairie de Paris, pour lui poser quelques questions sur cette grosse boulette de com' de la semaine passée et surtout faire le point sur ce qui a été fait et ce qui reste à faire en matière de logement dans une des villes les plus inhospitalières au monde pour les revenus moyens.  

Mes notes :

Comment la mairie combat le libéralisme participatif d'Air BnB  ? 

Ian Brossat reconnait un retard à l'allumage, mais la lutte contre la pied-a-terrisation est désormais prise au sérieux.  Il reçoit de plus en plus de plaintes, de voisins, de maires de quartiers pourtant de droite, de commerçants : « si on laisse le processus se développer comme ça, tous les commerces de bouche vont fermer ». Les arrondissements de Paris les plus touchés (4e et 6e) sont aussi ceux qui, à l’inverse de la dynamique globale de la capitale, perdent des habitants.

La modèle initial de AirBnb est perverti, ce n’est pas de l’économie du « partage », mais bien une activité purement motivée par le gain et envisagée « industriellement » par certains. Du libéralisme participatif. Quand des immeubles entiers sont rachetés pour en faire du meublé touristique on est clairement plus du tout dans « l’économie du partage ». Les logements privés pour touristes tirent les loyers à la hausse, excluant la demande locale, forçant en bout de ligne les locataires en difficulté à sous-louer leur logement à leur tour pour continuer à y vivre. Bref, à part AirBnb, le touriste et le proprio du meublé (résident parfois à l'étranger) : tout le monde est perdant.

Ian Brossat confirme que vingt personnes s’occupent pleinement de la lutte contre les meublés touristiques. « Ils font un gros travail (traque des annonces récurrentes sur les sites, enquête sur dénonciation, PV), mais ne sont pas assez ». L'adjoint au logement déplore également que la justice  traîne parfois sur ces dossiers.

La lutte contre la sous-occupation du foncier à Paris ?

Paris additionne surtension locative et zones désertes : « Un dixième du parc global est inoccupé ». La construction n’est donc pas la seule solution pour détendre la situation. Il faut réinvestir des logements vides. Deux méthodes pour persuader les proprios : l’incitation et le bâton. 

L'incitation. Une mesure est lancée depuis une semaine par la ville pour encourager les propriétaires à remettre leur bien sur le marché : Multiloc. Les proprios recevront 2000 euros pour la remise en location d'un logement inhabité, entre 2500 et 10.000 euros pour sa remise en état. L’assurance contre les risques locatifs et les diagnostics techniques leur seront également financés. Les agences immobilières se chargent de trouver le locataire, pour un loyer inférieur de 20% à la médiane du quartier (sous plafond de ressources – très large – bref, 90% des parisiens sont éligibles). Les cibles sont la classe moyenne et les jeunes actifs.

Le bâton. Il n’y en a qu’un véritablement : la taxe sur les logements vacants (doublée en 2013 par Cécile Duflot). Là-dessus la ville n’a pas de marge de manœuvre, c’est le gouvernement qui décide. Ian Brossat  trouve la taxe « mal fichue » et mal récoltée. Elle n’est appliquée que sur 16.000 logements à Paris, alors qu’il y en a 50.000 durablement vacants (vides depuis plus de 2 ans, 59.000 selon EDF). A mon sens, la taxe n'est clairement pas assez dissuasive, et devrait être pensée comme progressive au fil des années (en partant du taux actuel, jusqu'à devenir totalement dissuasive au bout de dix ou quinze ans d'inoccupation).

L’autre gros paquet de logements potentiellement disponibles à Paris : les bâtiments militaires et le parc foncier de l’Église. Dans des zones déjà déficitaires en logements sociaux, plusieurs casernes militaires en sous densité occupent des terrains de la ville (sur lesquels l’État ne verse aucun loyer). L’adjoint veut regrouper les casernes dans le 19e et libérer ces espaces pour faire du logement social. Une première caserne (Reuilly) est en cours de réhabilitation. Pour l’Église, des négociations seraient en cours.

Insalubrité et taudis : Changer de logique.

Je vous renvoie au billet de Ronald. L’insalubrité diminue en global sur Paris, mais change de forme et nécessite d'évoluer dans la façon de la traiter. Il faut « raisonner en terme de logement individuel et non plus d’immeubles ». Un nouveau dispositif législatif est mis en place depuis peu pour permettre la préemption d’appartements dégradés, et ainsi faire entrer la ville dans les copropriétés.

Logements sociaux : Optimiser et améliorer.

Même si la ville atteint les 20% de logements sociaux, il y a encore un gros problème de mixité géographique et sociale (40% des demandeurs refusent les logements proposés à cause de leur localisation). La moitié des logements HLM de Paris sont situés dans le Nord-Est, les quartiers les plus "populaires" de Paris, si le terme veut vraiment encore dire quelque chose à 8000 euros le m2 de prix moyen. Après des années de blocage, des chantiers sont en cours dans le 16e arrondissement [NDLR : quartier à haute teneur en joncaille ajoutée et teckels à doudoune Marithé François Girbeaud], d'autres sont déjà inaugurés après des années de résistance du gang des carrés Hermés. J'en ai déjà parlé : la clé d'un quartier à la fois tranquille et vivant, c'est le mélange des revenus. En résumé, il faut des CSP+ chez les pauvres et des classes populaires dans les quartiers huppés (et l'on se rend vite compte dans Paris que les vrais ghettos sont d'abord ceux des riches).

Une optimisation de l'occupation des HLM est également visée (changer des logements trop grands ou pas adaptés pour des personnes seules ou âgées), avec la création prochaine d’un site pour favoriser la mobilité dans le parc en interne : «  Un seloger.com du parc HLM pour proposer des logements correspondants aux attentes (superficie, quartier) ». J'attends de voir, mais bon pourquoi pas.

Tweet @IanBrossat 06.03.2015 
(L'égérie de la Manif pour Tous occupait un HLM de 173m2 depuis 1984).


Dans le bon sens, mais lentement.

Mine d'or pour certains, sources de revenus conséquents dans un pays où le travail ne rapporte plus assez, le logement est une place forte de la société française : un besoin fondamental devenu marché. En plus de sa superficie réduite, d'une centralisation excessive (Le nouveau ministère de la guerre occupant tout le bas du 15e arrondissement était-il vraiment indispensable DANS Paris ?), la capitale est prisonnière d'un de ses moteurs économiques : le tourisme. Anne Hidalgo, comme son prédécesseur, joue à fond la carte du rayonnement international. L'invitation de Brian Chesky à la mairie il y a deux semaines (avec en bonus le côté "Paris kiffe les start-up") est symptomatique de cette contradiction entre la demande locale et internationale.  Des choses se passent donc dans le bon sens à l’Hôtel de ville en faveur du logement populaire à Paris (et c'est toujours mieux d'y avoir un communiste en charge). Lentement trop lentement, mais la volonté est là.

Illustrations : S.Musset, exposition Paris Habitat, 100 ans de ville, 100 ans de vie, Palais de l'arsenal, Paris.

27 février 2015

Paris ville ouverte (à AirBnB)

par

Ça fait cinq ans que la Mairie de Paris répète qu'elle agit contre le boulet de la pied-a-terrisation de la capitale. On peut légitimement penser que recevoir avec tapis rouge et macarons sous les ors de l’hôtel de ville  Brian Chesky est, au minimum, une boulette de 'com. Avec son site AirBnB, le trentenaire américain a accéléré comme personne un business de la location courte durée et de la sous location totalement opaque éjectant des milliers de jeunes et de revenus modestes ou moyens du marché locatif parisien. 

Rappel.

Il y a quatre ans, je commençais à mettre les mots sur ce que j’observais dans mon quartier : un changement complet de population en rotations de plus en plus courtes et fréquentes, avec des vagues de CSP+ à Delsey sur roulettes, des teufeurs à Redbull et de la viande saoule réassortie tous les trois jours en moyenne. Il s’agissait des premiers effets pervers du succès d'AirBnb à Paris. Le site de partage d'appartements ne faisant qu’amplifier à l'année et faciliter un phénomène déjà préjudiciable pour les aspirants locataires locaux : la location de meublés à des touristes. En deux ans, l’immeuble du quartier Odéon dans lequel j’habitais s’est quasi intégralement transformé en hôtel, taisant son nom, avec le catalogue des nuisances attenantes : bruit à toute heure, poubelle dans les couloirs et… extermination de l’offre locative traditionnelle dans une zone où la demande est pourtant forte.

Mettez-vous à la place du proprio. Pourquoi ne gagner QUE 1200 euros par mois avec un deux-pièces quand on peut en gagner 4000 et en garder l'usage un week-end sur trois (sans passer par la case fisc, le tout payé sur internet et sans visite) ? 

A l’époque déjà, la mairie de Paris s'engageait à renforcer les contrôles avec ses…. 10 agents pour 20.000 logements.  Quatre ans après, le nombre de logements concernés a presque doublé, le nombre d'agents est resté le même. Le Figaro évoque une quinzaine de condamnations en 2014. Houla, ça fait trembler. Je comprends mieux l'urgence de recevoir le patron d'AirBnb pour rassurer les multiproprios bailleurs : "N'ayez pas peur, on vous aime quand même. Vous allez continuer à vous engraisser grâce au ricain."

(Sens-tu sur ce cliché la détermination du premier adjoint de la Mairie de Paris à lutter contre la location touristique abusive et l'explosion des prix du locatif dans la capitale ? source : France24)

Certes des mesures ont été prises. En fait une principalement. Paris imposera désormais aux propriétaires transformant leur bail locatif en bail commercial (encore faut-il faire cette démarche, ou être contraint de la faire) de financer la surface équivalente en habitation dans le même arrondissement. C'est déjà trop tard dans le centre de la capitale : 'apu de place. A l'occasion de la visite du wonderkid de la rente locative, la mairie parle d'un arrangement avec AirBnb pour que le site (enfin ses clients) s'acquittent des taxes de séjour. Sans dire combien ni quand. 75 centimes par transaction ? Peut-être 30 ? Peut-être même 0 va savoir, faudrait voir à pas terroriser les touristes non plus.

Étonnant. La Mairie de Paris si fière de pousser de la gueulante contre Fox News et ses No-go-zones imaginaires lèche aujourd'hui les Sketchers de Chesky qui, lui, est un vrai générateur de zones interdites à l'habitation pour les parisiens. Elle lui offre au passage un spot publicitaire géant. Merci Paris. Pas de doute, Paris devient peu à peu un quartier de Disneyland, ou de Pompéi,  avec des vieux possédants et des familles de touristes ra-vies de vivre "comme à la maison" l’authenticité d'une ville qu'elles contribuent à détruire.

Pour les familles, il reste le RER, station pétaoschnock, avec le dernier mp3 des Enfoirés chié dans les esgourdes pour patienter entre deux pannes.
Le jeune patron pas con s'en vante d'ailleurs tout sourire : Paris est désormais son premier marché  avec 1.8 millions d'"invités" (pour 2 millions d'habitants). Il annonce une grosse fête dans la capitale en novembre pour célébrer le succès de sa start-up (que j'imagine fiscalement optimisée aux petits oignons pour que la France n'en récolte pas un fifrelin). 

Telle ma municipalité du tutelle, je serai intransigeant et exigerai l'heure venue, avec la plus grande  fermeté, une invitation et un pin's vive AirBnb !


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9 février 2015

Fait divers sur la planète riche

par

Après deux semaines d'une ritournelle éditoriale leparmentiero-quatremeriste sur l’égoïsme congénital des grecs et la nécessité que ces irresponsables criminels (ils votent à gauche) remboursent jusqu’au dernier centime 'dussent-ils en crever sur trois générations au nom du respect entre les peuples d'Europe) une dette dont les restructurations par l'austérité ont précipité l'agonie (certaines de nos zélites éditocratiques de l'orthodoxie économique allant jusqu'à prétendre que la victoire de Syriza coûterait 600 euros à chaque Français, histoire de nous monter un peu plus les uns contre les autres), voilà que Le Monde nous apprend que la banque HSBC (la même qui me facture 100 euros pour un découvert de 10) a organisé l'évasion fiscale de 180 milliards d'euros pour 100.000 particuliers dont 3000 français.  Il y a de tout dans la liste des 100.000 fraudeurs et notamment la présence, pour une fois comique, d'un standuper arrondissant ses fins de mois en tapinant sur nos écrans à la gloire d'une autre banque.

Notons tout de même que ce petit détournement entre millionnaires représente plus de la moitié de ce que les moralistes du capital réclament à la Grèce (320 Milliards) .

Le plus ironique ? Cette escroquerie institutionnalisée a été mise en place pour contourner une taxe européenne sur l'épargne (comment sauver l'argent dont vous n'avez pas besoin, mais que vous ne voulez surtout pas partager).

Le plus triste ? Il s'agit d'une goutte d'eau dans l'océan de l'évasion fiscale. 2000 milliards (minimum) chaque année d'évasion fiscale rien qu'en Europe

De quoi éponger quelques dettes publiques sans blesser personne.


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20 janvier 2015

Deux ou trois choses sur l'après-Charlie

par
Deux ou trois réflexions sur l'actualité dans le flux des polémiques et des questions de fond qui se bousculent sur les ondes et dans le grand bistrot du net après les attentats du début de l'année. 

1 / Être Charlie ou ne pas être Charlie ? On trouvera un océan d'articles sur ce sujet : de la manipulation des foules sous couvert de l'émotion, de la nuance à apporter au "combat" laïc de Charlie... Les terroristes du 7 janvier ont tranché ce débat. Quelles que soient les idées, rien ne justifie la violence physique et le meurtre. On pouvait juste, et j'en étais à l'époque, reprocher à Charlie de ne pas s'être plus démarqué de quelques récupérations au moment des publications des  premières et secondes caricatures du prophète. Certains y voyaient un support autorisé (mais juste pour ces numéros-là), un bon alibi à vernis voltairien, pour afficher leur dégout de tout ce qui n’est pas blanc et catho sur seize générations.


2 / J'aime bien Jon Stewart. Mais, les leçons de morale américaines sur notre liberté d'expression, clairement encadrée par la loi, sont à relativiser elles aussi. Au lendemain des attentats du 11 septembre, il était peut-être autorisé par la constitution américaine de dire "Je me sens Osama" dans les rues de San Francisco. Dans les faits, une telle phrase vous conduisait direct en taule sans passer par la case justice. Mieux, vous risquiez d’être descendu sur place (et sous les applaudissements encore), et ce, même et surtout si vous vous appeliez vraiment Osama. On ajoutera que la culture américaine a ce point commun avec certaines parties un peu craignos du monde d'avoir une légère incompréhension du concept de laïcité. Le monde numérique étant encore aujourd'hui sous domination US, il est plus probable de se faire censurer son compte Facebook pour y avoir publié une reproduction de l'Origine du Monde de Courbet, que pour y avoir diffusé une vidéo de décapitation d'une femme, ou une autre appelant au massacre des Français.

(Attention enfant d'Amérique, ceci est l'axe du mal).

3 / L’école n'a pas fait son boulot ? En fait, elle aurait tout fait mal. Ce procès soudain n'étonne point de la part de médias qui, entre les chaines d'info hystériques (dont on a encore pu observer la classe et la noblesse ces derniers jours) et les robinets à remplir du temps de cerveau disponible, ne s'interrogent aucunement sur la responsabilité de leurs propres programmes. L'école est traversée par la société, il n'y a aucune raison qu'elle échappe à la médiocrité ambiante. Au regard du soulèvement populaire spontané contre l'obscurantisme et pour la laïcité dans les heures suivant les premiers morts, sans parler du dimanche d'après, on peut même affirmer qu'elle a plutôt bien transmis les valeurs républicaines jusqu'ici. Il ne faut pas non plus tout exiger d'enseignants de moins en moins bien payés, et de plus en plus souvent "managés" à l'école de la rentabilité, le tout dans des classes surchargées. Ce qui nous amène au point 4.

(Rappel : Tandis que Fiston apprend à reconnaitre les Illuminatis sur Facebook, Papa peaufine sa culture géopolitique sur BFM).

4 / Le complotisme ne s'est jamais aussi bien porté ? Là non plus, rien de bien nouveau. On cherche à l'hypermarché du net, au gré des prix cassés sur la raison, là où la sophistication de l'absurde est un gage de crébilité, les réponses que l'on ne trouve pas ailleurs. Ni dans des médias trop souvent uniformes, ni dans les livres ou la presse qu'on ne prend plus la peine d'ouvrir (ou d'acheter). Ce combat-là, en revanche, les enseignants (formés à ça) doivent le mener à côté des parents. Mais là aussi ça demandera un investissement et des heures dédiées, et comme Macron a dit qu'il fallait faire des économies : ça sent l'impasse.


5 / Le retour du service militaire ? C'est la nouvelle ritournelle en pleine période d'unité nationale. Comme si le service militaire avait empêché les attentats de 1986 et 1995. Un service civique aurait déjà une autre gueule. Enfin, on pourrait commencer par un boulot, et payé à un prix décent. Si, à sa sortie de service, l'apprenti-citoyen retombe dans le chômage ou le stage (aka le foutage de gueule institutionnalisé au bénéfice exclusif du patronat), le bénéfice risque d'être minime.

6 / Ce qui nous amène à la raison profonde, à mon humble opinion, de cette désagrégation du sentiment d'appartenance nationale chez certains, dont la religion n'est pas la cause mais le fanatisme religieux la conséquence : la mise au ban de la société d'hommes et de femmes sur la seule base de leur prénom, de leur nom, de leur adresse, de leur couleur de peau. Comment avoir encore la volonté du vivre-ensemble quand tout de votre quotidien ou celui de vos parents n'est que relégation, plus ou moins explicite mais cruellement efficace, vers une citoyenneté de seconde classe ? C'est à la mixité sociale, géographique et professionnelle que l’État, et nous tous, nous devons nous employer dans la durée.  

7 / L'actuelle précipitation de surface (pour rassurer une partie de la population qui est, de base, déjà terrorisée[1]) est pire que tout. On multiplie les peines délirantes pour apologie du terrorisme pour un like à Coulibaly sur Facebook. A quatorze ans, rien de mieux pour détruire une vie. On a vu plus constructif pour combattre le terrorisme que d'envoyer des gamins paumés en prison : cette zone interdite de la République, ghetto des ghettos, foyer béni pour la radicalisation des paumés.

8 / Sur une note plus positive. Ce mois de furieux aura au moins une conséquence heureuse : la réhabilitation mondiale du dessin (souvent plus efficace que mille mots).


(Ceci n'est pas une caricature).


[1] Appelons-les les "Cdanslairistes"

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