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21 décembre 2013

Quenelle de 45.000 pour tous !

par

"Suite aux propos ouvertement antisémites tenus par l’humoriste Dieudonné visant notre confrère Patrick Cohen, diffusés jeudi 19 décembre dans le cadre d’un reportage de l’émission Complément d’enquête sur France 2, la direction de Radio France a décidé de signaler ces faits à la justice. Le procureur de la République jugera s’il ouvre ou non des poursuites judiciaires à l’encontre de Dieudonné." France Inter

Je n’avais pas spécialement goûté la sortie de Patrick Cohen sur les « cerveaux malades », pourtant j'ai ressenti un rare moment de malaise en visionnant ce moment du spectacle de Dieudonné, diffusé dans l'émission Complément d'enquêtes sur France 2, appelant les pieds sous le bureau à son extermination. Le comédien justifie ainsi les propos du journaliste six mois plus tôt. 

On me dira : "tu comprends pas, c’est de l’humour". "C’est un bras d’honneur au "système"". "Ça secoue". "Desproges faisait pareil". 

Sûr que ça change de l’humour sur les couches culottes, la drague en boîte et le café en capsules constituant désormais 99% de l’humour national. Est-ce pour autant drôle ? Non, c’est à chier. 

Ne pas voir de quoi il en retourne précisément est, au choix, 1 / de la complicité 2 / de la crétinerie 3 / les 2. Je ne vois pas où est "l'honneur" dans l'appel à l'extermination d'individus au nom de leur religion (souvent juste supposée) et, à part l'intelligence et mes cours d'histoire, ça ne secoue pas grand-chose.

Et arrêtons d'insulter Desproges (et de faire parler les morts en général). Desproges jouait sur le fil avec l’érudition de son public, Dieudonné surfe sur la bêtise ambiante en sautant à pieds joints dans la boue. Le problème de l'humour de Dieudonné n'est pas tant de quoi il traite, mais ce vers quoi il tend. Desproges faisait rire, Dieudonné fait du fric et ce dernier point a chez lui, toujours, précédé le premier. Si être antisémite rapporte, il sera antisémite. Bien que chez lui, on ne saisisse plus très bien ce qui répond de la conviction ou de l’intérêt. 

Je n’accablerai pas non plus Dieudonné. Faute de dialogue initial (épisode du sketch chez Fogiel), on l’a, comme d’autres, passablement rendu timbré. Ça n’excuse en rien ses propos, mais explique une partie de la spirale dont il est désormais l'heureux prisonnier. Il semble aujourd’hui trop tard (et pas assez rentable pour lui) pour faire machine arrière. 

Le plus inquiétant n'est pas Dieudonné, mais ceux s'esclaffant goguenards de son antisémitisme (de façade ou pas) ou le relativisant dans un gloubiboulga mental où tout se vaut, où l'individu se trouve réduit à sa religion prétendue, où tout, rigoureusement tout, trouve son origine dans le grand complot judeo-maçonnique visant à faire taire les esprits "libres" en tête desquels on retrouve Raël, Les Schtroumpfs et Dieudonné.

Alors que faire pour contrer cette vague obscurantiste, branche bâtarde mais néanmoins robuste de l'abrutea-party ? De la pédagogie ? Des actions judiciaires ? 

La désormais célèbre triplette de Quimper : Quenelle + bonnet rouge + Sweat Manif pour Tous.

Si ces actions en justice sont indispensables, elles sont trop isolées et centrées sur un camelot rusé qui s'en sert de vitrine marketing. Que représente une amende de cinq mille euros face à dix Zenith plein à craquer ? Un faible investissement publicitaire.

S'il est un des seuls à tirer un profit financier de la libération de la parole par le bas (dont on peut dater la source à la mise en orbite médiatique d'un certain Sarkozy), Dieudonné est loin d'être le seul en cause.
.
Comment condamner Dieudonné et ne pas s’attarder sur les commentaires de ses fans sur Youtube, ailleurs sur Facebook, ou encore les tweets racistes et homophobes, ou même sur les commentaires des lecteurs du Figaro souvent bien plus explicites ? La loi est claire à ce sujet : la manifestation du racisme ou un discours d'incitation à la haine peuvent conduire ses auteurs à un an d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende (de "la  grosse quenelle de 45.000" en langage dieudosphère).

Tu trouveras un assortiment sur ce site.

Tant qu'il n'y a pas de véritable offensive juridique sur le vide-ordure de la parole 2.0, s'attaquer seulement à Dieudonné est inutile, voire contre-productif. 

Il faut traiter l'internaute lambda, qui se prend pour un rebelle en lâchant sa haine bien planqué derrière son avatar, comme l'on traite Dieudonné. Ni plus ni moins. Voilà qui changerait probablement la donne et ferait réfléchir à deux fois avant d'appeler à gazer les juifs ( - "au nom de la liberté d’expression t’voua, parce ce qu'on est des purs pas dans le système t'voua. MDR. Zut, je vais rater Danse avec les stars."). 

En plus, ce serait l’occasion de tester la solidarité financière de l'humoriste envers ses disciples : c’est vrai, à bien y regarder, c’est toujours dans l’autre sens que l'argent circule.


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10 décembre 2013

L'usure du net

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" À la longue, l’addiction au web se révélait plus désastreuse que la télévision dont l’indigence des contenus avait au moins eu raison de ma patience. Si la télévision camouflait sa vacuité avec une pyrotechnie assourdissante, LéRézoSocio renouvelait sans cesse la vitrine : ce qui revenait au même. J’avais assisté, connecté et immobile, à la chute de dictatures, à l’anéantissement d’une région par un raz-de-marée en vidéo basse définition, à l’expulsion de familles menottées en roman-photo volé. J’avais rejoué le .GIF de l’adolescent perdant un œil sous le coup d’un flash-ball policier. J’avais vu un Boeing s’écraser en multi caméras avec doublage karaoké, lu des rumeurs en temps réel d’un présidentiable français se faisant arrêter à l’étranger. J’assistais à des décapitations au petit-déjeuner en trempant mon croissant dans la chicorée. Je participais aux cortèges virtuels des indignés par la peine de mort aux USA et m’offusquais en pétition des injures sexistes proférées par des élus de la République. Sur LéRézoSocio, je cassais les programmes radios et les réputations surfaites, accablais les journalistes forcément incompétents, pondais du LOL en me moquant du FAIL tout en faisant grimper les TT. Le temps long devenait caduc. En bloguant, j’avais réduit de moitié ma production littéraire. Depuis que je vagabondais sur LéRézoSocio, je réduisais à son tour de moitié l’écriture sur le blog. LéRézoSocio prolongeait la promotion de Paul Léotard. Chaque instant se vivait comme la possibilité d’un bon mot. Un bon mot se lisait cent fois plus que mon billet de blog le plus lu qui se lisait mille fois plus que mon livre le plus vendu. Je ne rédigeais plus que du piaillement sur l’actualité, c'est-à-dire rien ou pire, sa moitié instantanément publiée sous forme de minimessage ou de statut pour récolter du like et du RT. Pire, les aphorismes se répandaient jusque dans les rédactions. On retrouvait bientôt les citations sur l’écran de télévision, sur ces plateaux télés propulsant la parole internet comme la quintessence à bon marché de l’expression du terrain. Abeille ouvrière dans le mouvement perpétuel de l’information, petit producteur d’oubli moi aussi, je n’avais plus l’impérieuse nécessité d’écrire un récit. Je communiquais court et informatif et, à la longue, me mis à penser ainsi. "

Seb Musset, L'abondance. 
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Disponible ici en papier ou ebook.






P.S : Deux ou trois choses à régler et je reviens.

12 novembre 2013

[L'abondance] Bras tendu, l'idée pue

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Dans l'Abondance (sortie le 11 oct) : 

"Les maîtres de l’image ayant une fondamentale aversion pour les silences, on chauffait le public une heure à l’avance. On le sélectionnait même. On le triait au tour de taille, au galbe du nichon dans l’axe de la caméra. On s’assurait de l’endurance de son rire gras et de l’automatisme de son clappement à la moindre flatulence orale. Étonnant en revanche que, dans cette émission connectée, personne en régie n’ait encore remarqué ce type au bras pointé vers le bas, deux rangs derrière l’animateur. Il mime pourtant, et en forçant le trait, le court slogan de la provocation antisémite tournant depuis cinq ans sur internet."

et hier soir, 11 novembre, dans Le petit journal de Yann Barthès sur C+ :



A lire aussi : 
Lâchez-nous la quenelle (Romain Blachier)
Confusionnisme et déviationnisme (socialisme critique)

Nouveau livre de Seb Musset, L'abondance. 
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1 novembre 2013

Le Pen : La barbe, la "bourde" et le buzz

par

Hier matin sur l'antenne d'Europe 1Marine Le Pen, présidente du FN, a émis des réserves sur la récente libération de quatre otages français

En effet, après trois ans de captivité par AQMI, les ex-détenus ont eu l'idée (séditieuse entreprise pour le moins anti-patriotique) de descendre de l'avion à Villacoublay sans bouteille de Beaujolais  sous le bras, ni chapelets de saucisson autour du cou comme c'est l'usage en Gaule depuis la création des Hauts-de-Seine par Jeanne d'Arc (si si, je l'ai lu dans Valeurs Actuelles).

Pire encore. Certains des terrori, euh ex-otages, étaient affublés d'une barbe. Oui mesdames et messieurs, une barbe : comme l'auteur de ce blog, Carlos, le chanteur, et Dieu le père ! Pire, d'autres plus suspects portaient un chèche. Madame Le Pen apprécie peu ce laisser-aller vestimentaire quand on passe à la télé devant des millions de Français. D'ailleurs, question barbier, elle préfère quand c'est propre et net, et qu'il n'y a aucune équivoque possible. 


Il ne fallait pas plus que cette suggestion d'otages devenus musulmans (puisqu'il s'agit de cela en toile de fond) pour que les médias embrayent toute la journée sur, je cite, "la bourde" de Marine Le Pen. De la Une du Monde dans l'après-midi, le "dérapage" dérape jusqu'au JT de 20h du service public où il sera traité avant le cas des otages eux-mêmes. 

(commentaire du journaliste : 
""Elle casse le consensus". En vous remerciant.)

Keep calm et reprenons les choses dans l'ordre :

1 / Il n'y a pas plus de "dérapage" que de "bourde".
Sous-entendant qu'il y a islamisation des otages, Marine Le Pen, s'adresse d'abord à son électorat.
Qu'il s'agisse de l'électorat acquis :
- Le xénophobe de base, excédé par la "normalisation" du FN, qui a besoin que le parti lui redonne sa dose quotidienne de peur du mahométan.
- Le comploto-timbré, bercé un peu trop près de la télé, en sevrage depuis sur Facebook. 
Qu'il s'agisse de l'électorat potentiel :
- Scoop : une bonne partie de la droite n'aime quand même pas trop la barbe et les chèches.

2 / Avec cette sortie matinale, la présidente du FN, évoluant avec agilité dans son biotope médiatique, sait qu'elle occupera les ondes durant 24 heures (voire 48 avec le jour férié). L'information continue n'est qu'un feuilleton dont flemme et pyrotechnie sont les deux piliers narratifs : Marine Le Pen fournit les épisodes. Au final, ses messages codés, ou pas, atterrissent invariablement en tête des JT (à deux doigts de lui organiser une cellule de soutien psychologique pour son "dérapage").

3 / Car, Madame Le Pen, s'offre également la possibilité d'une seconde séquence, dite du remords, où elle pourra s'expliquer, interpréter l'incomprise, dupée, forcément, par des médias "qui cherchent toujours la petite phrase" (qu'elle leur donne à chaque fois).

4 / Avec le pitch de Homeland lu le matin même dans TéléZ, la chef du FN, réussit donc à parasiter une actualité qui lui est totalement étrangère (la libération d'otages français après de longues négociations), coupant l'herbe sous le pied du Président (et oui, on ne parle plus que d'elle). Et le lendemain à la même heure, son bras droit remet le couvert.

Enfin, 

5 / Ce point curieux (il n'a pas été l'objet de l'ombre d'un début de remarque dans l'agitation du jour) : si c'était le cas, en quoi la conversion personnelle ou l'adoption d'une religion par un otage serait un problème pour la nation ? 


Illustration : The Barber, Coen Bros (2000)

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Les JT roulent-ils pour le FN ?
FN : Lutte des classes ou lutte des races ?

30 octobre 2013

Détruire la virilité (au jardin d'enfants)

par

Cet après-midi là, j'accompagne ma fille de quatre ans au jardin d’enfants. Vu le temps de plomb, ils ne sont que deux : la petite et un gamin du même âge, appelons-le Marc-Antoine. Le garçon est accompagné par une grand-mère chic et échappée des beaux quartiers, et ce qui semble être le père du gamin : un quadragénaire sentant bon le cadre sup. dont l'insistance à ne rien comprendre au concept, pourtant pas bien complexe, du tourniquet m'incite à conclure qu'il doit être responsable financier ou un truc dans le genre.

Le petit Marc-Antoine crapahute sur la cage à poules, enchantant sa Mamy qui capture sous toutes les coutures au Galaxy S à l'étui YSL, les exploits de son héros maladroit.

MAMY NEUILLY 
"On va envoyer les photos à ta maman qui est au travail…"

Armé d’un grand bâton de bois mort, ramassé au bordure de square, voilà que Marc-Antoine entame la parade du mousquetaire avec ma fille dans le viseur. Il lui court après en manquant de l’éborgner sous le regard éteint de son père et les extases de sa grand-mère. Je vois le mal partout, mais je ne peux m'empêcher de noter le caractère phallique de l’instant, qui plus est relevé par les propos du garçon. Je cite :

MARC-ANTOINE
"T’as vu mon grand bâton ! J’ai plus le grand bâton donc je suis plus grand que toi !"

Point discutable : ma fifille à son papa étant plus grande que ce petit con. Stoïque, je m’assois sur le banc gardant un œil agacé sur le manège du Dirk Diggler du bac à sable ostensiblement snobé par ma gamine. Elle lui préfère l’ascension d’une cabane à toboggan au sommet de laquelle elle observera, vaguement blasée, ce marquage de territoire.

MAMY NEUILLY
"Lâche un peu ton bâton Marc-Antoine, tu risques de lui faire mal à la petite fille."

C’est vrai, bourgeois ou pas, il serait dommage d’entrer dans des procédures judiciaires et des frais de santé à débourser à cause d'un bout de bois brandit dans un square public. Marc-Antoine consent à baisser la garde.

Bientôt, le garçon ramasse dans une flaque un bonnet dégoulinant abandonné là. L’éponge informe suscite l’intérêt des deux enfants. Mais, devant la crasse du truc tricoté, Marc-Antoine le lance à ma fille en ajoutant un : "Tiens, nettoie-le !". Bon Ok, je range dans ma poche cette baffe qui me démange : Marc-Antoine est avant tout le fruit de son environnement. Cette thèse se trouve validée par la réplique de sa grand-mère :

MAMY NEUILLY
"Oh Marc-Antoine ! Elle me regarde avec un soupir amusé visant à créer une complicité malgré nos différences sociales sur la base idéologique supposée aussi évidente que commune : Comme quoi c’est bien dans les gênes !"

Mamy fourrure sous-entend donc que, tandis que les mini-hommes font la danse du chibre en sortant connerie sur connerie, les femelles, pas dupes, ont déjà intériorisé à quatre ans qu’elles sont là pour gérer le linge sale du super héros. Le sexisme est ici intégré et revendiqué, comme un ordre naturel, par une femme ayant sur tous les protagonistes de cette histoire l’expérience des années.

Cette anecdote m'est revenue en mémoire grâce à cet article de Crêpe Georgette (auquel je vole une partie du titre). Je vous le conseille de lire. C'est court, provocant, mais des points sont justes dans la connotation positive de la virilité, sa sémantique, et ce l'on y rattache culturellement (quelque soit les classes sociales) : implicitement la supériorité de l'homme sur la femme pour aboutir à cette bizarrerie (ne reposant sur rien de scientifique) assimilant "courage" et virilité (Ça va du fameux "pas de couilles" à "fais pas ta gonzesse").

Inversement, on renvoie au champ de la faiblesse, de la médiocrité et de la sous-performance, tout ce qui est défini (par les hommes, la ruse est là) pour être le rôle des femmes (en gros : tâches ménagères) ou ce qui est considéré comme leur nature exclusive (forte sensibilité, expression des sentiments, s'occuper des enfants...). Inversement, les travers du mec (violence, roulage des mécaniques, lourdeur de la drague et plus si pas affinités...) sont ainsi magnifiés par défaut.

Marc-Antoine est surement un bon gamin qui a déjà eu douze cours d’initiation scolaire sur l'importance de fermer le robinet d’eau quand il se brosse les dents. Pourtant, dans son environnement immédiat, on lui dit déjà à quatre ans que les tâches se repartissent selon le sexe, des années avant qu'on lui parle de sexualité (si on en lui en parle). Il fait déjà le tri entre ce qu’il est "normal" de faire avec son bâton, ou avec un bonnet sale, suivant que l’on ait un zizi ou non. (Il remplacera "zizi" par "couilles" d'ici quelques années, deviendra père à son tour, perpétuera le cycle et sera probablement effrayé par l'intolérable montée de la "domination féminine").

On peut on doit parler de la sous-représentation des femmes (je veux dire hors sphère commerciale), un manque de parité dans les institutions ou des plafonds de verre de la progression salariale, mais le cœur du sexisme commence dès les premières années. Ce sont elles qui conditionnent les représentations, l’image de soi, son degré de confiance pour faire entendre sa voix et s'imposer.

Illustration : Jeux interdits, René Clément (1952)

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29 octobre 2013

Écotaxe et Patafix

par

Encore une fois, chapeau ! Cinquante énervés en bonnets rouges, télécommandés par le Medef et la FNSEA, encouragés par Christine Boutin, Marine Le Pen et l'UMP (à l'origine de la loi en question), ont fait reculer le gouvernement sur l'application de l'écotaxe

Que voilà un Premier Ministre bien fier de lui, mais qui comprend tout à l'envers :

Jean-Marc Ayrault cède par peur de la violence, et c'est précisément parce qu'il est faible que la violence continuera. Non content de ne pas savoir expliquer les lois ou défendre ses quelques convictions, le gouvernement capitule craignant la fronde. Ça devient une habitude (enfin sauf lorsqu'il s'agit de la destruction des acquis sociaux, où là, reconnaissons-le le gouvernement montre un certain courage à défendre les intérêts du patronat).

En réponse, le syndicat des patrons fait d'ailleurs part de sa déception :

Entre le ratage total de l'affaire Léonarda et la volte-face sur cette mesure verte (Je me demande encore comment des écologistes peuvent rester dans l'équipe ?), je n'ai plus de mot pour qualifier l’exécutif sur le blog. J'ai tout mis dans le bouquin et j'y ai d'ailleurs esquissé la suite des événements. Tout le monde va s'y mettre : "et il y a trop de radars, on ne paiera plus nos PV !", "et nous on paiera pas nos impôts !"... Un vrai festival de l'individualisme sous le grand signe du "ras le bol fiscal" qui sera, plus que l'insécurité ou la peur de l'immigré, le vrai point de ralliement des droites (voir ci-dessous), et dont l'histoire retiendra que l'on en doit la création marketing à un certain Pierre Moscovici, ministre socialiste de l'Économie et des Finances.

Ah oui tiens, au passage, cet abandon coûtera 800 millions au contribuable.

La seule (maigre) bonne nouvelle dans cette déconfiture du pouvoir, c'est qu'elle survienne aussi rapidement.

Ça nous laisse trois bonnes années pour remonter la pente.

20 octobre 2013

Le piège à compassion

par

Après soixante-douze heures de pataquès compassionnel (mon petit doigt me dit que cette mise en Une a un autre motif que la bonté), François Hollande finit par trancher dans l’affaire Léonarda pour trancher à moitié. 

La jeune fille est autorisée à revenir en France pour étudier, mais sans sa famille. Alors que son expulsion (à la source du merdier) a été motivée par souci de ne pas la séparer de sa famille, celle-ci arrivant au bout de cinq ans de recours légaux. 

François Hollande demi-rate donc encore un moment de com’.

Il paye trois prix :

1 / Une politique d’immigration non assumée. Et je le répète ici, il n'y a pas de honte à avoir un contrôle des flux, même si dans le cas d’une Europe ouverte, ça se complique sérieusement. Dans le cas de Léonarda, la situation était claire : seules les conditions d’expulsion ne l’étaient pas. L'immigration n'est pas une thématique essentielle. En n'assumant pas plus franchement son traitement, la gauche laisse croire que c'est un problème de taille et sert donc la droite.

2 / Vouloir satisfaire en permanence un électorat qui ne votera jamais pour lui, et trahir à répétition l’électorat qui a voté pour lui. Quel sera l’aboutissement électoral de cette équation ubuesque : une méga tarte aux élections intermédiaires. La gauche n’ira pas voter, la droite ira voter à droite ou l’extrême droite. Valls a beau être populaire, il ne générera aucun vote pour le PS.

3 / Il se laisse encore avoir par le rythme de l’info continue. Celle-ci a horreur du vide. Sarkozy et ses sbires dictaient l’agenda médiatique, Hollande et ses ministres le subissent, se retiennent et finissent par craquer. Pour faire n'importe quoi.

Ce feuilleton (car il y aura d'autres épisodes va savoir) ne changera rien pour les autres expulsions et tous les autres drames. Quant à l'indignation suscitée, qu'en restera-t-il dans deux semaines ? Y aurait-il eu un tel barouf si cette expulsion survenait durant les vacances ? Sur cela les indignés devraient s'interroger aussi.

On notera tout de même l’effort de certains médias pour démonter cette famille, puis donner la parole à Léonarda en direct open bar épidermique depuis le Kosovo (ce qui enfonce son cas encore un peu plus). 

Les mêmes ne donnent quasi jamais la parole aux Roms en France (en bas de leurs locaux). Les mêmes faisaient d’un bijoutier assassin un héros et hésitent à aller à Trappes quand il y deux cailloux lancés.

Et pour finir, ça n’arrivera pas souvent promis, permettez-moi de citer ceci :

« Il faut, par contre, définir des critères cohérents entre eux, lisibles par tous et appliqués de manière identique sur tout le territoire pour l’obtention des titres de séjour. Il n’est pas acceptable, comme c’est le cas aujourd’hui, que les règles soient interprétées de manières différentes selon les préfectures et aboutissent à la situation absurde du « ni expulsable, ni régularisable ».
Trop longtemps en matière d’immigration, la gauche s’est retrouvée ballottée entre le discours de la droite et celui des associations. Il est grand temps qu’elle pose enfin les bases de sa propre politique en ce domaine ». 
Manuel Valls in l'énergie du changement (2011), cherche-midi editeur.

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18 octobre 2013

FN : lutte des races ou lutte des classes ?

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J'allais écrire un billet sur ce débat qui revient souvent : Faut-il stigmatiser les électeurs du FN ou chercher à les comprendre en y mettant les formes ? 

Et puis, je suis tombé sur le dernier numéro d'Envoyé Spécial sur les "nouveaux visages du FN". 

On y suit trois trentenaires candidats FN pour les municipales : son vice-président, Florian Philippot, un transfuge de l'UMP et une commerçante, novice en politique et propulsée candidate par le parti dans son village des Ardennes.

Au gré de sa campagne de terrain sous les caméras de France 2, cette jeune femme carbonise en quelques minutes les laborieuses tentatives de Marine Le Pen pour rendre cool, crédible et modéré le parti d'extrême droite. Après moult approximations et l'expression de diverses peurs, la commerçante finit par se lâcher totalement et comparer trankilou pépèrlito Christiane Taubira à un singe[1], en ajoutant qu'elle n'est pas raciste et a des amis noirs.

(je vous conseille de visionner le doc en entier sur Pluzz)

Réaction du FN : suspension de la candidate. Parfaite introduction pour le billet que je voulais faire depuis un petit moment :  1 / Le FN ne crée pas la bêtise, il la récupère et l'instrumentalise. Et dès fois, comme hier soir, ça lui pète à la tronche en prime-time. 2 / C'est loin d'être un parti aussi charpenté qu'il le prétend et qui reste bien embarrassée par la fougue de ses troupes (c'est un paradoxe pour un mouvement qui se veut démocratique).

La réaction du FN envers sa candidate est symbolique de ce rapport. La candidate du terrain  est envoyée au front, va trop loin devant les caméras, contrevenant avec la ligne marketing décidée à Paris, et se voit éjectée pour avoir (pour reprendre l'expression consacrée et entendue dans le reportage) dit tout haut ce que chacun penserait tout bas. 

Au-delà de "la lutte des races" qui, il suffit de gratter un peu, reste une base commune, le vote FN se divise  à mon sens en deux catégories principales :

D'un côté, la compote des colères (légitimes ou pas) provenant de gens qui n'ont juste aucune architecture politique ou instruction historique minimale. A leur décharge, à force de patauger dans la crasse de l'époque sans aucune autre grille d'analyse que celle des écrans, on finit par penser de la merde, et ce faisant, on renforce la crasse de l'époque. Et là, le boulot (colossal) est autant politique que culturel.

De l'autre côté, des gens qui savent très bien ce qu'ils font et pour qui ils votent. On aura tort de penser qu'il s'agit d'un vote de la misère (la thèse qui arrangerait tout le monde). On voit dans quel état de panique, la simple esquisse d'un demi-risque qu'il puisse y avoir une politique vaguement de gauche  a mis en transe le (large) monde de la rente dès le lendemain de l'élection de François Hollande. Ce monde-là préférera toujours n'importe quelle droite, à n'importe quelle gauche. Appelons ça l'identité fiscale. Et vu la farce qu'est devenue l'UMP, et dans quel état de porosité idéologique Nicolas Sarkozy a laissé ce parti, le pas se franchira vite (on l'a vu à Brignoles).

La seconde catégorie dupe et dupera la première. 

Pourquoi deux électorats à priori contradictoires (le type qui galère et celui qui veut protéger son capital des types qui galèrent) se retrouveraient-ils dans le vote FN ? Toujours pareil : la peur, l'individualisme et le toujours plus.

La peur.
Les uns ont peur qu'on leur vole une identité culturelle qu'entre deux tranches de Pizza au Coca devant Les Experts Las Vegas sur leur écran made in China, ils sont incapables de définir. Les autres ont peur de payer pour les autres. Les uns expriment leur peur de la mondialisation en pointant du doigt les "immigrés" ou les "musulmans" (notions vagues tant elles recoupent bien vite tout ce qui n'a pas la peau blanche). Les autres travestissent la peur Facile, pratique, pas cher, simple comme un forfait téléphonique et permettant d'éviter l'autocritique : l'autre est un type bien pratique.

L'individualisme.
Si le vote FN se veut un vote de rejet du "système" politique, il est en revanche un vote d'adhésion... à tout le reste. Sous l'angle du "tout pour ma gueule", c'est la continuation du système, mais débarrassé du vivre-ensemble. Sans les autres, le monde, euh pardon le pays, euh pardon ma salle à manger serait soudainement plus agréable à vivre. Peur et renfermement sur soi s'auto-alimentent.

Comme en son temps pour le vote Sarkozy, le vote FN n'est qu'une conséquence de la société du laid, avec sa consommation à outrance et son cortège de frustrations sur lesquelles des médias en quête de spectacle déversent des baquets d’angoisses et de tentations (passez une soirée sur les principales chaines de la TNT, et vous comprendrez de quoi je parle).

Le FN n'est qu'un récipient entre de mauvaises mains. Il se remplit des névroses, de l'individualisme bourgeois et de l'inculture de l'époque. C'est pour cela que le FN "newlook" est souvent un bon objet de télévision : ils ont la même logique pour capter l'audience. 

[1] cette comparaison tourne sur Facebook depuis un moment, bien au-delà du FN.

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17 octobre 2013

Léonarda et la (non) politique de l'émotion.

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C'est fâcheux : passer cinq ans à critiquer le sarkozysme sur le fond (inhumanité) et sur la forme (politique de l'émotion) et retomber dedans. 

Ne comptez pas sur moi pour crier "Valls démission !" au sujet de l'expulsion de Léonarda. Enfin pas plus spécialement qu'avant. Pour moi, le cas du Ministre de l'intérieur est réglé depuis longtemps : c'est une pure construction médiatique, et une épine dans le pied du gouvernement qui, de jour en jour, se transforme en bûche (Et non, ce n'est pas un barrage anti FN, comme je l'entends souvent. Populaire ou pas, je doute qu'il génère ne serait-ce qu'un seul vote supplémentaire pour les socialistes).

Je poserais juste quelques questions. Pendant combien de temps encore, allons-nous faire de la politique de l'émotion au coup par coup ? Pendant combien de temps encore 20.000 Roms vont être instrumentalisés à gauche comme à droite dans le débat politique, et tout ça pour un statu quo ? Rien ne change pour eux, rien ne change dans notre regard. 

De deux choses l'une : soit on régularise massivement (Pourquoi pas. A condition de l'assumer, de l'expliquer fièrement et de mettre des moyens en oeuvre.). Soit, on accepte un contrôle des flux migratoires. Une expulsion est TOUJOURS un drame et au-delà de la méthode employée ici, le fond du problème reste l'expulsion, ou pas, d'une famille qui était au bout des recours légaux. 

Au lieu de gueuler sur l'attitude de Manuel Valls, il faut s'interroger sur nos lois, l'application aveugle de celles-ci, nos indignations épidermiques et nos capacité d'accueil. Des Léonarda, il y en a eu et il y en aura d'autres. Si la prochaine expulsion tombe le jour d'un match du PSG et non au moment du vote de la réforme des retraites à l'Assemblée, on en parlera tout de suite beaucoup moins, avec un retour au désintérêt initial. Jusqu'à la prochaine instrumentalisation. Au choix : Ho, le méchant Rom qui ne veut pas s'intégrer ! Hou, la gentille Rom expulsée !

Bref, le feu d'artifices qui continue.

J'espère pour Léonarda que le gouvernement fera preuve d'humanité. Je crains pour les autres Léonarda qu'il ne le fasse que pour elle. Je suis certain de pouvoir republier ce billet à l'identique dans un an. 


14 octobre 2013

[Exclusif] Brignoles est à droite !

par
"Le FN remporte l'élection cantonale partielle à Brignoles grâce à la gauche". Voilà en substance ce que l'on entend depuis hier.

Suggestion de présentation :

On ne minimisera pas la responsabilité du gouvernement dans la sanction des urnes (classique) lors d'une élection intermédiaire, mais s'il y a bien une connerie à dire, et qui est donc dite et répétée à la télévision (à croire que ça ne sert qu'à ça), c'est bien : "Le FN passe à Brignoles grâce à la gauche".  

Ce serait aussi bête que de prétendre que le FN gagne à Brignoles (élection déjà remportée en 2011) grâce à la publicité continue des chaînes d'infospectacle, rabâchant en boucle depuis deux semaines que le FN va créer la surprise autour de cette micro élection et que, par conséquent, 1 français sur 4 va voter pour un Le Pen aux prochaines élections ![1]. Hein, ce serait réducteur d'écrire ça ? 

Une seule chose est acquise à Brignoles : l'électorat de gauche ne s'est pas mobilisé au premier tour. C'est oublié un peu vite que le résultat du second tour est, avant tout, la conséquence d'un vote de droite dans un canton ultra marqué à droite, où le PS avait été éliminé dès le premier tour aux dernières présidentielles.

Si les Brignolais ayant voté UMP au second tour ne sont pas forcément de droite (Quelques restes du front républicain moribond ont juste fait doubler le nombre de voix pour la candidate UMP de 1397 à 4931 entre les deux tours), en revanche ceux qui ont voté extrême droite, eux, le sont très clairement. 

Qu'ils en aient conscience est une autre histoire. 

C'est le seul enseignement que je tire de ce scrutin : le FN prend lentement et sûrement la place de l'UMP. 

Je crois que Le Pen père disait "il vaut mieux préférer l'original à la copie". Et bien, après cinq ans de sarkozysme, la pyromanie opportuniste d'un Copé ou la dragouille FN du châtelain Fillon, les électeurs UMP commencent à suivre la formule. 

Et je ne vois pas, même en cherchant très fort, des traces de gauche là-dedans. 

[1] Quel scoop. Juste vingt ans que ça dure.


Nouveau livre, L'abondance. 
+ d'infos
Disponible ici en papier ou ebook.

12 octobre 2013

L'abondance

par

Passé revisité ?
Présent parallèle ?
Futur redouté ?

L'abondance est le roman d'une nuit blanche en mai 2014. Paul L. traverse en taxi, à pied et en vélo, une capitale hyper-connectée, mais coupée du pays, alors qu'un pouvoir socialiste en déconfiture célèbre en catimini sa deuxième année aux commandes.

Il croisera des hommes et des femmes d'image, des attaché(e)s de presse libéraux, des consommateurs d'info à la concentration courte, des têtes de gondole nationalistes, des électeurs trahis et d'autres qui se radicalisent, des touristes qui flânent et des salariés qui flétrissent, du désastre foncier et un acteur qui défiscalise, des blogueurs qui doutent, un réseau social en surchauffe et bien plus encore... (et oui, c'est l'abondance).

Après Avatar et Perverse Road, L’abondance est le troisième et dernier volet d'Un enfant du siècle. Attention, la couverture est trompeuse : ce n'est pas si noir. Quelques traces résiduelles de lol sont détectables. Avec nos excuses.

L'abondance de Seb Musset, roman 252 pages
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(conseil : choisir la livraison à 3.99, largement suffisant)

Ebook (format .epub)
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Les 19 titres de la play-list de L'abondance :


7 octobre 2013

L'Amazon anti-loi

par

Amazon c’est très bien toussa, y a beaucoup de références, c’est merveilleux, ça va sauver la lecture. 

Arrête ami libéral, tu vas en mettre partout.

Amazon ne sauve rien du tout. Amazon c’est de la grande distribution qui se contrefout de ce qu’elle vend (Condorcet, des couches-culottes et du cassoulet) et des conditions dans lesquelles elle le vend. Quand à la diversité des références, on va se calmer aussi. La compagnie commande comme ailleurs ce qu'elle n'a pas en stock. Et, à cette vitesse de destruction de la concurrence, Amazon risque de devenir le seul distributeur de livres en France, et là on en reparlera du "choix".

Amazon traite ses salariés comme de la volaille, contourne le fisc et se permet avec l'argent volé dans la poche du contribuable d'offrir les frais de port au consommateur. Celui-ci se fait avoir en applaudissant. En tant qu’auteur, le site me met en conflit avec moi-même, vendant parfois mes bouquins moins cher que l'éditeur, pour un retour opaque. 

L'avantage indéniable d'Amazon, c'est l’accès aux livres dans les coins isolés. Là, il ne faudrait peut-être pas oublier que La Poste (oui ce service public "offert dans le prix") est donc pour beaucoup dans le succès d'Amazon et qu'il est malhonnête de sa part d'en gommer le tarif. Précisons aussi qu'il y a d'autres sites 100% français.

Amazon cause un préjudice énorme aux petits libraires. Le métier est en danger et s'adapte. Il y a une carte à jouer en proposant au client tout ce qu’Amazon n'offrira jamais : du conseil, de la relation humaine, une sélection avec un point de vue, des spécialisations, des rencontres avec les auteurs et la commande par internet aussi. Après tout, les libraires ont accès à un catalogue aussi varié : à vous de demander. Passer un quart d’heure dans une vraie librairie ou passer un quart d’heure sur Amazon, et l'on retrouve cet écart séparant la dégustation de pâtes aux truffes entre potes avec une bonne bouteille et un repas à base de Nuggets à l'huile, arrosés d'un Coca sans bulle, seul au Mac Do.

Donc, contrairement à beaucoup, je trouve très bien ce vote de l'Assemblée nationale contraignant Amazon a ne plus cumuler les frais de port gratuits et la réduction de 5% sur le prix des livres. C'est de la concurrence déloyale. Certes, c'est une goutte d'eau dans l'océan de l'optimisation fiscale de cette compagnie (la solution serait une harmonisation européenne, faisons un rêve), mais c'est un début de rééquilibrage dans une gigantesque entreprise de dumping marchand sur le dos de la culture.

6 octobre 2013

[fashion-week] Dis-lui zut au FN !

par
- Bon les gars, l'heure est grave. On va se prendre une ratatouille aux municipales avec les conneries du gouvernement. C'était une bonne idée de mettre le FN au centre du débat pour éviter de parler de l'ANI, de la réforme des retraites et de la hausse de la TVA, mais du coup bah... euh... faut trouver des idées

(Silence)

- Je sais ! On qu'à faire une politique de gauche !

- Du calme Gérard, t'es pas sur internet là. Je croyais que c'était clair pour tous : on a dit pas de populisme. Bon alors ? Pour les idées ? Personne ? Manuel ?

- On a qu'à dire que tout est de la faute des Roms.

- Manuel, on a dit "faire baisser le FN". Pas le faire monter.

(Silence)

- Bon. Et bien si c'est comme ça, on passe en procédure d'urgence. On sort l'artillerie lourde. On va dézinguer la blonde au canon scié, façon Machete Kills. Pas de pitié !

- Ahem... mais comment va-t-on faire Harlem ? 

- Simple. Camarades socialistes, laissez-moi vous présenter le TX2014 !


- Véritable machine de guerre dialectique, issue de la plus pointue des manufactures taïwanaises, le TX2014 ne laissera aucun survivant sur le champ de bataille électoral. Avec son interface à épingle permettant l'accrochage à son veston ou sur son cartable, et son intégration du langage jeune (notez la finition de la bulle façon BD et sa touche de rouge qui n'est pas sans rappeler nos racines sociales), il saura communiquer efficacement aux peuplades périurbaines. Autant vous dire que là, les méchants vont passer un sale quart d'heure !

(Silence)

Articles connexes :
En finir avec le FN
Les vraies raisons du vote FN
Au grand bazar du vote FN

llustration : @LaFranceapeur

28 septembre 2013

16 septembre 2013

Le click barbare

par

Depuis mon billet de samedides thèses circulent sur les faux comptes de soutien au bijoutier meurtrier sur Facebook.

Mon billet se base sur des statistiques du site Socialbackers. 

Elles ont évolué depuis. Tout ce que je peux corriger du billet initial en me basant sur le même site: ce ne sont plus "seulement" 246.000 Prix Nobel en justice expéditive qui ont "liké" depuis la France, mais 833.000 (au moment où je publie), et 720.000 à l'étranger (56/43).

Tout et son contraire ont été entendus en 48h de la bouche de consultants. Facebook France reste totalement muet, les administrateurs de la page sont planqués.

Comme l'ont écrit Christophe Ginisty et d'autres, cette polémique sur le chiffre total perd de l'intérêt au regard d'un soutien qui est massif, et de ce qui choque en premier :

Un homme en a tué un autre et des gens ont dit "j'aime ça" 

(y ajoutant une charmante littératuresélectionnée sur ce Tumblr. > Sac à vomi recommandé).

A la machine à café, au détour d'une conversation avec ce mec qui avait l'air pourtant pas trop neuneu, en se baladant au Megastore un jour du déstockage ou au volant de la bagnole, personne n’a attendu Facebook pour en prendre conscience : le barbare qui sommeille en nous ne demande qu'à se réveiller.

Rappelons la noble cause du groupe : Soutenir à chaud l'auteur d'un homicide difficilement qualifiable d'involontaire (au regard des éléments lus et vus à ce jour par tous). Mais à vrai dire, peu importe : Dans un Etat de droit, on ne fait pas justice soi-même.

Si j'ai pu contribuer à ma modeste échelle à sensibiliser les lecteurs sur le sujet des achats de "like" et des méthodes artificielles d'amorçage de buzz (et plein d'autres jolies techniques de gonflette 2.0) qui sont monnaie courante, c'est déjà ça.

Sur une note plus personnelle. Je fais plein de gros câlins et je poke un paquet de kleenex à ces petites choses sensibles appelant à exterminer leur prochain dans les rues au shotgun façon Peckinpah, mais qui se vexent dès qu'on les traite de "connards". 

14 septembre 2013

L'arnaque aux faux soutiens du bijoutier

par
On vous l'a dit, on vous l'a répété au moment de l'affaire des #Geonpi : il faut se méfier des groupes de pression et des manipulations informatiques.

Dernière intox en date, le "succès" de l'effrayante page de soutien Facebook au bijoutier de Nice qui a tué un voleur.

200.000 likes hier, 400.000 likes ce matin.1.200.000 ce soir à 19h30.

Énorme non ?  Il apparait sur le site socialbakers que :  80% de ces likes (945.000) viennent de... l'étranger.

cliquez pour agrandir
(Capture le 14.09.2013. 19.18)

Les "likes" ont probablement été achetés dans une usine à "clicks" en Inde ou ailleurs : pas très patriote tout ça. 

(suggestion de présentation)

Ceci dit, cette affaire permet de faire le tri dans ses contacts Facebook emportés dans ce délire fétidela différence nous laissant sur les bras avec une bonne marge de 246.000 connards locaux (dont peut-être certains dans vos contacts). Ce qui reste énorme

Pour le reste, je vous invite à rejoindre le groupe de soutien à Emile Louis, le serial-killer de l'Yonne. C'est vrai quoi, il y en a toujours rien que pour la Côte d'Azur !

Merci @BarDkn pour sa vigilance.

[update 16.09.2013 08.30 : Les statistiques du site socialbakers ont évolué dans la journée de dimanche à 56/43. 1 / Facebook devrait se prononcer sur cette histoire pour lever toute ambiguïté. 2 / On ne peut pas rester sans connaître le ou les administrateurs.]

[update 16.09.2013 19.00 et nouvel article]

13 septembre 2013

Quand Marine Le Pen attaque un blogueur

par

J'apprends que Marine Le Pen, stigmatisant régulièrement le "politiquement correct", a déposé une plainte pour injure publique contre un ami blogueur (détails ici) pour le passage suivant (extrait d'un article d'avril 2013). Je cite :

"Hollande peut et doit rebondir. Sinon c’est la [...] lepeniste qui va en profiter: l’électeur va facilement céder au “tous pourris”, et autres discours simplistes de la droite moisie et du FN qui veut -sachez le- empêcher les juges de dénoncer les manquements dans la lutte contre la corruption et la fraude. Double langage donc de ces menteurs d’extrême droite ! Il importe de faire la pédagogie sur ce point, tout ça par les politiques non corrompus !"

L'analyse politique étant tout à fait pertinente, il semblerait que ce le mot "truie" pose problème. 

Certes, le mot est totalement déplacé et surtout inutile à la démonstration.

Toutefois.

Au pays, parait-il, du "saucisson pinard", où certains à droite et à peu près tous à l'extrême-droite se montrent tant attachés à la suprématie du cochon dans les cantines de nos enfants, il est étrange de considérer l'association avec cet animal, à la limite de l'emblème pour ses militants, comme une injure pour la chef du Front National.

On peut également considérer qu'il est tout aussi dégradant pour un Président d'être comparé à un dessert gélatineux à la sauce caramel sur les sites de droite et d'extrême-droite, voire dans les commentaires des sites de presse ayant légèrement plus de visibilité et de moyens que les blogueurs

On se dit également que l'avocat de Marine Le Pen aura du boulot avec les 47.000 occurrences "Marine Le Pen" + "truie" trouvées en une recherche Google (contre 953.000 pour "Marine Le Pen" + "raciste ou pas ?" ce qui en dit long sur la compote mentale ambiante).

Mais, me direz-vous, ce ne sont là que des points de détail. 

Ce petit épisode nous rappelle surtout quelle est la nature de la plaignante courant de plateau en plateau pour crier à la censure, rhabillée par certains médias complaisants en pasionaria des prolétaires alors qu'elle a grandi dans un domaine à St-Cloud à côté duquel Neuilly est un bidonville.

Comme je ne la sous-estime pas, bien au contraire, j'imagine qu'elle tente par cette action de se placer une fois de plus en martyre.

Ne t'en fais pas Politeeks, et permets-moi de conclure :

"Je ne vois pas comment un tribunal pourrait me condamner pour avoir tenu ces propos, même si en France on peut quand même s'inquiéter de la dérive consistant à tenter d'empêcher les prises de position lorsqu'elle ne répondent pas au politiquement correct.
Marine Le Pen, France Info 08/07/2013 >>> La vidéo ici

Illustration : Delicatessen de JP Jeunet (1992)

12 septembre 2013

#34plans "Le progrès n'est pas un astre mort"

par

Mini exposition universelle 2.0, opération de com', démonstration de l’excellence française dans l'innovation technologique, mise en avant des axes prioritaires pour la reconquête des 750.000 emplois perdus dans l'industrie en dix ans de droite  : La nouvelle France industrielle, c'est un peu tout ça.

Arnaud Montebourg présentait "34 plans" (de bataille) à L’Elysée ce matin : 34 plans réunissant des projets novateurs 100% français dans des filières diverses regroupant des grands groupes, des ETI et des PME (on trouve aussi bien EADS qu'une boîte à 4 salariés).

Parmi les projets exposés  
- La "voiture pour tous" consommant moins de 2 litres au 100 km, 
- L’avion hybride électrique (Airbus pour 2030 et première étape dès cette année avec le lancement d'un avion-école biplace construit en Charentes : L'´E-Fan). 
- Les textiles techniques, intelligents ou connectés (aussi bien pour pour la veille santé des personnages âgées que la protection des ouvriers) en se basant sur la diversification des PME historiques.
 - Les batteries très longues durée (qui serviront pour les avions et voiture évoquées plus haut), 
- La réappropriation de la transformation du bois (la moitié de ce qui récolté en France, est transformé à l’étranger) dans les matériaux de construction, l'isolation et les biens de consommation....

On trouve tous les thèmes chez Politeeks et le dossier complet chez Melclalex.

Les projets sont retenus autour de trois critères : 
- Besoins ou services clairement identifiés.
- Technologies que l'on maîtrise chez nous.
- L’intégration de ces technologies dans un environnement industriel (en gros : formations, cursus universitaires, bassins d’emplois et proximité des sous-traitants)

Le clip (avec du Pompidou dedans pour donner un peu de bonheur à Valeurs Actuelles)

Chaque plan sera animé par un chef de projet pour favoriser les synergies, faciliter les financement (par la Banque public d’investissement, commissariat général à l'investissement, les opérateurs de l’Etat) selon un calendrier de dix ans évalué tous les 6 mois. Objectif : 480.000 emplois d'ici 2020 et la création de 45.5 milliards d'euros de valeur ajoutée dont 40% à l'export.

Il ne s'agit pas pour l'Etat de diriger mais d'orienter ("un état stratège et régulateur" dixit François Hollande qui conclue l'exposition et rajoute "Notre stratégie doit être offensive, pas nostalgique"). 

(Toi aussi légende cette photo dans les commentaires)

Certains projets présentés par des ingénieurs ou des chefs d'entreprise sont réalisés ou en cours de réalisation, d'autres sont à l'état de prototypes. Sur les 34 plans beaucoup échoueront, mais cette initiative a le mérite de rappeler que, malgré les déclinologues, on entreprend et on innove encore chez nous. 

Il est d'ailleurs surprenant (ou pas) que certains pourtant prompts à sur-défendre les patrons et les #geonpi ont, à peine la présentation commencée, voire avant, moqué sur Twitter les exposés des industriels, des ingénieurs et des créateurs désireux de coopérer pour développer leurs innovations sur le sol français. 

Bon allez, assez positivé, maintenant allons lire des billets déprimants.

Ci-dessous : un blogueur français audacieux et innovant au niveau du look.

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