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31 août 2012

Le patron et la pitié, un drame français

par

C’est dans la périphérie du petit village de Jouy-en-Josas, sous quelques tentes et chapiteaux de fortune, que s’est installé pour quelques jours un camp de gens du Medef

Issus d'une minorité persécutée, chefs d’entreprises, héritiers, capital-risqueurs et autres précaires de la conjoncture boursière, marqués d'un badge au fer rose, ils se réunissent, hagards et apeurés, sans toit ni loi, un bol de saucisses-cocktail à la main pour tenir entre deux repas, dans ce qu’ils appellent une "université d’été" .

C'est l'ensemble de la filière patronale à portefeuille épais qui est rassemblé ici. Avec le souci de faire respecter l’ordre républicain, mais aussi la justice sociale, le gouvernement, attentif aux excès et aux zones sombres de ces milieux interlopes traînants une sombre réputation de fraude fiscale et de travail au noir, le gouvernement donc a décidé cette année d'ouvertement infiltrer le campement. 

Entre les assemblées plénières, les plateaux de macarons à la ciboulette, la consultation des cours sur l'appli Bloomberg, des témoignes recueillis par des reporters de la presse économique nous éclairent sur l'intensité du drame à l'intérieur du campement:

MARIE CHRISTINE OGHLY, vice-présidente du Medef
"- On se sent mal aimé, on se sent stigmatisé systématiquement !"

GILLES REBIBO, Président de Mister Gold
" - Nous sommes visés par la politique, nous sommes visés par l’administration en général. Nous sommes devenus des vraies cibles de toutes les administrations et c’est quelque chose qui devient insoutenable et insupportable."

Comment ne pas être ému devant la détresse de ce peuple pointé du doigt et contraint par une loi absurde et obsolète à encore payer, même peu, les travailleurs ? Comment ne pas être effrayé par ce retour aux heures les plus sombres de notre histoire. C'est à peine si, au détour d'un brasero où quelques DG en peine cherchent une flamme de réconfort histoire de porter à incandescence leurs Cohibas détaxés, on perçoit la timide lueur des jours meilleurs à travers les témoignages des jeunes entrepreneurs se berçant encore d'illusions :

CHRISTOPHE MATHIEU, DR du centre technique et industriel de la construction métallique
" - Je suis dans une position d’espoir, car comme on dit l’espoir fait vivre mais surtout attentiste par rapport à tout ce qui va être mis en œuvre par le gouvernement."

Les "chefs", comme la bleusaille ingrate et surpayée les qualifie, en appellent désormais au gouvernement. Comme Laurence, la représentante du camp, ils prônent plus de flexibilité, moins d’impôts pour eux et plus pour les autres et des baisses de charges aussi: le seul véritable obstacle à une vraie très bonne grosse rentabilité !

LAURENCE PARISOT, La chef du camp
" - L'entrepreneur est comme l'albatros de Baudelaire : il se sent empêché, gauche, entravé par des réglementations aux contenus aporétiques."


Si rien n'est fait, c'est la perspective d'un exode qui se profile. Une émigration massive et incontrôlable, telle est la tragique destinée des minorités pestiférées sans défense et non-organisées, ne disposant d'aucun lobby, d'aucun relais médiatique.

GILLES REBIBO
" - Il y’a de grosses inquiétudes. Même quand les entreprises qui fonctionnent bien sur les directions à prendre. [...] et aujourd’hui je ne suis pas persuadé que les entreprises, à travers les discours que l’on entend, aient spécialement envie de se développer en France, mais sur d’autres pays européens ou le chef d’entreprise est respecté et rassuré."

Le fatalisme l'emporte sur le patriotisme. C'est un crève-cœur, mais après avoir délocalisé les trois quarts des effectifs, ils menacent de s'en aller à leur tour. 

MARIE-CHRISTINE OGHLY
"- Voir que les gens partent à l’étranger moi ça me… J’essaye de me battre contre ça mais en même temps je comprends les chefs d’entreprise."

Cette déchirante vision de yacht-people affrétés en catastrophe, dans des conditions de promiscuité intolérables au niveau du minibar, naviguant d'un pays à l'autre au gré des réformes libérales, plein cap sur l’eden fiscal, doit nous alerter ! 

Le peuple des patrons ne doit plus subir ces discriminations. Il ne demande pas grand-chose, juste  le droit d'exercer à fond sa fonction, de jouir enfin du plein droit d'imposer à tous plus de devoirs. 

MARIE-CHRISTINE OGHLY
"- Ce que nous attendons de ce gouvernement c’est de permettre aux entrepreneurs de travailler, d’avoir une stabilité fiscale et juridique… Nous sommes très inquiets. Maintenant le discours du premier ministre me redonne un espoir, j’y ai entendu 5 fois le mot compétitivité."

La retraite à 112 ans pour les autres ne doit plus être un blasphème, la fin du salaire minimum, le licenciement express, les mini-jobs et l'échange de salariés sont possibles si tous ceux qui veulent changer le monde y mettent un peu du leur. Et au pays des droits de l'homme, est-il trop espérer que les mentalités évoluent et que patrons et actionnaires soient enfin considérés leur juste valeur: au-dessus du travailleur, donc pas soumis à ses lois à la con.

GILLES REBIBO
"- Le coté fiscal est évidemment très important, mais comme je vous le disais le cote cérébral est encore plus important. Aujourd’hui le chef d’entreprise n’est pas compris."

Certains, regroupés à la gargote Challenges spécial "la rigueur à Monaco", prient pour l'abandon de la taxation à 75% des revenus supérieurs annuels à un million. D'autres jouent l'apaisement et tentent la médiation.

JEAN-PAUL O’MENY-BARNY, Directeur groupe Iris
" - Vous savez il y’a des entrepreneurs qui sont aussi très solidaires, et qui sont socialistes [en hochant négativement la tête] et tous les entrepreneurs ne sont pas de droite. Moi-même j’appartiens à une génération qui est ni de droite ni de gauche [1], donc y’a pas une fronde contre le gouvernement ou un amour du gouvernement… faut voir ce que gouvernement là va faire, j’espère qu’ils vont avoir "l’esprit d’entreprise""

Le gouvernement prend la mesure de la crise sanitaire, de ses possibles dérives sur les comptes de la santé publique, et s'engage dans la lutte contre une stigmatisation des patrons qui n'a que trop duré et va croissant depuis l'instauration du programme du CNR de sinistre mémoire. Les discussions sont en cours, plusieurs délégations ministérielles ont pris la parole devant les assemblées du campement.  Pour l'instant, malgré la bonne volonté du gouvernement, il semble que subsiste encore la défiance chez les gens du Medef. 

Mais, gage de bonne volonté: tout risque de démantèlement est désormais écarté.

Merci à L'expansion...

[1] de droite donc.
Illustation : Grapes of wrath, John Ford (1936)

29 août 2012

Apocalypsimmo 11: L'Express, faut-il l'acheter ?

par
Dans cet océan d'incertitude immobilière, l'engagement rédactionnel de journalistes de terrain rassure.

Ainsi le dernier numéro de L'Express m'affirme que "ça bouge..." (sous entendu "sans moi"). Dépêchons-nous d'acheter. D'ailleurs ceci me rappelle que 6 mois avant...


...il fallait "profiter de la baisse". Déjà que j'avais raté le coche 6 mois plus tôt...


Pourtant Christophe m'avait prévenu. Pas plus tôt que trois mois avant...


Lent à la détente que j'étais. Faut dire, que Christophe avait osé la légende interrogative l'an passé et  ça me collait grave le doute...


Evidemment que oui, il fallait acheter. Quelle question ! D'ailleurs, si j'avais été un peu plus attentif à la Une de l'année d'avant...


Mais c'est tout moi ça: Je ne sais pas saisir les opportunités, même lorsqu'on me l'ordonne...


...Même quand on me change la couleur...


Au fond, j'en suis toujours au même point qu'il y a cinq ans, ou deux, ou comme dans six mois.


- "Et qu'est-ce qui est le plus difficile dans ce métier?"

CHRISTOPHE BARBIER, rédacteur en chef de L'Express depuis août 2006
- "Lutter contre la routine, une forme de paresse intellectuelle qui fait qu'on a tendance à ne pas se remettre en cause." (source)

[Update 18.02.2013]
Rigueur oblige, la couverture de 2011 est recyclée.

28 août 2012

Valls, le changement ou la continuité ?

par

"Le temps du changement". Tel était l'intitulé de l’université d’été du PS ce week-end à La Rochelle. "Le temps du changement" avec la typo habituelle, mais en italique pour insuffler un peu plus du dynamisme à l’action d’un gouvernement qui communique en mode "Rome ne s’est pas réformée en 100 jours" et tente d’apaiser les impatiences suscitées par l'alternance.

La gestion médiatique du temps est capitale dans la communication gouvernementale à l'orée d'une rentrée aussi sombre sur le plan social qu'économique. Les chiffres sont mauvais, les sondages aussi. Il faut du résultat, vite. D’où l’utilité d’un Manuel Valls au sein du gouvernement Hollande. Il use d'une méthode connue: 1 / Faire l’agenda pour détourner l’attention des sujets qui fâchent ou des traités qui gênent. 2 / Produire du résultat (ou une impression de résultat) vite visible, une dose d'action, un shoot de mouvement "intransigeant" et sans concession, pas "politiquement correct", dans un gouvernement qui a opté pour le temps long et déroule de la tempérance depuis le 6 mai. Bref, il contente le Zemmour qui sommeille en nous et au passage se construit une image de présidentiable alors qu'il est arrivé avant-dernier aux primaires socialistes.

Le discours de Manuel Valls concluant la séance plénière de samedi matin sur "comment la gauche peut reconquérir les catégories populaires ?" restera le moment fort de l'université "on(et le 1er étage d'un "coup" puisqu'il est suivi moins de 48 heures après de l’évacuation d’un camp de Rroms dans la ville dont il était maire).

Que le ministre de l’Intérieur, chauffé à blanc, livre un discours nerveux avec des références au drapeau, à l’hymne national, à "l’ordre républicain" face "à la jungle", parfois borderline avec le sarkozysme, n'est pas surprenant. La nouveauté ? Il est désormais ovationné sur le démantèlement des camps de Rroms là où l'an dernier sur des thématiques proches il était sifflé.

A-t-il rempli l'espace Encan avec ses troupes ? Non. La seconde personne la plus applaudie par le même public était le porte-parole du PC dix minutes avant, pas vraiment sur la même ligne. Nous constatons juste dans le public moins de costards et de CSP+ que l’an passé[1]. Nous avons ici à faire à des militants de base d'âges vraiment divers, des gens de province, une partie de cette fameuse catégorie populaire qui était le centre du débat et dont Laurent Bouvet (gauche populaire) précisait en préambule qu'elle déborde les zones ghettos où droite et gauche pensent, (souhaitent ?), qu'elle se cantonne.

La reprise à la droite des questions d'ordre ou de sécurité par les socialistes est une bonne chose (voir ici). En revanche, ce focus sur une minorité électoralement inoffensive (et une part très minime de la délinquance) accompagné d'une parade, nerveuse et acclamée, du premier policier de France est un mauvais signe. Cela validerait la thèse voulant que, malgré les résultats électoraux de la gauche, la droite des sept dernières années a gagné dans les mentalités tout autant qu'elle a influencé les stratégies politiques du camp opposé, une fois celui-ci au pied du mur.  

Valls, le changement ou la continuité ? La suite du dossier le révélera rapidement. 

Pour le moment cette séquence Rroms peine à occulter ce qui ne sera pas fait et escamote ce qui est déjà accompli. Qui, à part Martine Aubry en conclusion de l'université, aura rappelé que, par exemple, c'est mercredi prochain qu'aurait dû être appliquée la hausse de la TVA votée par la précédente majorité, annulée par la nouvelle ? 

Illustrations: S.Musset
[1] nettement moins de journalistes également

22 août 2012

Pourquoi il faut mettre le créateur d'Instagram en prison (dans la cellule d'Amélie Poulain et Michael Bay)

par
Tant que ça se limitait à la principauté de Twitter, ça se supportait encore. C'est lorsque, déconnecté que j'étais sur cette plage normande, qu'une copine d'enfance, pas geek pour un sou, me fit l'article de cette "super application qui avait fait des photos trop belles du baptême de [s]on gamin, un moment unique" que je compris qu'une nouvelle étape dans la soft-uniformisation des masses était irrémédiablement franchie. 

Quête d'un vintage de pacotille pour enrober de joli la platitude de sa vie, Instagram, application pour smart-phone achetée 1 milliard par Facebook (avant son introduction en bourse[1]) donne du "cachet" à tes clichés en les photoshopant à l’excès à ta place.  La chose vient se surajouter à l'orgie de clichés permise par le numérique (le moindre week-end chez Mamy se transformant ainsi en 500 "immortelles" photos sur disque dur que personne ne triera jamais et qui sombreront peu à peu dans l'oubli puisque jamais imprimées et vite submergées par des milliers d'autres). Outil "rendant doué comme Kubrick" le dernier des incapables ayant du caca dans les yeux, Instagram participe du grand processus de destruction de la culture des images et de notre rapport face à elles : c'est à dire un rapport soumis, passif, totalement à sens unique. Tu me diras, c'est moyennement grave, le gros des dégâts ayant déjà été fait avec des décennies de télévision, d'esthétique publicitaire, et de cinéma mainstream.

Instagram ne contribue pas à la "démocratisation de l'image" comme je l'entends dire, mais bien à  la généralisation de l'image repensée pour toi. De plus après la disparition du support  argentique, c'est tout simplement la progressive destruction de l'idée de réel dans le cadre et le formatage au tamis de nos souvenirs auxquels nous convie cette si ravissante application. Si dans le cinéma certaines techniques de tournage, de narration, de montage ou des évolutions des appareils de prises de vue ont profondément marqué les images "venant d'en haut"[2] restreignant peu à peu la tolérance du spectateur aux autres cinématographies (la prochaine étape sera le virtuel totalement accepté comme réalité, on y est presque), la photo personnelle restait peut être la dernière part de créativité artistique, et de neutralité, pour un paquet de néophytes "d'en bas".

Désormais leurs souvenirs sont en passe d'être transformés, circonscrits dans les limites d'un esthétisme calibré autour d'une vingtaine de filtres sous copyright. 

Voilà pourquoi je préférerais toujours une photo brute avec tous ses défauts au même cliché enjolivé d'un vomi pastel en tube, c'est à dire vidé de sa force, de ses informations, bref de sa singularité. La photo et le cinéma ne sont que très superficiellement une histoire de filtres, mais avant tout une histoire de cadre et de construction d'image


[2] symbole de cette déchéance de l'image: la désacralisation du directeur de la photographie. A l'époque de l'argentique, et sans retour vidéo sur le plateau, il portait le film sur ses épaules (d'où son salaire parfois plus élevé que celui du réalisateur). Aujourd'hui, on peut basiquement tourner un film sans chef op' avec la sécurité d'un "oui on verra ça en post-prod".

Illustration: Sans soleil, Chris Marker 1982

15 août 2012

La saison des Roms

par
Comme en 2010, des Roms sont expulsés de leurs campements illicites en plein été. 

Observant ça et là quelques réactions enflammées, abordons cette question sur laquelle je n'ai aucune compétence (Au moins ici, c'est dit).

Difficile de traiter du sujet sans tomber dans le sempiternel "c’est complexe" dédouanant d’avoir une opinion tranchée entre ses sentiments et le souci de l'application de la loi républicaine. Au-delà du scandale des subventions européennes pour leur insertion qui sont détournées, et de l'interdiction qui leur est faite de travailler, le drame actuel des Roms expulsés (quelques-uns parmi les 20.000 en France) me renvoie d'abord à la thématique du million (1.000.000) de Français TRES mal-logés , qui sont parfois salariés. Étrangement cette donnée, comme celle des sans-logis plus nombreux à mourir l'été que l'hiver, ne fait pas les titres des chaines d'info continues en août. A croire qu'il y'a des saisons et des territoires de l'indignation.

Je me garderai donc de faire la morale sur le dos de ces pauvres gens qui, après avoir été dégagés sans solution de relogement sont récupérés, comme chair à édito courroucé, avant de retomber d’ici deux semaines dans les oubliettes de la colère sans que la question de leur accession à un hébergement décent (pour eux comme pour le million d'autres) ait avancée d'un iota.

J'ai relu le dossier que j'avais compilé dans la foulée du discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy lors de l'été 2010 et j'ai juste l'amère impression que, si sur le terrain les Roms vivent une situation similaire (rapport qu'elle ne s'est jamais arrêtée), avec la gauche au pouvoir nous vivons une séquence médiatique et éditoriale inversée : 

1 / Le discours de Sarkozy était marketing et abjecte. Il stigmatisait une minorité inoffensive dans les urnes pour lui afin de rassembler un électorat le plus large possible, les Roms étant les mal-aimés par excellence. Mais surtout, selon le bon principe que seul un bon désordre permet de vendre de l'ordre, il n’avait, passé le show pour les caméras, aucune intention de solutionner le mal-logement des intéressés.  

2 / Alors qu'à l'été 2010, ce discours permettait à la gauche de s'unir contre un racisme d'état (1e phase de deux années en roue libre), la version de l'été 2012 permet à chacun de se repositionner sans frais d'un "oh, les salauds de sosses" avec au passage un amalgame Manuel Valls = Nicolas Sarkozy. Bref, c'est typiquement la question où le gouvernement se fera allumer par la gauche (il en fait trop) ou la droite (il n'en fait pas assez), quelle que soit son action immédiate. 

Le nouveau Ministre de l'Intérieur ne fait que récupérer un dossier en souffrance qui, j'en ai bien peur, le restera. La sédentarité n'étant pour une bonne partie pas souhaitée par les Roms, c'est à chacun de s'accorder à respecter des règles communes (c'est ce non-respect qui a motivé l'expulsion de Villeneuve d'Ascq). Voilà pour l'écume de nos blogs. Pour le fond du problème : Comme les autres, je n’ai aucune réponse à avancer.

Juste deux interrogations :

A travers les expulsions éphémères de Roms reprises en boucle sur la TNT entre deux résumés des JO, ne s'agit-il pas de nous habituer aux images d'un traitement "ferme" de la pauvreté ?

A l'annonce du gros grain économique de la rentrée, avec une croissance atone, ne sommes-nous pas à la veille d'un tournant sécuritaire dont la fermeté estivale sur les Roms est le signal ?

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