Top Ad 728x90

25 juin 2011

Un ascenseur social en béton

par
Pour les retardataires, synthétisons les trois axes majeurs de la politique du gouvernement en matière de logement :

1 / Privatiser le logement social. Parce que bon, on ne va pas s'embarrasser avec ce qui coûte alors qu'on peut refiler un marché juteux aux copains. 

2 / Soutenir la bulle immobilière. Pour stimuler une croissance molle, maintenir à la hausse la valeur des biens ou les loyers perçus par le coeur de cible électoral de l'UMP (le proprio retraité) via une législation et une fiscalité aux petits oignons.

3 / Pousser le reste des Français à s'endetter. Via l’acquisition à crédit, les classes moyennes ont la sensation d'une richesse, d'un identité sociale, d'une perspective, d'une garantie, que le travail ne leur fournit plus. Tranquillement, crise aidant, se distille du haut vers le bas de la société l'idée que posséder vaut plus que travailler[1]. A la casse progressive du monde du travail depuis 30 ans (prochaine étape : la fin du CDI) répond une survalorisation artificielle de l'immobilier depuis 15 qui endort la contestation. Par l'accés au crédit immobilier facilité, la partie la plus exposée économiquement de la classe moyenne en vient à épouser et défendre le discours des vrais gros possédants.

Bref, "La France des propriétaires" était un bon concept... publicitaire. Du PTZ+ à la récente loi Bouvard en passant par les trois phrases qu'Apparu[2] décline d'un plateau télé à l'autre, grâce à son générateur shuffle intégré, il s'agit systématiquement d'encourager la France des endettés tout en confortant celle de la rente et des multipropriétaires.

(Avec le Bouvard 2011 : finance la retraite qu'on te supprime en investissant du "social" privé défiscalisé.)

Dans le triptyque bulle/rente/endettés, si le locataire fait figure de pauvre type (encore toléré une fois par mois avec des pincettes, le nez bouché et un soupçon de peur, par l'ancienne génération qui empoche son substantiel loyer), le vraiment pauvre, qui parfois travaille, est invité à dégager fissa.

Alors que les questions de logement restent sous-abordées par les politiques (enfin presque) pour 2012, nous glissons vers une nouvelle ère de la folie immobilière où, une fois encore, crédulité, cupidité et terreur du "déclassement" sont mis à contribution.

Etant donné que :

1 / Le réconfortant compromis "Ok, la vie coûte cher et je me fais avoir au boulot, mais tout va bien puisque je suis propriétaire" tremble sur ses fondations pour la moitié, souvent la plus jeune, d'une classe moyenne qui se prend de plein fouet la hausse des prix (denrées, carburant, énergie).

2 / L'Etat multiplie les encouragements législatifs pour les propriétaires et les endettés, au lieu de mettre le paquet sur le logement social alors que les situations de mal-logement et d'exclusion se multiplient.

3 / Le "business model" de la vente de maisons en papier qui tiendront moins longtemps que les crédits pour les rembourser patine sur les primo-accedants.

Allons-nous vers un élargissement dans la classe moyenne de l'exploitation immobilière comme source complémentaire, voire principale, de revenus ? 
(Ne nous embarrassons plus de pseudo argus immobilier, et entrons dans le vif du sujet : "le profit".

L'escroc n'y serait plus seulement le banquier ou l'agent immobilier, mais le particulier qui, avec la même conviction avec laquelle il dénonçait le "tous pourri" des puissants, se mettrait sciemment à exploiter son voisin encore plus mal placé dans l'échelle de la galère. Avec un peu de cynisme, et l'époque n'en manque pas, la chose pourrait même être l'objet d'un nouveau concept publicitaire : "La France des entrepreneurs de patrimoine". D'autant que, à l'instar de son influence déterminante dans la frénésie d'achat des plus jeunes, l'ancienne génération des multipropriétaires à rentes servirait là aussi de référence à égaler.
(Vieux qui arnaquent jeunes, jeunes qui arnaquent vieux : toutes les combinaisons sont possibles.)

Ce n'est qu'une supposition... On peut aussi bien se diriger vers une fermeture pure et simple du crédit.

Mais, compte tenu de la pauvreté d'imagination des dominants, d'une économie ne carburant qu'à la bulle, de la néo-libéralisation des esprits. Compte tenu de ce qui a jadis été observé dans d'autres économies  "florissantes" (Irlande, Espagne, Angleterre - cf.Perverse Road) reposant en partie sur ces rapports d'exploitation entre pauvres-moyens et pauvres-pauvres, balisés par les médias et les banquiers[3]. Compte tenu de ce que j'observe un peu partout en France. De ces modestes retraités qui louent 1000 euros une cabane au fond du jardin ou de ces potes de gôche qui, fraîchement trentenaires, m'assènent à l'unisson que "quand même, avec ce que je gagne[4] le banquier m'a dit que ça vaudrait le coup d'investir dans l'immobilier locatif pour ma retraite" : une partie du "business" de la pénurie (fausse) de logements pourrait bien être captée par une nouvelle génération d'"auto-entrepreneurs" qui feront du "social" comme ils font du Forex (une autre petite mode en vogue), favorisés par un Etat laxiste faisant d'une pierre deux coups. Il externaliserait un peu plus la gestion des pauvres en redynamisant le concept de "France des propriétaires" auprès d'une classe moyenne désillusionnée et à cran au niveau pouvoir d'achat.

Nous sommes bien sûr dans l'anticipation. Loin de nous l'idée d'affirmer que ce processus est déjà entamé, qu'il se répand insidieusement dans les consciences, que c'est la porte ouverte à tous les abus et  que je reçois dix publicités par jour à ce sujet.

* * *

[1] Et là, je pose la question aux pourfendeurs d'"assistés" : il serait intéressant de savoir quelle est la proportion d'électeurs du Monarque subsistant aujourd'hui grâce à un travail salarié ?

[2]  Benoist Apparu à l'immobilier ? Sérieux ? Non mais pourquoi pas Stéphane Plazza tant qu'on y est.

[3] Après des émissions marathons aussi orientées que "Maison à vendre" ou "Recherche maison désespérément", un "Bien vivre ma vie en exploitant mon louant mes maisons" (avec tartinage de "social, de bons sentiments et customisation du cellier pour en faire une chambre d'étudiant) est de l'ordre du concevable.

[4] Schéma toujours identique : couples de trentenaires à salaires moyens, déjà en cours de remboursement d'un bien immobilier dont la valeur a progressé ces cinq dernières années.

* * *
En complément une petite vidéo sur les marchands de biens capturée par intox2007 dans le documentaire de France3 "propriétaires... mais pauvres" produit par Ligne de Mire. Nous ne sommes pas (encore) totalement dans le sujet, mais un des pans de la philosophie immobilière de l'époque a le mérite d'être clairement exposée à partir de 1.40:

23 juin 2011

Les liaisons dangereuses

par
Après le récit du drame, d'une voix douce, la journaliste enchaîne sur le réquisitoire du soir :

MARIE DRUCKER
"- Ces adolescents auraient commencé à s'insulter avec des mots et cela nous conduit, bien sûr, à poser cette question : comment protéger ces adolescents dont plus des deux tiers savent lire, écrire et parler ? Vous allez voir, il y a des moyens de limiter les risques... Un reportage de Jean-Edgar Cnil et Edwige Loppsi."

REPORTAGE :
Dans la salle à manger, Clarence et sa mère feuillettent le cahier de textes Twilight de la collégienne. Il déborde d'annotations, de photos, de dessins et aussi, un peu, de devoirs scolaires..

COMMENTAIRE JOURNALISTE
" - C'est l'une des activités préférées de cette collégienne : consulter son cahier de textes pour voir ce que ses camarades y inscrivent. Clarence y met des photos et des commentaires sur son humeur du moment : un journal intime que sa mère regarde régulièrement, ses amis peuvent le lire et commenter, ce qu'elle fait aussi avec ses copines en classe."

CLEMENCE (un peu intimidé par l'axe, pourtant nuancé, du journaliste)
" - Je lis les commentaires, ce qui me permet de me rappeler des anciens amis, des amis qu'on ne voit plus parce qu'on s'est fâché avec."

REPRISE DU COMMENTAIRE JOURNALISTE
" - Sur les cahiers de textes des collégiens, Rhodia ou Super Conquérant, vous pouvez donner de nombreuses informations personnelles : adresse, date de naissance, goûts musicaux, opinion politique, et même emploi du temps. Des données qui peuvent être répétées, avec des mots, à des amis qui, eux, vous sont étrangers. Tout dépend de la manière dont vous avez organisé votre profil. Ce paramétrage n'est pas forcément la priorité des adolescents au collège mais s'ils ne le font pas, la rumeur peut prendre par défaut les modes de propagations les plus basiques. Aux parents d'être vigilants et d'accompagner leurs enfants quand ils s'inscrivent dans cette plateforme communautaire qu'est la vie en société."

Plans de coupes d'adolescents qui parlent entre eux tandis que d'autres se glissent des mots à l'oreille. Clarence glisse un secret à Théo qui va le répéter à Sacha qui le confesse à Jéremy et tu vas voir que ce  salopiaud va le répéter.

Interview d'une experte. C'est une experte car le plan est fixe. A l'inverse des ados, son image n'est pas floutée. Elle fait face à une feuille et des stylos et garde une totale maîtrise d'elle puisqu'elle n'écrit rien :

MELANIE MINITELLE de l'association "Osons la fermer" (s'exprime en langue des signes) :
" - L'utilisation des mots effectivement c'est un problème. Il suffit de limiter les temps de lecture et d'expression à la maison, dans une pièce commune où chacun passe à tour de rôle avec des temps dédiés pour les parents, pour les ados, pour les enfants."

REPRISE DU COMMENTAIRE
" - Mais avec les mots, comme dans les dialogues ou les déclarations d'amour, d'amitié et de rupture, certains ados peuvent déraper. Pour les parents qui veulent rester vigilants, il existe des outils afin de contrôler les phrases, les amis et même les propos auxquels leurs ados peuvent être confrontés." 

Interview d'un autre expert. Plan fixe dans une pièce avec des gommes, du chatterton et des sécateurs accrochés au mur :

CHRISTOPHE VAN DE LAPEURE
" - Vous pouvez décider que votre enfant ne pourra plus discuter dans la cour de récré avec une liste d'amis que vous aurez établie vous même. S'il y a une insulte, ça va être considéré comme violent, et hop, l'ado va se taire automatiquement. C'est scientifiquement prouvé. Et hop, merci pour la pub."

REPRISE DU COMMENTAIRE
" - Selon une étude menée par cette société, moins d'un parent sur deux en Europe a installé un tel outil de contrôle parental. Pff... Les adultes sont souvent dépassés face aux technologies ancestrales de communication... Ce qui est loin d'être le cas des jeunes collégiens.

Inquiétant plan final d'une adolescente, stylo à la main, plongée dans un cahier Clairfontaine

* * *

Voilà comment, à quelques mots, dans une dimension parallèle de l'humanité préservée de l'invention d'internet, le journal télévisé de 20h du 22 juin 2011 sur le service public, aurait probablement expliqué la mort d'une collégienne de 14 ans tabassée par un garçon de 15.

Le pearltree "Internet, c'est le mal". (Sponsorisé par Jacques Séguéla et l'association des chaînes de télévision françaises).
Internet c'est le mal dans internet menacé / Sociologie /  (sebmusset)

20 juin 2011

Contre le mal logement (de ceux qui en ont deux ou plus)

par
Nous avons récemment traité la théma tabou de la pied-a-terrisation parisienne (location à la semaine d'appartement destiné à une clientèle aisée avec abattement fiscal de 50%, ou non-déclaration pure et simple, pour un proprio qui garde son bien disponible et empoche bien plus qu'en le louant "à la traditionnelle"). Et bien, réjouissons-nous : un nouveau coup de pouce vient d'être donné à ce mécanisme sur ordre direct du Monarque de la justice sociale (des riches).

La mesure visant à taxer les résidences secondaires (à hauteur de 20% de la valeur locative) des non-résidents sur le sol français a mystérieusement disparu du projet d'allègement de l'ISF (dont elle devait contribuer à contrebalancer le manque à gagner) qui arrive demain au Sénat. Mystérieusement ? Non. Ceci est le fruit d'une mobilisation de sénateurs représentants "Les Français établis hors de France". Le gouvernement, après discussion entre Happy Baroin et Le Monarque, a supprimé l'article du texte de loi. Faut chouchouter l'expatrié avant les élections. Rappelons que notre magnanime fait des scores de dictateur congolais chez les Français qui n'ont pas à le subir.

Donc, tu as bien lu. Des Français qui n'habitent pas France se font tailler une loi sur mesure. Loi impactant directement notre marché de l'immobilier (et qui coûte 200 millions d'euros au contribuable au passage). Car, bien évidemment, entre un séjour de trois jours à Noel et un week-end à Roland-Garros pour leurs propriétaires globe-trotteurs, ces appartements, pied-à-terre, studette ou maison ne vont pas rester vides. Ces biens "secondaires" sont de vrais puits de pétrole fonciers à louer à la semaine. Certains vont jusqu'à dire qu'ils ont précisément été achetés pour cela lors de la courte baisse de l'immobilier entre fin 2008 et mi 2009, mais ce sont probablement des blogueurs aigris. 

Les 8 millions de mal-logés en France apprécieront, pour une fois, la bienveillance du gouvernement  envers ceux qui résident par-delà nos frontières, et sa diligence à leur servir de sa cuillère en argent, une  soupe foncière et fiscale aux petits oignons. Oui, nous partons sottement du fait qu'habiter hors de France et garder un domicile ici relève tout de même d'une certaine aisance financière.

Le tout confortera bien sûr la hausse déraisonnable des prix de l'immobilier, mais il faut croire que c'est là une des missions de l'UMP.

Illustration : freakingnews.com

19 juin 2011

[video] Plébiscite pour le protectionnisme

par
 "Peut-on lutter contre la désindustrialisation ?" #2

Avec Martial Bourquin, nous avons vu en octobre dernier que la question de la réindustrialisation est protéiforme, qu'elle dépasse les seuls salaires, qu'elle implique une vision à long terme (sur les infrastructures, le ratio écologique...), que les contre-vérités sont en permanence agitées par le gouvernement pour ramener le débat sur le seul axe Medefo-compatible de la compétitivité salariale, dans le respect dogmatique d'un libre-échange vendu comme le plus abouti des systèmes[1]. 

Abordons un autre champ d'action sensible pour les dominants car allant à l'encontre de leurs certitudes  depuis ces 30 dernières années : le protectionnisme. 

Alors que bruisse la rumeur d'une double fermeture d'usine chez PSA, que Bercy publie une nouvelle augmentation record du déficit commercial français, des économistes et universitaires du "manifeste pour un débat sur le libre échange" (Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Hervé Juvin, Jean-Louis Gréau, Philippe Murer et Pierre-Noël Giraud) présentent un sondage qu'ils ont financé eux-mêmes sur la perception qu'ont les Français du protectionnisme et du libre-échange.
Réservés sur les sondages, nous prendrons celui-ci avec les pincettes d'usage. Néanmoins, on observe des chiffres tranchés

- Une opinion très largement négative (et sensiblement équivalente chez les sympathisants PS, UMP ou FN) sur les conséquences de l'ouverture des frontières françaises aux produits chinois et indiens (et réciproquement) sur l'emploi (84%), les salaires (78%) et même, plus surprenant, sur la consommation (57%).

- 70% des sondés sont pour une plus forte taxation des produits importés depuis la Chine et l'Inde (résultats proches chez les sympathisants PS, UMP et FN).

- L'Europe apparaît (pour 80% des sondés) comme le niveau le plus efficace pour une augmentation des droits de douane pour ces produits (pour 90% chez les sympathisants PS et UMP, 57% chez les sympathisants FN).

- A la question : "quels acteurs doivent en priorité porter la question des droits de douane ?" l'Europe et les partis politiques arrivent en tête, syndicats et médias en dernier.

Il y a une forte demande pour que la classe politique s'empare de ce thème étiquetté tabou par des médias qui s'y penchent peu ou alors en soulignant qu'en parler c'est "faire le jeu du FN" (quand bien même le Front de Gauche, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre ChevenementArnaud Montebourg ou Ségolène Royal au PS et même des députés UMP, le prônent chacun à leur manière). Lors de la conférence qu'il a organisé jeudi dernier, P.Murer précise que ce sondage est le premier sur le sujet en France depuis de deux ans (bizarre dans un paysage médiatico-politique qui carbure aux sondages). E.Todd évoqué "un mécanisme de verouillage du débat par le haut" s'appliquant contre l'avis des peuples partout en d'Europe. Étrangement, nous sommes régulièrement abreuvés d'une menace d'"islamisation de l’Europe" alors que l'emprise effective des dumping chinois et indien sur notre économie, nos industries et nos emplois passe à la trappe de l'info.

Constatant que l'industrie est ravagée (500.000 emplois en moins en huit ans), que l'économie de services[2] ne représente que 20% de celles des biens, les protectionnistes (ou "démondialistes") veulent instaurer une taxe sur les produits d'importation[3] des pays à très bas salaires (taxe réaffectée à l'industrialisation, la hausse des salaires et la baisse des déficits).
(- "Bon les gars, et si maintenant on faisait autre chose que de fournir des programmes de troisième  partie de soirée à TF1 ?")

Selon Jean-Louis Gréau : "Une protection commerciale digne de ce nom serait un moyen pour le politique de se ressaisir d'une partie de ses attributs [...] Nous avons l'impression que les candidats [pour les présidentielles] s'acharnent à conquérir un pouvoir qu'ils n'entendent pas exercer."

Pour Emmanuel Todd,  le bien-fondé du protectionnisme ne fait plus débat : le niveau de vie dans les pays occidentaux baisse à vue d'oeil. La publication de ce sondage vise à forcer les politiques à se prononcer :

Vidéo #1 / E.Todd : L'échec du libre-échangisme / Les classes supérieures s'obstinent au statu quo. (4.52)


Constat partagé par l'économiste Jacques Sapir, auteur de "La démondialisation"(ed.Seuil) et défenseur de longue date du protectionnisme : "Nos positions qui sont défendues à divers degrés ici, sont des positions de raison, de compromis. Ce sont nos adversaires qui se sont calés sur une utopie, et devant l’impossibilité de la réalité à coller à cette utopie, ont décidé de nier la réalité." Sapir va plus loin : Même si l'on échoue à mettre en place ce protectionnisme au niveau européen, un enclenchement au niveau national obligera les partenaires à réagir. Le protectionnisme est envisagé comme un moyen de négociation, une façon de retrouver un rapport de force équitable dans un système asymétrique. Il précise en revanche que "le protectionnisme à l'échelle de la nation est impossible à long terme".

A l'objection classique du "manque de compétitivité", JL Gréau, économiste qui a claqué la porte du Medef en 2003, rétorque que les entreprises dans ce pays, et spécialement les grosses, ont déjà vu leur situation fiscale considérablement améliorée depuis 30 ans. Et dans cette course à la compétitivité, le salarié européen, déjà dépossédé d'une partie de la valeur ajoutée, ne gagnera jamais, la Chine disposant  d'un considérable réservoir de main d'oeuvre à bas coût et commençant à délocaliser à son tour.

Vidéo #3 / JL Gréau : A propos du Medef et du "nouveau mode" de fonctionnement des grosses entreprises. (1.36)


JL Gréau évoque la délirante importation l'an passé de 65 millions de pneus chinois (de basse qualité) dans une Europe qui dispose pourtant de gros producteurs, ce qui condamne la fabrication locale (souvenons-nous de l'épisode Continental). L'exemple est applicable à l'ensemble de la filière des équipements automobiles et à quantité d'objets de notre vie courante.
Culture française: les traditionnelles files d'attente pour le nouvel Heil-phone
(existent aussi en version Pole Emploi)
Questionné sur les différences d'approche des économistes présents (protectionnisme national ou Europe), E.Todd insiste sur la convergence des critiques dans un environnement dégradé. Selon lui, l'horizon est celui du protectionnisme européen, mais il ne faut pas hésiter à agir seul. Comme le souligne Hakim El Karoui, dans "Réinventer l'occident" (ed.Flammarion), les Chinois, eux, sont particulièrement protectionnistes. JL Gréau rappelle que le dynamisme américain s'articulait pendant plus d'un siècle sur un protectionnisme fort.

Vient la sempiternelle question du "comment vous vous y retrouvez avec votre conscience vu que le FN dit la même chose que vous ?Todd met, une fois pour toutes, les choses au clair :

Vidéo #7 / E.Todd : Le protectionnisme et le FN. (2.22)


E.Todd revient par la suite sur la nature libérale du protectionnisme. Il croit au marché mais pas au "tout marché", comme il croît à l'Etat mais pas au "tout Etat". Le dérèglement actuel cumule les deux travers :  les Etats ont abandonné leurs prérogatives à l'avantage d'un rapport de force qui n'est qu'une perversion du libéralisme.

Vidéo #8 / E.Todd : "la doctrine protectionniste est une des branches de la pensée libérale". (3.00)


Que penser en conclusion ? 

Déjà, se débarrasser du mot "tabou" au sujet du protectionnisme. Le sondage n'affiche qu'un ridicule 1% de Français soutenant encore que le libre-échange est "très positif pour l'emploi".

A l'heure des opportunités industrielles provoquées par la fin de "l'énergie pas chère", comme les autres pays européens, La France, pariant peu sur les PME et assise sur les lauriers d'une haute technologie rattrapéese doit de repenser d'urgence ses rapports commerciaux.

Il ne faut pas craindre d'augmenter les droits de douane sur les importations des pays à très faibles coûts salariaux. Là tout de suite maintenant, tant que ces pays ont encore besoin de l'Europe pour fourguer leur came[4]. Ce déséquilibre exponentiel (aboutissant à ce qu'ici une pomme du Calvados soit bientôt plus coûteuse à l'unité qu'une clé USB fabriquée à 15000 kilomètres) a contribué à troubler nos perceptions sur la consommation. Jusque-là nous fermions les yeux sur les désordres internes de production et de distribution, trompés par une importation bon marché satisfaisant nos pulsions consuméristes. Pour expier, chacun triait ses déchets. Mais, comme on dit un peu partout d'Athènes à La Puerta Del Sol, la lucidité contre-attaque. 

Mais il faut parallèlement, avec l'argent de ces taxes, investir dans le développement d’un contre-pouvoir technologique basé sur le durable (là aussi : entre les bécanes chinoises programmées pour tomber en rade tous les 2 ans et les logiciels américains qu'il faut upgrader toutes les 3 semaines, il y a peut-être un modèle et un savoir-faire européen à retrouver.). 

Dans le même temps où l'on avantagerait fiscalement les PME et les entreprises de taille intermédiaire (on est pour le moment en pointe dans la permissivité fiscale à plusieurs dizaines de milliards envers les entreprises du CAC 40) en encourageant une relocalisation intelligente de la production (en fonction de coûts de transports, de zones d'activité regroupant les sous-traitants), il faudra augmenter les bas salaires ici. (NDLR : c'est pas gagné). Bien sûr, cela implique des partenaires de la zone euro accordée sur un salaire minimum et une fiscalité commune.

Inévitablement, la démondialisation conduira chacun de nous à relativiser son rapport aux marques ou au pire à en aduler d'autresUn autre sondage nous indiquait récemment que les Français sont prêts à consommer "tricolore". On peut également considérer avoir atteint un pic d'équipement des ménages en bazar hi-toc (même si nous sommes particulièrement inventifs dans le domaine de l'achat inutile). 

En complément :
- L'article de @vogelsong sur Piratages.
Les autres vidéos de la conférence notamment celles de Jacques Sapir sur le rapport protectionnisme / monnaie (28.00).

* * *

[1] Le cercle vicieux du libre-échange : la délocalisation dans les pays émergents entraîne une distribution des salaires trop faible, que les banques centrales et la FED compensent par des taux bas pour pousser l'activité. On obtient ainsi une création de richesses artificielles (internet ou immobilier) provoquant un surcroît de consommation tirant une croissance de mauvaise qualité liée à ces bulles qui finissent par exploser. Par la suite, la contraction des crédits renforce la récession et le cercle vicieux s'aggrave. La désindustrialisation provoque l'endettement et conduit inexorablement à l’effondrement des pays occidentaux (qui au passage auront brisé leurs monopoles d'Etat et explosé les protections sociales  au nom d'une compétitivité humainement irrattrapable).

[2] Les droits de douane sont facilement applicables (ils l'ont longtemps été). A ce sujet, on lira avec intérêt sur le dernier dossier du journal Fakir sur le sujet : les effectifs douaniers sont désormais quasiment intégralement consacrés aux flux humainsà la traque à la boulette de shit ou à la protection des marques via la chasse aux contrefaçons, mais non au contrôle des marchandises : "0.4% des containers sont scannés à leur arrivée au Havre contre 100% des passagers à Roissy". Dans un autre registre, il y a 500 douaniers  pour le Tunnel sous la manche avec Paris-Nord et Lille-gare, il n'y en a que 55 au service de Tracfin, l'organisme supposé contrôles les mouvements financiers suspects.

[3] Secteur temporaire ciblant ceux qui peuvent encore se les payer : la partie de la classe moyenne toujours solvable et les golden-retraités avec du patrimoine et un/des revenu(s) garanti(s). Bon gros gâchis de force de travail et de compétences ne produisant aucune richesse durable, sauf pour quelques compagnies privées (assureurs, banquiers, mutuelles, opérateurs téléphoniques...). 

[4] Même si la Chine oriente un peu plus sa croissance sur sa consommation intérieure, et que la balance commerciale se rééquilibre un peu cette année, ses exportations ont grimpé de 31.1% l'an dernier à 1580 Milliards de $. Avec un protectionnisme européen mesuré, sa croissance passerait de 10% à 6%. Ce qui reste gérable selon les critères de nos pays se touchant le slip dés qu'ils pronostiquent un +0.5%.

18 juin 2011

Grand concours : Où se tapit le lutin ?

par
Entraînés loin du blog par quelque éreintant travail de rédaction (un nouveau livre quoi), divertissons-nous avec un petit jeu.
*
Cherche où se cache notre souverain sur cette illustration de la prochaine bd-jeu d'Albert Algoud, Pascal Fioretto et Herlé : "Où est Sarko ?", le 23 juin en librairie.
*
Celui qui me renvoie en premier par courriel (sebmusset@hotmail.fr) les trois têtes cachées de l'odieux cerclées de rouge (les tableaux ne comptent pas) gagnera une bière en terrasse (deux si c'est jour de paye) à refaire le monde en ma compagnie*. 
*
A vos loupes, je sais c'est petit mais ainsi va La France :

Sarko à l'exposition PALClique pour la version large.
"Où est Sarko ?" (9.90 euros, ed.de l'opportun) apaisera les tensions entre les indignés de gôche et leurs vieux parents encartés UMP lors de ces réunions dominicales prolongées propices à tous les clashs. Ils retrouveront au fil des dessins notre héros national piétiné au Marathon de New-York, chez les roms ou à la manif anti-nucléaire... De plus, d'un concept simple, privilégiant les images, ce livre est à la portée des Jeunes Pop.

*Offre pour le moment limitée à Paris dans son triangle des bermudas: Opéra-Bastille-St-Germain.

[update 20h00 - Résultat and winner(s) : Et bien ! je suis étonné du nombre de lecteurs maniant  photoshop le samedi matin ! Merci pour vos dessins et vos messages (la plupart d'entre vous n'habitant pas Paris, c'est d'autant plus remarquable). Nous tenons deux gagnants ex aequo (les courriels sont arrivés la même minute) : JdlC et @koramarok.] 

15 juin 2011

Des valeurs à la carte du mariage

par
"L'Assemblée nationale a rejeté mardi, par 293 voix contre 222, une proposition de loi socialiste visant à ouvrir le mariage aux couples homosexuels." in Le Monde 14.06.2011

«Ah non Germaine, le mariage entre homos mais tu n’y penses pas, cela dévaloriserait le mariage ! ». C'est, en moins trashl’argument avancé par le FNUMP pour s'opposer à ce type d'union.

Allons bon. Et quid des fast-food mariages avec le pognon des parents dont tous les invités savent pertinemment que ça finira par un divorce en moins de trois ans avec l'enfant bringuebalé en bonus ? Le gamin constituant, avec le canapé à mousse mémoire et la machine à capsules de café, le must-have-right-now du kit du couple qui se consomme, se consume et se jette aussi sec après une "fête de divorce".  Ces mariages-là (à la louche 1 sur 2 à Paris) ont-ils plus de "valeur(s)" qu'un couple homo vivant ensemble depuis 20 ans et dont l’un n’héritera pas automatiquement de l’autre à son décès ? Evidemment non

Au paradis des familles recomposées, des remariages en blanc à 60 ans, des arrangements civils avec le "sacré" plébiscités par les marchands de bonheur, les avocats, les agents immobiliers et les vendeurs d'ours en peluche, en appeler à la défense du mariage entre un homme et une femme comme "fondement de notre société" pour empêcher l'union de deux personnes du même sexe est un gros foutage de gueule

Le point qui fait grogner la droite est la légitimation du "droit" à l’enfant que sous-entend le mariage homosexuel (même si là aussi, comme toujours, la réalité dépasse les réacs). N'étant pas pédopsychiatre et n'ayant pas d'exemple sous la main : je ne peux me prononcer. En revanche, j'en ai rencontré des brouettes de ces couples mariés "comme il faut", 100% hétéros, qui ont éduqué leurs enfants comme des merdes, ainsi que d'autres ménages assurant un environnement stable et protecteur à une progéniture conçue hors-mariage (40% des gamins du pays, m'sieur dames de droite). 

Les vraies nocivités pour le môme sont le stress et la connerie ambiante : du type qui tabasse son gamin parce qui l’empêche de regarder Belle toute nue, à la fillette de 9 ans qui saute par la fenêtre "à cause de son diabète", ou encore celle qui se fait refaire le nez à 13 parce que maman lui a dit que quand même « c’est trop la honte »... La liste est longue

Et oui Germaine, une éducation abandonnée à Gulli par des hétéros démissionnaires mais mariés dans les règles[1] est bien plus néfaste que l'éducation attentionnée de deux parents, fussent-ils du même sexe. Le premier danger pour l’enfant est d’être pensé comme un dû, une extension de la personnalité ou un truc parasitant les temps libres. Et là, pas de jaloux : homo ou hétéro, nous sommes tous aptes au pire. Comme nous sommes tous capables d'éduquer des enfants, non pas pour le meilleur[2], mais du mieux possible.

Tu veux une loi qui en finisse de cette insoutenable modernité et sécurise les valeurs "fondamentales" du mariage ? 

L’interdiction de se remarier après un divorce.

A droite comme chez Marine la morale : j’attends de voir qui votera pour. Comme quoi, certaines évolutions sont plus vite tolérées que d'autres. 


[1] sans parler des célibataires isolées (majoritairement des femmes) contraintes d'accepter des jobs impossibles.
[2] toute initiative prolongée dans ce sens est même grandement déconseillée.

Illustration : Garçon d'honneur de Ang Lee (1993)

10 juin 2011

UMP : User et abuser des pauvres

par
Eclipsés par le concombre soja tueur et la real-enquête du Sofitel, nos moralistes de droite contre-attaquent sur tous les fronts, malgré leurs casseroles[1] et leur totale absence de crédibilité. 

Le nouveau (euh...) stratagème de reconquête électorale de nos tatchéristes bleus maquillés en "justiciers sociaux" (en mode Charles Bronson vs. la racaille) est donc de matraquer les pauvres au gourdin moral ou sécuritaire tout en confortant les rentes pépères, épaisses ou indécentes, des plus hauts revenus (dont on ne précisera jamais assez que la plupart n'ont qu'une idée très vague de ce qu'est le travail).

On ne prend même plus de gants : Allègement de l'impôt sur la fortune et promesses d'en finir avec l'indolence fantasmée des allocataires RSA s'opèrent de concert. Sidérante opération étouffée par la juteuse traînée médiatique de l'affaire DSK. Comme on dit dans la droite publicitaire depuis 4 ans  : "plus c'est gros, plus ça passe" auquel on ajoute "ceux qui ne votent pas pour nous sont à piétiner, ceux qui ne votent pas du tout nous rendent plus fort". Ici, comme en 2007, est visé à 350%, l'électorat des  possédants âgés parfois décontenancés par les frasques monarchiques. Il faut les rassurer sur la continuation de leurs beaux jours de domination idéologique avec, en filigrane, la perspective que l'odieux assistanat des jeunes pauvres réponde, pour un tarif compétitif, à la noble dépendance des vieux riches.


Simultanément, l'armée de l'ombre réoccupe l'espace médiatique préparant les esprits à la vague d'ultradroite qui nous attend après 2012. La semaine dernière, une  discrète  éditorialiste du Figaro magazine (bible dominicale des adeptes du bouclier fiscal contrôlé par une équipe de croulants à l'endurance bionique) tapait à cerveau raccourci sur la génération "canapé" comprendre les "profiteurs" du RSA (deux jours avant la convention UMP sur le sujet). L'article est tellement caricatural, truffé d'erreurs et d'approximations, que nous avons d'abord cru à un canular (l'équipe de Brave Patrie, dépassée par la réalité, se sabordant dans un acte ultime : écrire directement pour les lecteurs de Dassault) avant de nous rabattre sur la seule explication possible : Sophie Roquelle s'adresse aux vieux à fortes liquidités financière et intellectuelle.

Quelques jours après, nous apprenons que Monsieur Sophie n'est autre que JF.Cirelli, vice-président de GDF-Suez, côté au CAC 40. On avait dit "pas les conjoints". Mais bon, Libération nous informe que Monsieur touche plus d'un an de RSA par jour et nous ne pouvons nous empêcher de croire que cela soit sans incidence sur le vomi à gros grumeaux de Madame. Nous n'en serions pas arrivés aux mêmes conclusions si, par exemple, la justicière de droite s'était insurgée avec la même hargne contre le nouveau refus, la même semaine, par Frédéric Lefebvre (autre célèbre super héros social), d'autoriser les class-actions en France. L'autorisation d'une telle procédure collective aurait permis aux légions des abusés et surfacturés par la compagnie de son mari (dont le médiateur de l’énergie rapporte qu'ils sont de plus en plus nombreux) d'attaquer en justice (efficacement et à moindres frais) la compagnie en question s'avérant un peu lâche sur la facturation des clients (ex-entreprise publique privatisée au nom d'une concurrence supposée faire baisser des tarifs ayant, O surprise, augmenté de 60% depuis).

Ayant vécu en Angleterre, cet autre pays du néolibéralisme émancipateur carburant à l'exploitation de pauvres culpabilisés que l'on vise sans relâche à rendre serviles ou honteux et dont notre belle contrée se rapproche à vitesse grand V, j'ai vu (et vécu) les mêmes pratiques il y a quelques années (cf Perverse Road). Des surfacturations aléatoires ciblant bizarrement les pauvres, sans moyens de se payer un avocat, abandonnés à des call-centers kafkaïens et surtaxés où ils se heurtent à d'autres travailleurs pauvres payés au rendement avant, un matin, de se retrouver avec l'huissier à la porte pour régler sous peine de saisie 500 pounds de facture de gaz... alors qu'ils ne sont parfois même pas raccordés !

Mais non, Sophie n'écrira pas sur ça. En néolibéralie, les pauvres (comprendre ceux qui refusent de devenir des auto-entrepreneurs ou complices) sont là pour turbiner gratuitement (enfin  presque), s'endetter, régler les surfacturations des compagnies protégées par le pouvoir, engraisser les classes supérieures et mourir avant la retraite d'un rhume qu'un "justicier social" de droite aura déclaré au nom de l'équité trop coûteux à soigner pour la collectivité (comprendre : "un manque à gagner pour le marché des assurances et des mutuelles santés privées des potes"). 

Pour canaliser la croissante rancœur du peuple (parce que quand même, malgré des heures de télé pour oublier, ça commence à faire un peu mal au fondement) tout en chouchoutant les richesles "justiciers sociaux" UMP lui sélectionnent de bons boucs-émissaires (menaçant de prendre la place du galérien qui "fait tout bien ce que la droite m'a dit de faire" dans la course aux jours meilleurs qui n'arrivent jamais) : les immigrés ou les encore plus galériens. Ainsi le système à casser du "pauvre con" s'auto entretient jusque la banqueroute suivante qui viendra gonfler de quelques millions supplémentaires les contingents de précaires. L'autre pan, essentiel, de la paix civile étant bien sûr de corrompre dès le plus jeune âge la classe moyenne aux valeurs de l'aristocratie bourgeoise avec force marketing, via l'endettement, même et surtout, déraisonnable.

Tout cela pour vous écrire combien il est crucial (même si je ne me fais aucune illusion sur l’après tant les mécanismes sont forts, la cupidité prégnante et les réflexes conditionnés) de se débarrasser dès le premier tour de la présidentielle 2012 d'une gouvernance antipeuple. Il s'agit ici si peu d'économie (l'incompétence de nos pantins dans le domaine n'est plus à démontrer, ils servent en toute simplicité un communisme des riches décomplexé) mais bien de femmes, d'hommes, d'enfants broyés. Nous entrons dans une nouvelle phase de destruction morale, idéologique voire physique des individus les plus faibles de la société, le "cancer" comme l'on ne se cache plus à droite pour les stigmatiser.

Ne jamais oublier que la "justice socialede l'UMP est définie selon les intérêts exclusifs d'une poignée de dominants, fidèlement suivie jusqu'au bout de l'immonde par les strates les plus aisées de la société, du gros rentier au petit actionnaire apeuré.

Les quatre dernières années ne furent qu'un apéro gustatif. Avec un deuxième quinquennat sans réélection visée derrière, le Monarque aura les coudées franches pour y aller plus à fond dans la guerre des classes, sans aucune frilosité, sans aucune pitié, sans humanité, avec tout l’arsenal législatif, idéologique et répressif à sa disposition.

Quand on a encore un peu de confort, on a vite tendance à se tromper d'ennemi, à oublier que toute guerre fait des morts.


[1] liste non-exhaustive de la semaine :

Chantal Brunel, députée tendance planche à clous et martifouette qui, "après tout", voulait remettre les naufragés tunisiens à la mer. Nous apprenons que son mari est mis en examen pour "blanchiment, abus de biens sociaux, faux et usage de faux" avec un petit détournement de 45.000 euros pour financer la campagne de sa compagne. 

- MAM ? Out ? Penses-tu. Un petit scandale, de la morgue et des mensonges, une démission et ça repart. Après un petit tour de chauffe, elle prend la tête d'une convention UMP  sur "la solitude et le repli sur soi". Destination ministère. 

- Luc FerryCaptain avenger des plateaux télés, lui, cumule et glande sur fonds publics comme un vulgaire "assisté", sauf qu'il empoche plus de 10 RSA par mois sans une heure de boulot en contrepartie. [update 11.06.2011 : et que Matignon - toi - va rembourser à l'université l'année de salaire de Ferry que tu as déjà payé une première fois.]

9 juin 2011

[video] Peut-on encore habiter Paris ? #1 : la pied-à-terrisation

par

Votre rédacteur entame bientôt sa cinquième année sur Paris.

Un constat : ici, la plaie immobilière s'appelle "placement". Grâce à elle, sous deux variantes, "immeubles de bureaux (vides)" pour banques ou entreprises et "investissement locatif" pour particuliers, il devient impossible pour une famille moyenne, sans héritage ou indispensable "coup de pouce parental", de vivre, à la location ou à l'achat, dans une ville qui vire à vue d'oeil au ghetto pour riches. NDLR : ce n'est pas tant le mot "riche" qui me défrise que celui de "ghetto", le manque de mixité sociale (habitation comme commerce) étant un des fléaux foncier et sociologique de ce pays. Que ce soit dans les villes-banlieues, les campagnes-ghettos et les capitales-villages aseptisées, le manque de mixité débouche sur le mépris respectif des populations, permet aux communautarismes de se renforcer, aux méfiances de prospérer.

"Dsl, nous le destinons à la location saisonnière, plus rentable, plus fléxible car l'idée est que nous ayons un pied-à-terre à Paris."[1]

Comme si le locataire parisien n'avait déjà pas assez de la pénurie de logements (artificielle, Paris est une coquille vide), de la gentrification[2], de l'abondance de taudis (car bizarrement la folie foncière n'a d'équivalent dans l’excès que l'insalubrité de son offre), il doit désormais faire face à la mode de la "pied-a-terrisation" de la capitale.

Il s'agit pour un propriétaire de mettre son bien immobilier rénové et meublé à la location pour la classe-moyenne supérieure (étrangère généralement et en vacances spécifiquement) ou les cadres supérieurs. Se substituant ainsi au parc hôtelier, le proprio loue son 2 ou 3 pièces à 800 euros la semaine à une famille brésilienne, russe, allemande ou américaine qui, bien dans l'air du temps, pourra s'"imprégner de la vie parisienne" sans prendre le risque de bouger de son standing habituel.  

Le propriétaire a 2 options :
- soit il déclare la location et empoche une réduction d'impôt de 50%, 
- soit il opère "au noir" et empoche bien plus. 

Dans le deuxième cas, l'opération est sans risque. Les sommes sont payées à l'avance, par internet, ou en cash sur place. Il y a déjà bien peu d'inspecteurs du travail, autant dire qu'une brigade de contrôle des résidences secondaires est de l'ordre du rêve : pourtant c'est bien d'évasion fiscale dont il s'agit. Elle se double d'une gonflée mécanique des loyers parisiens. Le vivier de touristes étant inépuisable, à 800 euros ou plus par semaine, les tarifs déconnectés des réalités salariales s'expliquent un peu mieux

Le proprio accumule les baux courts, gagne bien plus (défiscalisé ou sans le déclarer) qu'en louant à des "locaux" peu à peu parias dans leur propre ville. Il ne prend pas le risque de s’embarrasser à long terme de familles (beaurk) de revenus modestes (rebeuark) et garde la disposition de son appartement à peu près quand il le souhaite, sans même à avoir à se fader la moindre visite. 

La pratique d'une poignée est devenue  une mode en trois ans. Au "désolé mais vous n'avez pas les garantis nécessaires" au relent d'aristocrate plutôt embarrassant en ces périodes pré-révolutionnaires, se substitue maintenant un "désolé mais vous n'êtes pas touristes" à la ségrégation plus friendly.

Ci-dessous, l'encart décomplexé de la rubrique "placement raison" d'un "Valeurs Actuelles" du mois dernier, récupéré dans la boite aux lettres de mes voisins virtuels:
clique pour agrandir.

Tout va bien dans le meilleur des mondes sauf pour les irréductibles masochistes qui travaillent sur Paris. Pour servir nos bienheureux vacanciers, que ce soit pour la tambouille ou les conduire avec béret à travers St-Germain-des-Près au volant de 2CV bleu blanc rouge (véridique), ils doivent s’exiler en 27eme périphérie ou cramer l'intégralité de leur paye dans un loyer pour cage à lapins (si toutefois le dossier est accepté, ce qui n'arrive jamais sans Papa et Maman, encore eux, pour se porter caution). 

Je passe sur la Disneylandisation de Paris qu'entraîne l'afflux des cornets deux boules en quête d'une "authenticité" que de leur cocoon surfing et de leurs excursions en tongs Armani à la recherche de cette tarte éthérée d'Amélie Poulain ils contribuent à détruire, ou sur les désagréments quotidiens de la cohabitation avec nos aventuriers du confort en safari chez les fauchés abandonnant sur le pallier leurs poubelles improvisées dans un sac MacDo avant de reprendre l'avion (véridique again). Pourquoi s'embarrasser des coutumes sanitaires de l'autochtone ? 
(pffff...)

La pied-à-terrisation concerne également l'achat sec. Là on passe dans une autre dimension, celle de l'hôtel particulier : les surfaces s’agrandissent, les appartements s'achètent par paquet de dix, des quartiers se vident

Dans les zones de forte tension immobilière, cette pratique doit être interdite ou très fortement taxée. Les aides doivent se concentrer sur les logements sociaux, pour les résidents, et les hôtels, pour les touristes, et non sur une énième défiscalisation aux profits des plus riches qui a pour effet direct d'exclure tous les autres.

J'ai entendu dire que la municipalité se saisissait du dossierPour l'instant, on se félicite que Paris soit la capitale des tournages (avec crédit d'impôt) d'une flopée de navets et de nanars à la gloire d'un Paname de magasin de souvenirs. "Wait and see" comme on dit désormais ici. 

Bonus : la version vidéo du billet.


[1] Kassedédi au jeune couple sympa qui vient d'acheter un appartement sur Paris mais n'y habite pas.

[2] Le processus se répète dans d'autres grandes villes françaises : Marseille, Nantes, Lyon...

7 juin 2011

L'ordre des choses

par
Les choses ont gagné.  

En échange de ta soumission à la loi des possédants, à base de crédit et de salariat, tu exiges l’abondance permanente. Ton individualité et ton mode de fonctionnement étant décidés en amont, tu t’identifies à ces choses produites en masse et ces idées en tube vendues en temples

Tu te définis à travers les objets que tu découvres d'une extase virginale sans cesse renouvelée dans les vitrines pixelisées de ton temps libre. Tu cours après l’équipement et vise la décoration du palais des certitudes. Tous pareil, mais toujours un peu plus différent que le voisin. L’abondance perpétuelle te rassure sur la pérennité du système auquel tu t'es rangé bien volontiers. Mais avais-tu le choix ? Tu es un fils de la télé et face à elle, tu es à jamais un enfant. Tu as un faible pour la soumission, les codes et la croyance. La moindre chose achetée "jolie", "à la mode" ou "bonne affaire" fera toujours sens. Comme te l’assomme l'écran publicitaire : les choses c’est toi, tu seras un meilleur moi en achetant ça. Cette table en toc, cette chaise en Starck, ta déco d'acteur, ce repas presque parfait ont le charme discrètement facturé de cette personnalité que tu n'as jamais eue. Dans ton isolement domestique, tu recrées de la  collectivité par le bibelot et le menu du soir.

Sur l'écran s'intercalent entre les réclames jusqu'aux portes du sommeil les marathons de coaching comportementaux. Ne prenons pas le risque que tu te mettes à réfléchir sur les abysses existentiels entourant ton living-room. La seule réalité qui vaille est celle qui t'es dessinée à grande échelle soir après soir sur l'écran hautement défini de tes désirs d'après immédiats. Plus tu as de chaînes, moins il y a de choix. Chaque année, une teinte pour remplir les zones pointillées du livre de coloriage de ta vie. Cette année, ton désir est violet. Tu as dit à Madame : "Chérie, on va vendre sur ebay les chaises et le canapé" et pire encore "non, on n'achètera de vaisselier ou de canapé d'angle". Elle a hurlé. Tu lui as ôte une part d’elle. Tu lui as arraché l'âme, un bout d'identité nationale. Certains divorcent pour moins que ça. Mais ici pas question : tu t'es uni pour le crédit, il faut continuer de payer la maison.

Cinq ans déjà. Vous êtes entrés dans cette vie (et c'est la condition d'entrée) bardés de dette. C'est si dur de s'extraire de ses dépendances lorsque le dealer te tente dés le berceau, à chaque arrêt de bus, dans les pages de ton magazine, sur les ondes, en effigie souriante sur les tee-shirts de tes enfants. Toxico de la  consommation transgressive, une drogue puissante entièrement légale, constamment ravivée et encouragée par l'Etat. Mal du siècle : tu as la possibilité d’être dépendant bien avant l'aptitude à être solvable. Ce n’est pas un hasard si a 25 ans avec ses deux smics ton couple "galérait" pour louer alors qu'il lui fut si facile d'acheter en étant redevable sur 30. Depuis vous avez gavé la maison d'abondance. Viatique de la vie moderne, vous l'avez décorée et décorée sans fin : "chérie, ce n'est jamais assez bien". Ton cercueil couleur bonbon est ravissant, ton libre arbitre est grillé, ton cerveau une carte à débit différé et ta tolérance à l’alternative nulle. Croyant pratiquant piaffant d’impatience de retourner à la messe, tout prêche à la Seb Musset tenu en ton salon est un blasphème. Tu tolères la liberté dans l'espace balisé par le marché, le patronat, les possédants et la sécurité intérieure. Tu préfères encore ça aux affres de l'auto-analyse. L'enfer c'est ne pas être comme les autres. La liberté c’est la soumission. 

Sur l'écran, la criseTM est terminée. L’immobilier remonte, un début de croissance parait-il, un peu moins de chômage aussi (quand on n'aime pas, on ne compte rien) et des hordes d'assistés qui osent prétendre à l'abondance sans avoir à passer par ce salariat émancipateur. Ton président aura réussi l'exploit de te ramener en 2007 juste avant que tout ne pète. Tu me dis : « oh bah l’immobilier a pris 10% , je suis riche ». Mais au fond de toi, tu devines apeuré les contours de la farce. Tu m'en parles souvent. Tu me dis "déclassement". Et oui, plus tu possèdes, plus tu as peur de perdre. Tu me confesses  "on me pique tout : salaires, éducation, santé et retraites" mais tu te tais le reste du temps hors-télé. L'écran te dit que c'est dépassé de manifester, qu'il vaut mieux repeindre une troisième fois sa salle de bain dans l'année. Tu casses une cloison et pose un Velux, c'est mieux qu'un lexo. Parce que "l'éducation nationale va mal", tu investis dans des cours privés pour les mômes. Puisque tu n'auras "jamais de pension vieillesse", tu t’intéresses au Forex et tu vas même, à ton tour et avant même d'avoir remboursé ta propre maison, investir dans l'immobilier "pour générer des loyers". Au fond, même si tu n'aimes pas particulièrement "les riches" et "leur sale morale", tu en conviens : on gagne plus à être rentier qu'à travailler. 

Dans ton quartier tout le monde à peur.  Les clones sont rongés par leurs cauchemars d'abondance brisée. Comme toi, ils restent les bras croisés devant l'écran, à regarder sans réagir la destruction des acquis sociaux. Dans ta ville banlieue ou ta campagne ghetto, le moindre bruit de mobylette dans la nuit alimente un vote de haine. Tu devrais te battre et refuser, tu préféreras pointer du doigt des responsables très pauvres ou des nantis pour ne pas perdre ta place à la queue du supermarché des moyens. Tu dois tenir la cadence dans la course à l'abondance. Vois-tu, pour être candidat au « déclassement », il faut posséder quelque chose ou prétendre de naissance à avoir quelque chose de plus. Etre déclassé, ce n’est pas ne pas avoir, c’est être terrorisé de ne plus posséder ces choses dans lesquelles tu catalogues tes espérances vues à la télé. Ton sentiment est plus fort que la réalité. Les pauvres n’ont pas peur du déclassement. Par définition, ils sont déclassés. Ils sont même plus que ça : ils sont exclus. Toi tu es repu.


Il existe tellement de strates avant l'exclusion. Pour l'instant tu cultives des dépendances n’ayant pas grand rapport avec tes besoins physiques : quatre abonnements de téléphone portable, les marques de luxe que Madame se doit de porter dans le RER pour montrer que, comme les autres dans le wagon, elle fait parti du monde des stars (colonnes publicitaires dans l'écran), tel type de vêtements et tel type de divertissement. Si tu perds tout ça : tu te classes de toi-même comme pauvre. Si tu perds la bataille pour l'abondance, tu perds la main sur ce destin que tu n'as pourtant jamais contrôlé. 

Pour l'instant tu compenses. Ils t'ont craché le low-cost et le hard-discount. Cadres, ouvriers, fonctionnaires communient ensemble au supermarché du déclassement. Pour que tu ne le vives pas comme  une honte, le marketing t’a transformé ça en « bonne affaire ». Tu t'adaptes à ça aussi. Tu sais pertinemment que tu bouffes du caca, mais le seul prisme faisant loi étant celui du moins dépenser dans le vital local pour dépenser plus dans les conneries mondialisées, t'as l'exorcisme facile : « Bah c'est bien, c'est, un peu, Bio !» 

Comme ceux avant toi en Angleterre et aux Etats-Unis, tu glisses anesthésié par le confort de l'écran vers la société du "99 cts store". Et pour les autres frais incompressibles (crédit, énergie, abonnements divers…), tu ne compteras bientôt plus en mois mais en semaine. N'angoisse pas, le marketing ne sera jamais à court de concepts que tu seras toujours prêts à épouser pour te sentir moins déclassé et que tu continues à payer sans te révolter.  

*Tu te poses des questions. Tu me demandes même des réponses que tu n'es pourtant pas prêt à écouter. Tu réalises, un peu. Malgré l’abondance, ta qualité de vie a baissé. Mais le dogme te conditionne, la force de frappe médiatique et la vieille génération (pour qui l'Etat providence a fonctionné plein pot) insistent pour te prouver par l’exemple que le système (soumission salariale-récompense abondance) fonctionne. Tu te révolteras un jour, c’est inévitable. Trop tard, c'est quasi certain. Pour l'instant, tu vises encore plus d'abondance et Madame veut maigrir pour les vacances. Tu vois la révolte, on en est loin.

Pour l’instant tu t'autorises à la complainte et à la menace du vote anti-système. T'appelles Bourdin. Tu surfes sur les blogs anti-oligarchie au boulot en révisant tes stratégies de poker. Tu poses une crème cosmétique à forme de LOL sur ta pseudo misère le 29 du mois en affichant « paiement refusé au Lideule, VDM »  comme statut facebook. Tu sais que ta paye tombe dans deux jours, que celle du mois dernier a été dilapidée en crédits et conneries, et que tout sera oublié dans une semaine quand tu auras acheté au temple  -30% cette chose pour lequel un ado asiatique ruine sa vie et qui te fera jouir 30 secondes.
*
L'écran te bombarde sa pornographie d'abondance infinie qu'il entrecoupé de réclames te donnant la clé magique pour y accéder. Non ce n'est pas un péché, c'est un devoir. Ton président te promet une apocalyptique France de propriétaires et moins de pognon pour ceux qui travaillent moins et n'ont pas la chance d'avoir à souffrir comme toi. Détruire les sanctuaires sociaux, déchirer les protections du travailleur, annihiler les solidarités et créer des rancœurs entre français : son monde te fait peur, mais ton désir d'abondance est plus fort. Alors, tous, chacun dans ton coin, tu multiplies les comportements individualistes accélérant la destruction. Et tu fixes l'écran. Au fond de toi, à la fin des fins, il y a TF1.*

Que se multiplient psaumes, communions, tables de lois ! Que l'on convoque les démons pour que tu ne perdes pas la foi !  L'ennemi n'est pas l'autre, l'ennemi c'est toi et ton inébranlable besoin de croire.

* * *

"Dans le monde qui était le leur, il était presque de règle de désirer toujours plus qu’on ne pouvait acquérir. Ce n’était pas eux qui l’avaient décrété ; c’était une loi de la civilisation.
George Perec in Les choses, Julliard, 1965

* * *
Illustration : "Je veux simplement que vous m'aimiez" R.W Fassbinder 1977



Top Ad 728x90