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30 avril 2011

Rencontre avec Alastair Campbell

par
[Message de service : Désolé pour cette interruption momentanée des programmes, mais mon organisme a pris quelques vacances sous la forme d'un virus ravageur me clouant au lit plusieurs jours.]

...and now for something completly different :
La semaine dernière, Terra Nova proposait à quelques blogueurs et journalistes de rencontrer Alastair Campbell, le "spin doctor" de Tony Blair de 1994 à 2003, l'homme clé d'une stratégie de campagne inspirée de celle de Bill Clinton, dont notre Monarque s'est en partie inspiré à son tour.  

Au programme : de l'influence des réseaux sociaux dans la campagne présidentielle en 2012 ? En gros, est-ce que l’opération Obama est possible en France ? Petit compte rendu d'une heure de discussion entre Alastair et les blogueurs.

1 / Internet, un espace inexploré pour une politique de proximité.

Décontracté et à l'écoute, Campbell regrette qu'en France et en Angleterre, hormis quelques rares exceptions[1], les politiques délaissent ce média populaire qu'est devenu internet (quand ils ne le considèrent tout simplement pas comme une menace).  

C'est d'autant plus fâcheux que, selon lui, le succès des réseaux sociaux est en partie dû à la défiance croissante envers les paroles politiques et médiatiques. Ne croyant plus en rien, nous croyons en nous-mêmes : famille, collègues, amis… et nous communiquons en réseaux plus ou moins fermés via facebook ou twitter. Les politiques ont du mal à entrer dans ces extensions de l'intime. Ils voient encore internet comme un moyen de communication classique, c'est à dire global. Les réseaux sociaux consistent à se "faire des amis", à dire ce que l’on fait, à réagir vite, à dire ce que l’on pense à brûle-pourpoint de tel ou tel sujet : c’est, paradoxalement, de la politique de proximité.
*
Twitter, qui permet de répondre tout de suite à la polémique, est encore considéré par le politique français comme l’objet de la communication et non comme un moyen d'expression. On l'a encore vu récemment avec l'opération de 'com de François Bayrou descendant de sa montagne pour offrir aux internautes une heure de parole divine sur le service de micro blogging, un jeudi à 15 heures. [2]

Pour Campbell, Internet donnera un moyen aux politiques d’être plus près des citoyens seulement s’ils comprennent qu'il s'agit d'un dialogue. Les politiques sont encore piégés dans les anciens schémas médiatiques. Il cite Bill Clinton : « le bruit des médias est si fort, que les politiques créent leur réalité selon ce bruit».

2 / « Les politiques confondent la stratégie et la tactique. »  

Même s'il précise que ce sont d'abord les chaînes télévisées d’information continue qui changèrent la donne, internet force les politiques à modifier leurs tactiques. La tactique c’est du court terme, elle se base sur la réaction. La stratégie de long terme reste primordiale, il faut qu'elle soit lisible par tous et que le candidat s'y tienne. Occuper l'espace médiatique est obligatoire : « si on ne fait pas la météo, le camp d'en face la fait ». En revanche, il faut que les actes coïncident avec les paroles. Selon lui, le politique doit toujours dire la même chose, mais d’une manière différente chaque jour.

Il prend l’exemple de la campagne Obama contre Mac Cain en 2008. D’un point de vue marketing, Mac Cain n’était pas un mauvais candidat. Sa stratégie reposait sur son expérience et le fait qu’il n’était pas comme George W.Bush. Pour contrer la "fraîcheur" de la campagne Obama et l’emballement sur le net, il a choisi dans la précipitation une jeune femme comme colistière, Sarah Palin. C’est précisément ce qui a marqué la fin de son aventure. Il rentrait en contradiction avec sa stratégie en choisissant dans l'urgence une potentielle vice-présidente sans expérience et encore plus à droite que Bush.

"Il faut toujours commencer avec la stratégie. Si l’objectif est facile : il faut gagner. La stratégie est plus difficile. Et pour comprendre la stratégie, il faut toujours regarder les slogans." Pour Bill Clinton, c’était "New Democrat". Pour Tony Blair, c’était "New Labour" (la modernisation du parti travailliste). Pour Barack Obama, c’était "Yes, We can" : l’optimisme, du peuple vers le peuple, avec la notion d’effort.

3 / L'implication des militants sur le net.

"Obama, c’était une campagne moderne basée sur des principes anciens" constituée autour d’une très petite équipe. Il a donné à ses supporters sur internet, les outils, les messages, les idées, l’inspiration et il les a responsabilisés en leur faisant confiance (ce qui est loin d'être le cas en France, où les initiatives de terrain et les propositions de la base ont du mal à remonter). Les supporters ne faisaient plus seulement partie de la campagne, ils devenaient la campagne.[3] "Il a donné l’impression que c’était un grand acte d’émancipation de contribuer financièrement à sa campagne qui était pourtant la plus riche du monde."[4] La compréhension de cette interaction est essentielle pour saisir la dynamique Obama.
 
Pour finir sur une note nationale, Campbell trouve que la politique française est tournée vers le débat pour, au final, aboutir à peu de décisions. Il reconnait que Le Monarque a essayé de changer ça, mais qu’il a échoué. "La déception est plus intense quand l’on a le sentiment d’avoir investi dans une personne". Selon lui, c'est le cas avec notre Monarque comme avec Tony Blair mais, au fond, c’est l’histoire de tous les candidats du monde. Mis à part Lula qui obtint des indices de satisfaction très élevés en fin de mandat. 

Bon, nous n'avons pas parlé de l'implication de son pays dans la guerre en Irak qui est pour beaucoup dans la "déception" côté anglais, mais ce n'était pas le sujet de la rencontre ce matin-là. Il en sera question, ainsi que de la superficialité des sondages, dans cette interview vidéo sur France 24.



[1] Ils sont encore peu à vraiment s'atteler à un blog, moins d'une dizaine a réellement twitter eux-mêmes autre chose que leur emploi du temps et autres extases suite aux derniers propos du Monarque. 

[2] Qui considère Twitter comme un artifice supplémentaire de communication corporate, risque le FAIL

[3] Principale innovation de la campagne d'Obama : elle a généralisé à l'échelle d'un pays les campagnes de terrain de démocratie locale. Le porte-à-porte était effectué par les militants eux-mêmes dans leur  voisinage :  le lien de confiance est déjà établi. Cela implique de faire confiance aux militants, même si ces bénévoles donateurs sont encadrés par un staff salarié de 2700 organisateurs de terrain.  Ne pas oublier non plus le fichier de 13 millions de courriels, avec croisement des bases de données permettant un ciblage ultra précis. 

[4] Les deux tiers du financement de la campagne d'Obama proviennent de petits dons de moins de 200$ collectés en quelques clicks sur un site dédié - MyBO

22 avril 2011

De la servitude du blogueur (et de ceux sachant le flatter)

par

Tu t'étais pourtant juré de ne pas faire de billet sur ce sujet égocentré[1]. Mais voilà, la dernière "la ligne jaune"  intitulée "faut-il payer les blogueurs ?" (voir en fin d'article), suivie de l'énième opération de séduction top-sympa-on-est-potes d'un magazine ayant pignon sur rue pour capter du contenu  à un prix compétitif, c'est à dire oualou, t'ènerve un tantinet et tu te remémores quelques images. 
Flash-back.

A l'époque, tu es contacté par la rédaction d’un magazine désirant s'étendre sur le net en déboursant le moins possible. Le canard se vend pourtant bien[2]. Tu acceptes de devenir blogueur associé. Le deal est simple : des textes seront repris depuis ton blog et tu ne seras pas payé. La classe non ?  Malgré tout ce que tu as pu écrire sur l'exploitation et les dangers pour le salarié de "faire corps" avec son entreprise : tu es flatté d'être reconnu par des pointures et de te retrouver en home page d'un journal réputé.  

Les semaines passent. Tu relativises

D'abord, tu constates que tes billets sont souvent repris, plus que tu ne le pensais. Et mazette, ils génèrent un gros trafic. Pour approfondir tes articles, tu t'attendais à avoir des facilités d’accès à des évènements ou à des personnalités politiques, mais cela n’arrive jamais. Tu t’aperçois que tes papiers sur des sujets d'actualité écrits en dix minutes sont plus souvent mis à la une que tes textes de fond sur lesquels tu bosses des heures et qui sont objectivement bien meilleurs. Tu te demandes, vicieux que tu es, si toi et les autres blogueurs, anonymes et éparpillés, abonnés à publier, vous ne vous substituez pas à la pénurie d'effectifs de la rédaction. Un matin, tu découvres un Google ad pour une thalasso pour cheveux blancs à Ouarzazate sur ton billet sur le procès des Conti. On te dit : "oui le site a de plus en plus de visiteurs, mais du coup il nous coûte encore plus d'argent et on peut encore moins en redistribuer". Un détail : malgré tes demandes répétées, tu ne reçois pas le magazine par abonnement. C'était pourtant l'unique contrepartie évoquée. Tu découvres que le milieu top-sympa-on-est-potes est soumis à une hiérarchie en marbre, que le blogueur "c'est génial, le blogueur c'est la vraie vie, le blogueur ça n'a pas de prix" mais que le journaliste tient à son rang et qu'il faut voir à ne pas trop mélanger à la plèbe. Puis, tu te dis : "zutalor, je n'ai pas le contrôle de ton contenu". A vrai dire, tu ne sais même pas vraiment si tes billets t'appartiennent encore. Tu accumules les dizaines de millier de lecteurs par mois et rien en retour, hormis une flopée de trolls. On te dit : "le blog ce n’est que de l'opinion. Les opinions, ce n'est pas fait pour rapporter"[3].  Ne pas payer ? Tiens, tu tentes ça au kiosque à journaux en bas de chez toi en volant un exemplaire du magazine qui ne te rémunère pas :

« - Mais si je vous assure, j’écris dans la version web de ce magazine connu ! Ça devrait être un honneur pour vous de me céder votre contenu ! »

Le kiosquier appréhende moyen ce concept de "gratitude" qu'au fil de conversations avec d'autres volontaires comme toi tu commences tout juste à cerner. 
(Ci-dessus : frigo de blogueur influent.)

Et paf, ton ordi crame ! Tu n’as pas de quoi le remplacer. Rigolo, ça tombe pile le jour où un de tes articles cartonne sur le site "associé". C'est un billet sur l'exploitation des salariés, sélectionné et édité par un stagiaire à 300 euros pour le compte d'un site dont le haut de l'organigramme, lui, empoche un vrai salaire.  Tu te dis : "si seulement si j’avais récupéré 1 centime par lecteur, j'aurai pu m'offrir de quoi rédiger encore quelques centaines d'heures". C'est dingue comme on devient mesquin, lorsque l'on n'a rien. Toi le blogueur au contenu aspiré, tu sais désormais que ce business plan du bénévolat aux presses du coeur est une dead end supplémentaire pour intellos-précaires. En acceptant de ne pas être payé, toi et les autres, vous scellez votre statut d'amateur, gratte-papier troisième classe, "influent" et "associé", mais surtout fauché et pillé. Tu fais partie des intouchables de la rédaction, la preuve tu bosses de chez toi. Et si d'aventure, tu te perds dans les bureaux du canard en question, un gardien t'invite gentiment à sortir de là. On te dit : "bloguer n’est pas un métier". Ceux qui te disent ça ont, au choix, 1 / un bon salaire, 2 / dirigent une rédaction web pour le compte d’un journal papier abusant des blogueurs pas payés, 3 / les deux.

Tu cesses la "collaboration". Naïf, tu imaginais que blogs et journaux avaient une carte à jouer à deux, que leur avenir était peut-être même lié, autrement que par le remplissage bon marché. 
(Ci-dessus : blogueur post-naïf retournant à la gratuité en solo.)

La partie de dupes se poursuit avec d'autres. Les blogueurs en quête de reconnaissance ou d'audience se ramassent à la pelle. L'amateur inspiré est un bon filon. Il écrit vite et bien, il est content d'être publié pour rien. Il s'en vante et en fera la promotion. Parait que maintenant, on lui donne même des consignes. On l'"invite" à écrire sur tel ou tel sujet. 

Jusqu'à quand le blogueur, lorsque ses textes sont repris sur un site commercial générant du trafic et affichant de la bannière publicitaire, au prétexte qu'il écrit pour "d'abord pour lui", "qu'il a déjà un bon boulot" ou "qu'il est à la retraite", va-t-il se contenter de "l'honneur d'être publié"Tout travail bénéficiant à une entreprise commerciale[4] mérite salaire

Si le blogueur est soi-disant né pour "ne pas faire d'argent" qu'il cesse de valoriser sans retour des sites de presse. Et, s'il craint de perdre son "exposition" en quittant ces sites aussi pingres que réputés, qu'il se rappelle que ce sont eux qui sont venus le chercher et non l'inverse.
*
"La tendance qu'ont les employeurs les plus prestigieux à rémunérer en reconnaissance symbolique plutôt qu'en argent fait qu'il est fréquemment plus rentable de travailler avec un employeur moins chic." 
Anne et Marine Rambach in Les nouveaux intellos précaires, ed.Stock 2008.

PS : Ce pataquès est parti d'un article de Xavier Ternisien, "la révolte des blogueurs", publié dans Le Monde (que je n'ai pas lu n'ayant pas de budget "presse quotidienne", chacun ses coupes).

* * *

[1] Mais n'est-ce pas là un retour à l'essence même du blog ?
[2] Il faut donc croire que le web y est perçu comme une menace.
[3] Ce qui explique la longévité d'Alain Duhamel. Il se nourrit d'herbes sauvages et de racines depuis quatre décennies.
[4] nous n'évoquons pas ici la question des aides d'Etat versées aux rédactions et dont pigistes, stagiaires et, bien entendu, blogueurs sont les derniers à voir la couleur.

[Update :  "la ligne jaune" du 19.04.2011]


Le pearltree "avenir du blog"

Illustration : Goya, trois forgerons au travail.

21 avril 2011

Éloge de la bureaucratie

par

Si un jour de faiblesse, influencé par la ritournelle moralo-chrétienne du travail comme seule jauge de ta valeur humaine, tu culpabilises de n’avoir aucune activité salariée, rappelle-toi que des gens sont payés pour te renvoyer par courrier ton courrier déposé physiquement à la bonne adresse pour te dire de le retourner par courrier.

Soigneusement rédigée sur un papier en-tête à gros grain, signée à la main par un responsable le traitant en priorité « haute »,  c’est en substance la missive que ton rédacteur reçoit de la part de l'administration pour un problème visant à régulariser sa situation dans le but d'apaiser ses rapports avec l'administration susévoquée. 

Il y a donc, là-bas, quelqu’un payé à renvoyer les courriers à l’expéditeur assorti d'une belle explication, s’appuyant sur le strict respect du règlement, au lieu de livrer le courrier à l’adresse, pourtant exacte, qu'il partage avec la personne concernée. 

Sur le coup, l'anecdote m’excède au plus haut point et il y a quelques années j’aurais pris ma plume pour casser du fonctionnaire parce que là quand même faut pas déconner. Pourtant, comme disait Steven Seagal, l'ayant lui-même emprunté au Dalaï Lama qui l'a samplé dans un Okapi spécial cannabis : "il faut vouloir s'élever pour observer un paysage plus nuancé que le côté du mur derrière lequel on se l'imagine". 

Relatant l’épistolaire mésaventure dans mon entourage, j'ai un petit succès. Inquiétant. Très vite, les réactions de consternation, limite haineuse, se multiplient envers cette "putain d'administration" qui "bouffe nos impôts". Dernier point symbolisant le summum de l'horreur pour quelques spécimens de la classe moyenne surendettée, capables par ailleurs de lâcher 350 euros par mois en forfaits téléphoniques, internet, abonnement télé et autre réassort de dope chez Apple pour que les enfants n'aient pas l'air déclassé  dans la cour de récré (de l'école privée of course). Autour du bol d'Apéricubes, il n'est évidemment entendu par personne qu'il sera toujours plus stimulant de pester sur le train qui déraille que de se réjouir des millions arrivant à destination à l'heure et sans encombre.

Natacha, cadre en plastique en charge du service propreté dans une chaîne d’hôtels (secteur B4 Créteil-Monaco) aux horaires élastiques, cumulant six jobs pour une rémunération à peine plus haute que le SMIC en attendant d'être licenciée à 36 ans parce que trop âgée et donc trop coûteuse, me lance même un "Non mais quelle bande de feignants, je te virerais tout ça !"

La salariée méritante et burnée-out (qui au nom du "prestige d'être cadre" a systématiquement dit "oui"  à toutes les "optimisations" de "son" service suite aux coupes budgétaires (aka restrictions d’effectif) en prenant sur elle un surplus de travail à peine payé et aussitôt considéré comme base minimale de rendement par sa direction au service d'actionnaires n'en ramant pas une à Acapulco) se lance dans une diatribe sur la contre-productivité dans les services publics : "La concurrence, ça leur apprendrait un peu la vie aux poussiéreux."

En attendant son hypothétique sucette à 1000 euros, la Sophie De Menthon du pauvre, qui abuse des temps partiels comme des apericubes, compense de son traitement de chien, qu'elle assimile a de l'émancipation, en hurlant sur le personnel précaire sous sa coupe. Le soir, pour décompresser, elle bibelote sur ventesprivées.com achetant compulsivement tout et n'importe quoi, du vaisselier à la culotte, avec sa mini carotte qui remplace cinq salaires et annihile tout désir de révolte.  

Ces réflexes, cajolés à dessein par les médias et auxquels même ton rédacteur se laisse piéger parfois, lui permettent de déplorer une fois encore l'emprise du néo-libéralisme sur les représentations de ceux qui en sont autant les victimes que les artisans. Pour le salarié 2.0 au cerveau livré au marché clef en main, formaté à la peur de "ne pas avoir" et au désir du "dépassement de soi" tel qu'inscrit dans les tables de loi  du managment (c'est à dire un salarié alternativement autonomisé puis réprimandé pour avoir pris trop de libertés), le respect scrupuleux de règles de base[1] par le fonctionnaire devient une hérésie. Même s'il a ses limites, ce respect bête et méchant des procédures, ici fondé sur le principe d'"une personne = une fonction", est pourtant un efficace mécanisme de défense contre le rouleau compresseur du capital qui, jusqu'au tréfonds de nos consciences, érige la compétitivité individuelle comme croyance.
*

[1] car effectivement, c'était marqué en tout petit : le traitement de ma demande ne se ferait que par voie postale. (hi, hi)

Illustration : Brazil de T.Gilliam (1983)

19 avril 2011

[video] Apparu LSD sound system

par
Ce matin sur RMC, Benoist Apparu t'offrait une prestation entre media-training et vol plané au-dessus de l'asile. C'est moins Lolcatesque qu'un clash entre Clark et Ménard (au même moment sur France Inter), mais le secrétaire d'Etat au logement du monde parallèle a visiblement abusé des tagliatelles aux champignons noirs de Fukushima. 

Dans le joli monde de BenoistLe Monarque est victime d'une crise qui lui est tombée dessus ouille c'est pas de chance. Les écarts salariaux insoutenables et les mega-profits posent moins de problème que l'aide aux chômeurs. Les SDF vivent dans la rue par choix et devenir propriétaire endetté sur 30 ans est "une pure ambition sociale". Certes, cette galaxie merveilleuse où l'on construit des cascades virtuelles de logements sociaux, aurait un "grand besoin" de plus de lieux de prière. Mais tout cela rentera dans l'ordre lorsqu'on fera travailler les assistés pour rien histoire de ne pas rendre jaloux ceux travaillant pour pas grand chose. 

Bref, c'est le pays des gens heureux où l'on vit mieux depuis cinq ans. Plus riche aussi, car le pouvoir d'achat y a augmenté, mais pas aussi vite que l'immobilier qui d'ailleurs baisse. A moins que ce ne soit l'inverse ? Enfin Benoist ne sait plus très bien... 


Dans ce monde bleu, le bruit compte plus que la réalité.

Version intégrale de l'interview

18 avril 2011

Le jeu des 1000 euros

par

Sous la pression de "la droite sociale" (mouarf) elle-même talonnée par l'extrême droite sociale (double mouarf), Le Monarque, après l'avoir consciencieusement piétinée, revient sur la thématique du "pouvoir d'achat" en promettant de s'attaquer à l'un des plus grands scandales de ces trente dernières années : la chute de 9,3 % de la part des salaires dans le Produit Intérieur Brut français entre 1983 et 2006 (source : commission européenne). Durant la même période, la part des dividendes dans la valeur ajoutée passait de 3,2 % à 8,5 %. Soit plus de 100 milliards d’euros par an passés de la poche des salariés à celle des actionnaires.[1] 
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Le Monarque nous jurait donc la semaine dernière le vote prochain d'une loi (dont l'application tomberait  entre les deux tours de 2012imposant aux entreprises versant des bénéfices à leurs actionnaires de redistribuer une prime de 1000 euros aux employés. La somme fait rêver, spécialement ceux qui sont à 15 euros près à la fin du mois. Le projet sonne comme une volonté d'apaiser à bon prix la colère des bas salaires dans les grands groupes à gros bénéfices. Pour le pouvoir, des mobilisations comme celle des caissières de Carrefour sont à éviter à tout prix, car hautement symboliques et à fort potentiel de cristallisation : les hypermarchés, malgré ou à cause de leur abondante fréquentation, réussissant à peu près tous à faire l'unanimité contre eux. 
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D'ici 2012, on devrait en entendre encore s'accumuler d'autres soudaines mesures "sociales" du gouvernement (triple mouarf) : de la plus marketing à la plus ridicule (panier malin bidon ou revalorisation "supposée" de 2% du SMIC soit le prix d'un demi-menu MacDaube). Entre deux bouc-emissairisations, les sbires les mâtineront d'éléments de langage au registre "la crise est passée par là", histoire de dédouaner Le Monarque d'une quelconque responsabilité dans la dégringolade, sous son règne, de millions de français tandis qu'au sommet on se goinfre comme jamais. 
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Nous évoquions dans un article qu'un levier de sa réélection serait d'ouvertement user de son pouvoir pour tenter d'acheter quelques centaines de milliers d'électeurs. Mais zut, dans le cas présent, le sac à carottes craque par déjà par toutes les coutures. Déjà le MEDEF s'inquiète de distiller le démon de la cupidité actionnariale chez les salariés. Va savoir, ils pourraient en venir à vouloir s'auto-virer pour faire plus de profits. De plus, selon l'INSEE, le projet ne concernerait que 16.4% des PME. Il profiterait d'abord à des salariés bénéficiant pour la plupart déjà de mécanismes d’intéressement et ne concernerait évidemment pas les fonctionnaires. Il en reste du monde à augmenter sur des bases un peu plus solides, collectives et pérennes que de la prime opportune. 
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A ce sujet, la ministre des comptes de fée Christine Lagarde, chargée des finitions à la crème du soufflé à l'arnaque, nous apprend qu'il pourrait être d'un montant moindre et financé par... un mécanisme d'exonération de "charges" (tu sais, ces intolérables ponctions patronales qui financent santé et retraites  dont on ne cesse de te répéter que les caisses craignent et qu'il faudra bien que tu compenses de ta poche par un surplus de taxes... de la TVA "sociale" par exemple).  
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Comme quoi, le gouvernement retombe sur ces pattes, c'est à dire sur ta face. Garde à l'esprit qu'il y a fort risque de bonneteau, de carambouille ou d'un bon gros foutage de gueule quand, dans la même phrase, sont associés des mots aussi incompatibles que "droite" et "social".
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[1] cf Fakir hors-série "le hold-up tranquille"

Illustration : Cashback de S. Ellis (2007)

17 avril 2011

Petite histoire du déclassement

par
 
Petite histoire du déclassement.
(Un peu de lecture pour les vacances, enfin si t'en as,
sans tralala et avec des bouts de fast-food culture dedans parce que c'est ça aussi le déclassement)
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Plus faibles rémunérations pour plus de diplômes, entrée tardive dans une vie professionnelle elle-même plus fragile, conditions d'accession à la propriété suspendues à des crédits à perpétuité,  rédaction d'articles non rémunérés... : sentiment ou constat, nous sommes beaucoup à penser moins bien vivre par rapport à nos parents au même âge, nombreux à nous dire "déclassés". La thématique reste pourtant rare dans le discours politique des partis de gouvernement comparé, par exemple, à la religion ou à la prostitution. 
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Pourquoi le déclassement peine-t-il autant à poindre dans les médias ?  Pourquoi les politiques hésitent-ils à s'y atteler ? Et pourquoi ceux qui l'expérimentent ont-ils d'abord fermé les yeux à son sujet ?  
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En 1984, Yves Montand nous affranchissait : 
"Le problème : ces privilèges, nous nous y sommes tellement habitués..."
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Petit retour en arrière sur deux étapes majeures de la France post-industrielle. Elle est passée en  30 ans du capitalisme "à la papa", vecteur d'ascension sociale certes relative, mais pouvant encore se targuer d'un "il n'y a de valeurs que d'hommes", au néo-libéralisme déconnecté de l'humain, où ceux qui travaillent le moins gagnent le plus, pouvant se résumer en un : "Si les hommes possèdent encore quelques valeurs, bah on va leur prendre !"  :
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1 / 1989. Fin du bloc de l’est qui maintenait l’occident dans une vague cohésion sociale face au péril  communiste. Depuis des années, sous inspiration des théoriciens de l'Ecole de Chicago, capitalisme actionnarial et libéralisme paradent outre-Manche et outre-Atlantique. Se propage parallèlement au niveau planétaire, l'iconographie télévisée de classes moyennes prospères, d'où les représentations du travail et du crédit sont expurgées. 

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Exemple type du "tout confort, zéro effort" des années 80.
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En France, le terrain se prépare depuis 1983 avec la reprivatisation d’entreprises publiques (certaines furent d’ailleurs sauvées de la faillite par les nationalisations de 1982) et "le tournant de la rigueur" dont le symbole marketing le plus mémorable reste le show Vive la crise ! avec Yves Montand, que les futurs déclassés, encore mômes, regardent fascinés entre deux épisodes de Dallas.  Si nous y mettons du nôtre, on nous promet l’Amérique sous la forme d'"Etats-unis d'Europe". Au final, on aura surtout des délocalisations à moins de deux heures d'avion.
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2 / A partir de 1984 s'enclenche une gigantesque privatisation (et création ex nihilo) du paysage médiatique français. Presse, tv et radio (alors acquis à la gauche syndicale et intellectuelle) sont vendus à des "capitaines d’industrie" (pèle-mêle : vendeurs d'armes, entrepreneur des BTP, Berlusconi, agences publicitaires...) ou à des jeunes entrepreneurs (nous sommes alors en plein dans l’apologie des icônes de la gagne type Tapie) qui feront de leurs radios "libres" des groupes cotés en bourse en un peu plus d'une décennie. 
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Néo-capitalisme triomphant relayé par un quadrillage média (se concentrant d'année en année dans  les mains de proches du pouvoir) sans contre idéologie structurée (Le socialisme entre dans une logique d’accompagnement d'un capitalisme débridé se cachant derrière l'idée européenne, tandis les partis de contestation se divisent) : il faudra une quinzaine d'années pour qu'accède à la responsabilité suprême le "président des riches".  C'est relativement long comparé aux basculements libéraux observés alors en Europe (Irlande, Espagne, Angleterre…).
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Mai 2007. L'élection du Monarque est un accélérateur de déclassement, qu'il soit réel ou perçu. Son discours s'appuie sur les jeunes, avec la promesse d'une fluidification de l'accession à la propriété (par le crédit) et d'un surplus de travail (sans augmentation, celle-ci étant conditionnée au surplus). Il s'adresse aussi aux plus âgés : un électorat ne travaillant plus ou en passe de partir à la retraite, souvent propriétaire (dont la valeur du patrimoine est conditionnée à la "soif de propriété" des plus jeunes) parfois bailleur (Le rentier est souvent l'actionnaire d’une entreprise de désordre garantie par le politique. Ici, il s'est gavé sur le dos du jeune avec la bénédiction du politique). D'autres jeunes adultes, se cassant le moral depuis le début de leur vie active, il y a déjà dix ou quinze ans, déconstruisent un peu tard le dogme de la croissance et perçoivent les limites d'un capitalisme les ayant traînés de mal en pis jusque-là. Ils assistent consternés au spectacle de Français s'en injectant la plus puissante des doses pour cinq ans !
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Sous les effets de "la crise"TM et grâce à la nature excessive du Monarque[1], le quinquennat révélera un peu plus la coexistence malaisée des deux France: la déclassée ou en cours de déclassement, et celle de la rente. Cette dernière étant majoritairement âgée, voilà un joli conflit larvé de générations.
un must (enhanced)
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Pourquoi parle-t-on peu du déclassement d'un pan de la population jusqu’en 2009 
*
1 / La cécité des élites.
Le personnel politique et médiatique est globalement resté le même durant 25 ans. Plutôt âgés et du bon côté générationnel, par manque d’hétérogénéité sociale, ils n'ont au mieux rien vu venir.
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2 / L'intoxication des baby-boomers futurs golden-retraités.
Durant ces vingt-cinq années, la "société de la rente" dont Le Monarque est aujourd'hui le VRP se  répand à des degrés moindres, mais très avantageux tout de même, vers la génération des aînés : situations professionnelles pérennisées, augmentations de salaire, patrimoine immobilier rapidement remboursé avant que les prix ne flambent fort opportunément...  Tandis que les conditions de travail et les revenus des jeunes débarquant sur ce qui devient un "marché" se dégradent comme jamais (du stagiaire non payé au cadre sur exploité payé 10% que le SMIC, le tout sous l'emprise du chômage et des discours de motivation interne visant à fusionner leurs cerveaux sur la grille de rendement de l'actionnaire) la santé, les retraites, le logement deviennent les chasses gardées des baby-boomers.  Dans la presse, les "problèmes" de société : travail, immobilier, fiscalité sont abordés selon leur prisme. Ce déséquilibre est antérieur à l'arrivée du Monarque, mais ce dernier l'a renforcé comme personne sur les plans symbolique et législatif.  Les baby-boomers, devenus seniors avec de bonnes retraites, des "golden-retraités", sont les bénéficiaires des deux premières années de son quinquennat.
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3 / Un silence nécessaire.
Le capitalisme a besoin de silence pour opérer, via ce décrochage générationnel, sa mue sur le terrain du travail (un packaging comprenant flexibilité, temps partiel, baisse des salaires, dégradation du statut de cadre, atomisation des syndicats et baisse des protections, permettant de "corriger" une situation trop "favorable" pour les salariés des années précédentes). Dans cette période : tandis qu'à l'arrière, les aînés prospèrent dans leurs certitudes, leurs enfants, tourneboulés dès le départ par le consumérisme et le désir de "s'intégrer" à un monde qui est en fait révolu, sont envoyés au casse-pipe en première ligne sur le "marché" via les stages et les contrats précaires.  
4 / La soumission des jeunes. 
Entre 1985 et 2000, l'usage du CV et les stages se généralisent au point d'être défendus par tous comme "indispensables au parcours professionnel".  Un salarié officiant à deux ou trois postes pour le quart du prix d'un salarié, c'est d'abord indispensable... pour l'entreprise bien décidée à ne pas réduire ses marges (là aussi le politique est le garant d'un désordre au bénéfice prioritaire du patronat et des actionnaires). Chacun s'habitue aux différences salariales considérables d'une génération à l'autre. Le déclassement salarial s'opère dans un relatif mutisme : dans certaines sociétés, avant d'être 9/10 fois jetés au bout de 6 mois, les stagiaires à 300 euros mensuels, carburant à la croyance d'embauche, côtoient des salariés inlicenciables à 4000 nets, les premiers étant parfois plus compétents ou diplômés que les seconds.
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"On a tous nos chances, à nous de nous battre". TF1 + M6 = TF6
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Au cours des années 90, le stage remplace le service militaire (tout juste supprimé). Il s’étend aux filles, se prolonge dans le temps et ne bénéficie qu'au capital : l'ennemi est le travailleur lui-même, le stagiaire dumpe les salaires. Le jeune n’a de cesse d’être "volontaire" et de "séduire" ce monde de l'entreprise alors que celui détermine son embauche sur son coût et sa flexibilité en s'embarassant de moins en moins de nuances dans son management.  La soumission progressive des jeunes générations aux codes du travail 2.0 sera parfois soutenue par les parents (financement des études, hébergement à la maison jusqu'à 30 ans, garant pour le loyer, de temps à autre règlement des courses, apport pour l'achat de la voiture…). Les "coups de pouce" reculent d'autant la conceptualisation du déclassement.  Glissant peu à peu, si ce n’est dans l’inconfort physique au moins dans un flou angoissant quant à son avenir proche, la jeune génération X, Y ou Z puise ses ambitions et sa volonté dans la représentation d'un modèle économique victorieux véhiculé par les politiques, les médias et leurs parents : celui d'une période passée de plus en plus déconnectée de sa réalité.  Comme on le chante alors dans les pubs pour baskets américaines fabriquées en Asie : "juste fais-le". Si le jeune veut, il peut. A force d'effort, "ça finira bien par marcher". Il n'en sera rien ou si peu.

Au petit jeu de la béquille familiale, le rôle de l'héritage est renforcé. Au sein des classes moyennes, ceux partant avec un pactole parental plus épais sont au final les plus favorisés. Les situations de déclassement deviennent individuelles, décalées, honteuses - et globalement tues ou recouvertes de la couverture marketing de "la galère" -.  Elles commencent insidieusement à se creuser, aiguisant les appétits et rancœurs car les budgets se serrent, et mettent en compétition des individus de même couche sociale.
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Résumons.   D'un côté, une jeunesse confrontée au sous-salariat et au chômage, à laquelle politiques et médias ne déclinent que trois options en boucle : s'endetter, travailler pour rien et être vidéosurveillée.  De l'autre, une France de plus de cinquante cinq ans qui possède, dépense et dispose. Cette France-là est aisément entretenue dans l'illusion d'une société où "tout ne va pas si mal" puisqu'effectivement, pour elle, ça va mieux que jamaisSi l'on en parle un peu du déclassement aujourd'hui dans les médias, c'est d'abord au travers des inquiétudes de la génération des golden-retraités. C'est parce que les baby boomers ont fait leurs la thématique du déclassement qu'on l'évoque enfin ! Ils s'inquiètent de la dégradation des standards de vie de leurs enfants et prennent conscience que l'économie du "coup de pouce" a ses limites.   La thématique remonte aussi en parti car la première vague de déclassés atteint les 40 ans et le décrochage devient pesant : logement inaccessible, construction d'une famille repoussée, mauvaise couverture santé, retraites plombées...
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La frilosité du politique à aborder la question du déclassement s'explique par la démographie. Le déclassement touche par définition la partie la plus jeune de la société et celle-là vote moins. Évoquer trop abruptement ce thème et son articulation actuelle (les jeunes qui financent de leurs misères, de leurs dettes et de leurs loyers, le train de vie des aînés), c'est prendre un risque
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Le déclassement n'est pas tant un symptôme de l'époque que le résultat d'un mécanisme enclenché depuis un quart de siècle. Une génération a été gâchée dans le silence, tandis qu'elle faisait les affaires d'un monde de l'entreprise en pleine "optimisation". Ce recalibrage des prétentions permet aujourd'hui une baisse des standards pour les nouveaux venus (qui, eux, ont grandi avec la télé-réalité propageant l'idée de soumission et distille codes et méthodes pour "réussir" en écrasant son prochain).
Conclusion : 
Vers un sursaut des déclassés comme en Tunisie ?
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Ça parait mal engagé. La proportion de golden-retraités et de déclassés névrosés (déclassés prisonniers du confort via un travail minant assorti d'un crédit sur 30 ans) est encore très importante. Le type vraiment dans la mouise consacre l’essentiel de ses forces à survivre.
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Pour les autres. Tant que nous envisageons le déclassement individuel sous la forme d'un "manque à gagner" afin d'égaler le train de vie de nos aînés, il ne se passera rien. Chacun continuera à payer de sa personne (augmentation de la charge de travail sans compensation, surendettement…) jusqu’au point de rupture intime. Le déclassement est un processus bien plus large qu'une simple histoire de standing domestiques. Il inclut la destruction des acquis sociaux, la casse des protections collectives et des services publics, l'alimentation discount, la dégradation programmée de l’éducation, la privatisation totale du moindre aspect de la vie quotidienne, les processus d’isolement et de défiance des uns envers les autres. 
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Nouvelle étape aujourd'hui. Après un bon dévissage de l'économie, une reprise molle qui ne profite à personne et une avidité sans limites des forces de l'argent, la condition du déclassé déborde de la sphère "jeune" pour atteindre d'autres populationsLe clivage générationnel perd de sa pertinence. Les stagiaires ont toutes les raisons de s'unir aux quinquagénaires licenciés, aux auto-entrepreneurs, aux fonctionnaires dont les missions et les tarifs sont cassés ou encore aux "retraités abandonnés" (les déclassés de la retraite, autre catégorie en forte progression et encore plus ignorée). Tous sont déclassés, pas à la même vitesse, pas au même moment, mais suivent la même dynamique. 
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Le déclassement est une étape transitoire entre deux mondes. C'est un terme pratique recouvrant une multitude de cas particuliers, posé sur un mal qui grignote la société depuis un bail en remontant  silencieusement par les jeunes actifs.  Le déclassement est aussi un mot dépassé.  Nous sommes désormais dans le cloisonnement d'une large partie des classes moyennes. Tout en s'assurant de sa malléabilité face aux "impératifs du marché", se construit progressivement (avec parfois son concours) sa  ghettoïsation (géographique, éducative et professionnelle) afin de bloquer son ascension vers la partie supérieure de la société ne voulant plus partager.
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Est-ce une bonne nouvelle ? A ce rythme, d'ici 20 ans les enfants de déclassés ne devraient pas se considérer comme tels. 

[1] Avec dans l'ordre des coups de poignard à son électorat : nuit du fouquet's, yacht de Bolloré le lendemain de l'élection, mannequin milliardaire emballée c'est pesé à Eurodisney en 24 heures chrono, scandale de la nomination (annulée) du Prince Jean à la tête de l’Epad et un chèque de 30 millions d'euros à Liliane B. de Neuilly.
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Le pearltree : "classes moyennes ou classes populaires"
classes moyennes ou classes populaires

13 avril 2011

François Hollande : le prochain président

par
Allez va, c'est plié.

A l'heure où la presse brode autour d'un écolo Nicolas éculé, bloguons sans blaguer : c’est François Hollande qui va tous les mettre minables en 2012 ![1] Étayons cet audacieux pronostic de vacances visant à attirer dans mes filets RSS l'internaute crédule. Disclaimer : Attention, ça va être de la grosse, grosse analyse politique.

1 /  "-  One ringue to rule them all! " :
Hors du temps, tu n'es jamais dépassé.
Comme un Chirac outsider se déclarant bien avant les autres favoris en 1994 : la candidature à la présidentielle (via la primaire socialiste) de celui resté onze ans à la tête du PS pour ne pas en faire grand chose peut paraître incongrue. Mais, si elle aboutissait, elle constituerait une rupture dans la représentation présidentielle, un retour 30 ans en arrière avant qu'elle ne soit infectée par le virus du people, de l'urgence inutile et de l’éternel update pour corriger les bugs. Distant mais proche, au-dessus de la mêlée et en plein dedans. Décalé du tempo, n'ayant pas même l'envie de s'y soumettre. Jamais à la mode, donc jamais démodé.

2 / Il montre qu'il en veut.
A ce jour, nul prétendant n'incarne mieux la volonté d'être président : au terme d'un régime, le grignoteur de macarons a maigri de 15 kilos en un an (estimation Ifop/Teraillon). Mais, même si la thématique "sois le plus fin pour aller bronzer" travaille au moins une bonne moitié de la société française à l'approche de l'été, cela ne suffit pas comme projet : ça tombe bien, le PS en a un. Bon vivant qui fait preuve de maîtrise, nonchalant mais pas laxiste, il faut toutefois qu'il stabilise son poids. Trop maigrir effraiera   l'électeur et ce serait mauvais pour la santé du candidat. Grosse analyse politique, j'avais prévenu.

3 / Une campagne sans faute.
Bon, certes, elle n'a que 14 jours. Sa candidature et ses premières interventions télévisées ou sur le terrain sont efficaces sans chercher à en foutre plein la vue. Au-dessus de la moyenne des prestations de M.Aubry, elles dénotent par rapport au publi-rédactionnel aérien sur DSK entrecoupant son mutisme.

4 / A propos, la concurrence a du plomb dans l'aile.
Chez les socialistes : M.Aubry shoote dans les micros et toise les journalistes. DSK donne l'air d'avoir envie d'y aller comme de se pendre et baisse dans les sondages. S.Royal excelle dans la troublante tactique de l'autoquarantaine médiatique. Parmi les trois cités, un seul est à ce jour officiellement candidat. En face ?  Seul le Monarque y croit encore, mais on lui accorde moins de crédit qu'à un bracelet Power Balance contrefait. 

5 / La tentation de la gauche mais au centre.
Je reprends ici la théorie d'un blogueur évoquée entre deux bières dans un troquet. Conscient des dérives et  de la contre-productivité de cette droite extrême et néo-conne qu'il a jadis plébiscitée, l'électeur cherchera une zone de rééquilibrage sécurisante. Au centre droit, la campagne de désherbage commence et il est probable qu'elle se poursuive. F.Hollande intervient dans le cadre d'un socialisme que certains qualifient   d'accompagnement. F.Hollande, c’est du DSK en plus doux, moins sulfureux et plus "France des clochers" capable tout de même de sortir un "je n'aime pas les riches" face à une MAM (s'entichant stupidement de faire croire qu'elle se soucie des classes moyennes). Bref, François Hollande  peut ratisser large.


6 / Un temesta et on se détend cinq ans.
C’est l’élément principal : François Hollande est calme. Si La France a besoin d’avenir, elle a d'abord besoin de souffler (d'autant que l'avenir lui fait quand même un peu peur, alors on va y aller piano, hein ?). Nous sortirons psychologiquement lessivés du quinquennat. Le Monarque a clivé comme jamais. Il a divisé pour mieux régner et a raté son règne. Du coup, il veut des coupables et des croyants, des fraudeurs et des suspects et que tout ce beau monde s'étripe. Combien lui doit-on d'engueulades familiales et de brouilles entre potes ? Le Monarque était le résultat électoral d'années d'immobilisme. Après avoir névrosé le pays, lui succédera théoriquement un candidat apaisé et apaisant. Je vois déjà les affiches : "Hollande : pour des repas de famille sans bagarre ni blagues racistes !". 

7 / Le nouveau venu qu'on connaît déjà.
Le président du conseil général de Corrèze donnerait presque l’impression d’être un newbie alors qu’il est élu et réélu (maire, député...) depuis plus d'un quart de siècle. Même sa fade décennie à la tête du PS peut se retourner à son avantage : la garantie de la constance dans l'action ! De plus, il n'a jamais été ministre. De ce côté-là, aucune casserole.

8 / La surprise sous contrôle.
François Hollande, c'est à la fois la nouveauté, l'inconnu mais aussi le papier peint de la cuisine auquel on s'est habitué : bref, le changement sans le dépaysement. Possibilité d'Obama-effect mais à la sauce Tulle, aussi puissant et populaire que moqué et raillé deux jours avant : F.Hollande peut se révéler un merveilleux support marketing tout à fait dans l'ère des injonctions contradictoires, genre "le changement traditionnel" ou "l'audace planifiée". Au détour d'un bon sondage, en 48 heures, la machine médiatique à produire du feuilleton peut intégralement se retourner.   Simple ? Dépassé ? Limite anachronique ? Celui désigné il y a encore peu sous le sobriquet d'un dessert gélatineux et caramélisé a donc tous les éléments pour devenir un "grand homme" que les générations futures célébreront (tandis que l'"hyper-président" de mes fesses disparaîtra dans les catacombes de ceux qui "allaient changer le monde" aux cotés d'Afida Turner et de l'inventeur du Bi-Bop).
(Les affiches de campagne pour séduire les plus irréductibles sont déjà à l'étude. Source : Paris Match)

9 / Une immunité médiatique et populaire.
Dans l'océan de méfiance, voire de haine, que les prétendants supposés suscitent, F.Hollande, déclaré, fait un score assez faible au tartomètre : personne ne le déteste, il est toujours le bienvenu des plateaux télés où il est correctement applaudi. Influencé par une décennie de bashing made-in-Guignols, chacun s'attend à dormir en sa présence. Si tel n'est pas cas, on avoue soulagé : "- Ah bah, c'est moins pire que je ne le pensais". Ce qui, en Ve république, constitue un argument de vote non négligeable.

En 2006, au coeur de l'impatience française (oui à l'époque, on trépignait d'élire notre "Guérisseur"[2]), Jean-Eric Boulin publiait chez Stock un livre de politique fiction : supplément au roman national. La France du début 2007 y était à feu et à sang et, de mémoire, la montée des violentes revendications face à l'exaspération provoquée par un pouvoir atone profitait au final à celui qui, selon Boulin, en était  l'incarnation suprême : l'outsider François Hollande devenait président en mai 2007.

Foirage de date, mais il y avait de l'idée.

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[1] Et remember : "vous l'avez lu ici en premier". 

[2] cf. Perverse Road, de S.Musset.2008. (excellent livre sans déconner)

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